mardi 23 mai 2017

Madame O



Madame O est arrivée cet après-midi.

L’arrivée de Madame O a coïncidé, comme à chaque fois, avec la fin de la tranquillité à St-Pierre. Bon, son débarquement n’est pas un tsunami non plus, sachons toutes proportions garder.

Madame O fait partie de ces personnes que j’abhorre, celles qui vous font immédiatement savoir qu’elles sont là dès lors qu’elles ont posé un pied, que dis-je, un orteil, à l’extérieur de leur voiture.

Madame O donne l’impression de toujours se balader avec un haut-parleur. Sauf que de haut-parleur, elle n’a point. Il n’empêche qu’on l’entend beugler de l’autre bout du lotissement, pour des motifs toujours futiles. Madame O veut que l’on sache qu’elle est là. Mission ô combien remplie avec la même redoutable efficacité à chaque fois.

Madame O a pris en grippe deux arbustes en contrebas. Il ne lui a pas fallu longtemps. Sitôt arrivée, Madame O retrouve vite ses marques et trouve toujours quelque chose à prendre en grippe. Les deux arbustes ne dépassent pas les 30 centimètres mais elle pense déjà aux arbres qu’ils seront dans quelques années et qui, c’est certain,  gâcheront la vue qu’elle a sur la mer. Alors qu’elle a pourtant un appartement aussi haut perché que sa voix. C’est dire si le risque est nul.

Madame O, à force de beugler, mugir, vociférer, s’époumoner, caqueter a rameuté un troupeau de clones et voici désormais un petit attroupement tout autour des petits végétaux qui ne demandaient certainement pas autant d’attention médiatique. A un moment, je m’interroge, un hélicoptère passe dans le ciel. La télévision peut-être ? L’hélicoptère poursuit son vol, je soupire de soulagement de ne pas avoir eu à subir les équipes toujours si professionnelles de BFM TV.

Madame O a jeté son dévolu sur un monsieur qui est aussi en contrebas que les arbustes. Il rappelle gentiment à Madame O que bien que n’ayant pas d’avis sur la question, même si ses yeux levés au ciel traduisent le contraire, le syndic de sa propriété est différent du sien et qu’elle ne peut donc pas décider de cisailler à tout-va sans avoir l’autorisation de l’ensemble des co-propriétaires. Le Monsieur fait un signe poli à Madame O avant de rentrer chez lui, les querelles de clocher, très peu pour lui, laissant le troupeau de nuisibles bien démuni.

Voilà. Cette anecdote est bien puérile. Vous multipliez ce type de comportements par le nombre d’occasions futiles où elle trouve à redire et vous obtenez un profil assez exhaustif du personnage. Que de temps perdu pour faire de vraies choses…

Sinon, pour être complet, Madame O n’aime pas le handicap. A une époque, elle n’était pas bien tendre dans le dos de mon beau-père. En tout cas, elle n’en disait pas que du bien. Elle n’était pas très charitable, selon la formule consacrée.

Madame O a désormais un mari bien malade et peu mobile. J’en suis d’autant plus désolé que ce monsieur est bien gentil et qu’il subit, plus qu’il ne cautionne, les agissements de son épouse. Il a compris depuis longtemps que son salut passait par son silence.
Madame O n’aime toujours pas le handicap mais enfin, sans doute le considère t-elle un peu autrement à présent. Elle ne perd en tout cas jamais la moindre occasion de se plaindre alors qu’à l’écouter parler quelques années avant, s’occuper d’une personne en situation de handicap ne devait sans doute pas bien être compliqué, ni synonyme d’autant de sacrifices qu’on voudrait bien nous faire croire.


Madame O est probablement très malheureuse. Dommage qu’elle n’en ait pas profité pour devenir meilleure. Ni pour balayer devant sa porte avant de lessiver celles des autres.

(Billet écrit vers la mi-avril)

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