vendredi 23 décembre 2016

Deux acteurs, un rôle, une voix


Martin Landau - Dexter & Norman Paris - Jacques Thébault





Ceux qui connaissent un temps soit peu l'immense carrière de comédien de doublage de Jacques Thébault seront sans doute surpris que je zoome sur un épisode de Columbo, "Double choc", dans lequel il donne voix française à l'excellent Martin Landau, et plutôt deux fois qu'une, puisque Landau interprète deux frères jumeaux dans cet épisode d'excellente facture.

Je dis surpris car lorsque l'on évoque Jacques Thébault dans le milieu du doublage, on pense surtout à la voix qu'il prête à Steve McQueen, Robert Conrad, Patrick McGoohan, Paul Newman... parmi des dizaines d'autres acteurs emblématiques.

A ce titre, mettre en lumière cet épisode de Columbo peut sembler un choix quelque peu curieux. Mais pas tant que cela.

D'une part parce que, comme je le disais, "Double-choc" est un des meilleurs Columbo à mon sens. Outre le fait de jouer sur l’ambiguïté des relations entre les deux frères ennemis, avec une révélation assez intéressante sur la fin quant au modus operanti, il permet surtout de savoureux numéros d'acteurs, Martin Landau et Peter Falk dans une scène culte de cours de cuisine, mais aussi Jeanette Nolan et le même Peter Falk, irrésistibles de drôlerie quand ils se donnent la répartie (la première, dans la peau d'une gouvernante rigide et maniaque, ne supportant plus les cigares du second et sa manie de déposer des cendres partout)


D'autre part parce que Columbo a beaucoup compté dans la carrière de doublage de Jacques Thébault. On ne dénombre pas moins de 13 collaborations dans le rôle de l'antagoniste principal (dont 4 où il a prêté sa voix à Patrick McGoohan et 3 à Robert Culp). Je n'étais pas dans la tête de Jacques Thébault, malheureusement disparu en 2015, mais je pense que doubler le type de criminels présents dans Columbo devait être passionnant pour un acteur de sa trempe. Car dans Columbo plus que partout ailleurs, le tueur doit dégager autant de crainte que de sympathie. Pour que le jeu du chat et de la souris fonctionne, il est nécessaire qu'une certaine empathie se crée. D'ailleurs Columbo ne sous-estime jamais ses adversaires et, globalement, il est lui-même respecté, voire même admiré parfois. En tout cas, Jacques Thébault y est à chaque fois prodigieux et on retrouve bien cette dualité dans les nuances de voix entre la froideur qui sied à un assassin et une forme de relation de confiance qui s'installe peu à peu, même si personne n'est dupe.

Enfin, je ne suis là non plus pas bien objectif mais je suis très admiratif de l'acteur Martin Landau. Je ne l'ai pas suivi dans Mission Impossible mais j'adorais Cosmos 1999. Le voir, même brièvement, dans la série X-Files (puis le 1er film) avait été un réel bonheur. A l'instar d'un Neal McDonough, il utilise un regard d'une expressivité rare pour véhiculer de nombreuses émotions. Le (double) jeu qu'il développe face à un Peter Falk opiniâtre est de haute tenue. A moins d'être réfractaire à Columbo, vous ne serez pas déçu. 

Toute juste manque t-il le chien...

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