mercredi 6 septembre 2017

Twin Peaks saison 3 ou le jeu de massacre de Lynch



Attention ! Cet article livre des éléments de la saison 3 MAIS ne révèle en aucun cas l'identité du meurtrier de Laura Palmer, découverte dans la saison 2.

A se balader sur les sites spécialisés, on pourrait croire que Twin Peaks The Return est un pur chef-d'oeuvre tant les critiques sont dithyrambiques. Tout le monde en perd son latin et y va de son explication pour tenter d'éclaircir un final aussi nébuleux que tout le reste mais, peu importe, on crie au génie quand même. D'ailleurs, cette troisième saison (ou plutôt ce long métrage de 18 heures) pourrait être taxée de culte de par son originalité, sa mise en scène inventive, ses expérimentations et la qualité de son interprétation si elle n'était pas attendue comme rattachée à Twin Peaks saison 1 et 2. Car de la série originelle, il ne reste rien ou presque. Les scènes se déroulant à Twin Peaks sont rares et n'ont souvent comme seul intérêt ou seul prétexte de montrer quelques personnages emblématiques aujourd'hui bien fatigués et sous-exploités (le personnage d'Audrey Horne, toujours campé par l'ex craquante Sherilyn Fenn, désormais hystérique en plus d'être inutile, en est le meilleur exemple). Quant à Dale Cooper, il est "sacrifié" d'entrée de jeu alors que, paradoxalement, il n'a jamais été aussi présent. En découle le personnage de Dougie, exaspérant seize épisodes durant, en dehors de quelques passages humoristiques bienvenus mais qui tiennent davantage de la qualité de seconds rôles souvent savoureux que d'un réel intérêt. Et lorsque, à deux épisodes du clap de fin, après un épisode 16 prometteur, on se dit que, enfin, tout va rentrer dans l'ordre, que l'on va retrouver l'esprit Twin Peaks et que l'on en salive d'avance après tant de frustrations, patatras, on repart sur des ellipses lynchiennes toujours plus déconcertantes. 

Twin Peaks The Return ne serait peut-être pas un mauvais film pour ceux qui aiment le côté expérimental assumé de David Lynch (après tout, son cerveau torturé a bien pondu Eraserhead ou Inland Empire pour ne citer que les plus tortueux) mais c'est une mauvaise série qui renie ce qu'elle fut 26 ans plus tôt. Lynch a piétiné une série originelle dont on oublie un peu vite qu'elle fut surtout l'oeuvre de son compère Mark Frost, Lynch ne signant finalement que peu d'épisodes de la première saison avant de déserter la seconde. Alors qu'il est véritablement le maître d'oeuvre de cette saison 3 dont il a réalisé l'intégralité des 18 épisodes, non sans avoir également remanié en profondeur la première mouture scénaristique de Mark Frost censée s'étendre sur 9 épisodes seulement. Bref, David Lynch s'est fait plaisir mais à aucun moment il n'a pensé aux attentes des fans. Il a même poussé le vice jusqu'à à apparaître bien plus que nécessaire dans le rôle de Gordon Cole, autrefois mineur. Il a pris du plaisir devant et derrière la camera, parfois à notre détriment, malgré tout le capital sympathie qu'on lui reconnait sans peine.

Le film Twin Peaks Fire Walk with me avait été en son temps une première vraie déception car, plutôt que d'apporter des réponses à une saison 2 qui s'était achevée en queue de poisson, David Lynch avait signé une préquelle afin de développer le personnage central de Laura Palmer. Avec Twin Peaks The Return, la déception reste de mise : on est bien dans une sorte de continuité chronologique (encore que la notion même de temps soit très abstraite chez David Lynch) mais on n'est plus du tout dans l'esprit de l'original. Ou quand Twin Peaks 1990 n'est que prétexte à des expérimentations égocentrées dans la cuvée 2017. Qu'elles soient réalisées avec maestria n'y change rien.

Alors que reste t-il hormis cette impression générale de gâchis ? (ou de foutage de gueule, cochez la bonne case) Je me suis tapé les 18 épisodes en espérant un miracle qui n'est jamais venu. En espérant une vraie conclusion qui n'arrivera jamais désormais. Je me sens un peu floué, escroqué... Heureusement, tout n'a pas été désagréable à suivre dans ce long, si long voyage. Lynch sait créer des atmosphères prenantes, des scènes qui semblent tellement inutiles parfois qu'on reste pour savoir où il veut en venir et si cela va nous mener quelque part. Sa réalisation a un côté hypnotisant bien réel. Et il s'y connait aussi pour créer des personnages secondaires délectables. 

Mais ce qui bluffe toujours autant chez David Lynch en ce qui me concerne, c'est la qualité de sa direction d'acteurs. L'univers du réalisateur est trop complexe pour que les acteurs partent en roue libre. Je pense donc que tout est consciencieusement préparé, mûri, orchestré. Mais comment arriver à un tel résultat de performance chez des acteurs qui, probablement, ne comprennent que très partiellement ce qu'on leur demande de faire et encore moins pourquoi. Comment être aussi bon quand on n'est pas dans la tête de David Lynch ? Comment arriver à un tel degré d'excellence, notamment lors de scènes qui s'étirent en longueur avec une quasi absence de texte ? Parce que, dans Twin Peaks The Return, toute l'interprétation est remarquable. Vraiment.

Au final, Twin Peaks The Return reste une déception. Il y a une atmosphère propre à Lynch réellement fascinante, quelques morceaux de bravoure, de bons acteurs mais l'ensemble est long et souvent ennuyeux. Lynch s'amuse mais nous laisse devant la porte de son monde. Avec cette sensation bizarre que, lorsque le rideau tombe, il nous la claque au nez.

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