lundi 30 avril 2018

Alain Chamfort, magnifique désordre tout en élégance




Alain Chamfort fait partie de ces chanteurs assez rares finalement dont je me dis que je vais finir par me constituer la discographie complète tant j'ai l'impression de les (re)découvrir avec délectation à chaque écoute. Dernièrement, j'ai franchi le pas avec Leonard Cohen que je ne me lasse pas d'écouter désormais mais dont je n'avais qu'un triple CD enregistré en public. Idem pour Nicolas Peyrac, même si je ne dois l'intégrale de ses enregistrements qu'au partage d'une âme charitable (merci encore Monika) qui se doutait bien que je passerais à côté de quelque chose si je ne possédais pas l'ensemble de son oeuvre.

Je pourrais parler aussi de Salvatore Adamo dont il y aurait tant à dire et qui vaut tellement mieux que l'image lisse du gendre idéal un peu naïf qui lui colle à la peau et dont la profondeur de la plupart des textes, surtout depuis l'indispensable Zanzibar, ne se dément pas d'album en album. Ou encore Bernard Lavilliers qui ne cesse de se bonifier à chaque album et qui, s'il s'est assagi sur scène, reste un très fin observateur de son temps avec des textes forts et des interprétations qui prennent aux tripes, tout en s'autorisant parfois un peu plus de légèreté qui fait du bien.

Les microsillons (Le désordre des choses)

Et Alain Chamfort donc. Dont je ne possède qu'une double compilation de ses titres emblématiques, un live DVD aux jardins du Luxembourg, concert surréaliste dans un kiosque où le seul public est constitué des passants qui passent, et son merveilleux précédent album sobrement intitulé Alain Chamfort, et dont le point d'orgue, selon moi, était ce merveilleux duo avec Charlotte Rampling, Où es-tu ? Et depuis peu, son nouvel opus, aux paroles et aux musiques d'orfèvres : Le désordre des choses.

Pendant longtemps, je n'ai considéré Chamfort que comme un chanteur à minettes que je n'écoutais que très distraitement. Je n'étais pas hermétique à ses chansons mais guère plus. Et puis, 3 titres sortis dans les années 90 et 2000 firent de moi un auditeur plus attentif : Clara veut la lune, issu de l'album Neuf, en 1993, Ce n'est que moi, titre phare de l'opus Personne n'est parfait, en 1997, et surtout le très malin Les yeux de Laure (Le plaisir, 2003) où Chamfort, viré subitement et sans ménagement de sa maison de disque, pond un clip piqué à Dylan en une heure, mini-film décalé, cynique et drôle qui sera récompensé du meilleur clip aux Victoires de la Musique.

Exister (Le désordre des choses)

A partir de ce moment là, j'ai eu pour Alain Chamfort un vrai capital sympathie. J'appréciais la distance prise avec ce métier, sa créativité, son audace, et je me suis mis à l'écouter de plus en plus, que ce soit via la double compilation que j'avais achetée entre-temps ou via de multiples écoutes sur la plateforme Deezer. Je me suis intéressé vraiment de plus près aux textes de ses paroliers et à sa pop élégante.

En 2010 sort l'album concept Une vie Saint-Laurent, que je n'ai découvert que tout récemment et dont j'ai adoré chacun des titres. Idem pour l'album de duos en 2012 où, avec uniquement des femmes, il revisite son répertoire dans un écrin sobrement intitulé Elles & lui, avec des réorchestrations souvent du plus bel effet.

Où es-tu ? (Alain Chamfort)

En avril dernier, à l'occasion de ses 50 ans de carrière, Alain Chamfort propose donc son Désordre des choses. Pour l'occasion, il remet le couvert avec Pierre-Dominique Burgaud, qui n'est certes pas son parolier "attitré" (on penserait plutôt à Jacques Duvall, fidèle parmi les fidèles depuis plus de 30 ans) mais qui avait déjà écrit les textes du superbe album Une vie Saint-Laurent.
Que dire de cet album magnifique de bout en bout et qui écume, pèle-mêle l'importance du hasard (Le désordre des choses), le temps qui passe, ce qu'il restera après (Les microsillons), nos multiples existences (Exister), la déshumanisation (superbe Linoléum), le poids du matérialisme aux dépens de l'humain (Les salamandres, mon morceau préféré avec notamment ces quelques mots : "On n'a jamais vu des salamandres / rêvant d'acheter, rêvant de vendre / De ce monde / il n'y a rien à apprendre")
Mais attention, ce n'est pas un album triste, encore moins déprimant. Si les textes sont remarquablement ciselés, les musiques de Chamfort ne sont pas en reste et certains titres rythmés nous rappellent que le "dandy de la pop" (titre qu'il assume mais dont il réfute le côté hautain qu'il pourrait supposer) est au meilleur de sa forme, Tout est pop en étant la meilleure représentation.

A la droite de Dior (Une vie Saint-Laurent)

Vous l'aurez compris, j'adore cet album, j'en aime profondément toutes les chansons, et c'est probablement un des tous meilleurs de ma CDthèque, rien de moins. Il n'a pas fini de tourner en boucle, celui-là ! 
Vous devriez sans doute vous laisser tenter...
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