dimanche 24 novembre 2019

Rester ou partir ?


Rester ou partir ? Être raisonnable ou écouter son cœur ? Stagner, végéter, avancer, reculer ? Oser ? Se refréner ?
Comme j'envie Rahan, le fils des Âges farouches, à qui il suffisait de faire tournoyer son coutelas, pour partir à l'aventure, que les futurs lieux soit accueillants ou carrément hostiles. Il ne tergiversait pas, ne refusait pas les obstacles éventuels et s'en remettait au destin. Comme j'aimerais que tout soit aussi simple... 

J'aime mon travail actuel mais son côté précaire n'aide pas. De CDD renouvelé en CDD renouvelé, je trace  ma route mais jusqu'où ? Jusqu'à quand ? Le 15 décembre, je devrais être reconduit, même si la décision ne dépend pas de moi, ni même de mes employeurs d'ailleurs, puisque je suis sur un remplacement d'une personne en arrêt maladie longue durée. Je pensais enfin pouvoir être "CDIsable" mais ce ne sera vraisemblablement pas le cas pendant plusieurs années, jusqu'à ce que la dite personne soit à la retraite puisqu'il apparaît peu probable qu'elle revienne. Et même là, rien ne sera garanti car le poste sera alors diffusé et le contractuel que je suis pourrait se faire griller allègrement la politesse par un titulaire. Entre autres scénarios.

J'aime mon travail et les retours que j'en ai. J'aime ma fonction d'agent d'accueil. Je suis flatté que l'on dise que mon arrivée a permis de rebattre les cartes et apporte une vraie plus value. La formation que je suis en train de suivre sur les situations d’agressivité à l'accueil me conforte dans l'idée que j'ai le bon profil, la bonne posture professionnelle. 

Mais il me manque toujours la stabilité professionnelle qui tarde à venir. A 47 ans, je peux encore me permettre d'oser, de prendre des risques. Dans quelques années, je ne pourrai plus. Et puis, si ce poste m'apporte son lot de satisfactions, certains à-côtés me pèsent : une partie administrative et logicielle moins intuitive pour moi et source de quelques erreurs, la fonction même de secrétaire parfois dénigrée, le manque de bienveillance de certains collègues... Certes, ceci existe partout mais ajoutez-y la précarité du poste et vous obtenez de quoi gamberger. Je sais que je vaux mieux, je suis sûr de mes forces (ce qui n'a pas toujours été le cas) et je pense que je peux me vendre et intéresser de par mon profil et mes qualités humaines. J'ai rarement aussi peu douté de moi et j'ai l'impression que je dois exploiter cette assurance nouvelle.

Et puis il y a cette envie d'ailleurs qui n'est pas une lubie et qui ne date pas d'hier d'ailleurs. Ne tergiversons pas : je ne veux pas aller n'importe tout, je vise la Bretagne et rien d'autre. Pour son climat avant tout, moi qui souffre, et ce n'est pas un vain mot, à chaque épisode caniculaire, alors que je reste imperturbable en chemise à manches courtes lorsque l'hiver lance ses premiers frimas. Pour sa qualité de vie, la beauté indescriptible de ses paysages... Pour les quelques personnes que j'y connais et qui me sont devenues précieuses. Pour me poser enfin. La stabilité professionnelle, c'est important, mais trouver un chez-soi et le considérer comme tel, c'est, à mon sens, tout aussi important. La Dordogne, j'en ai plus que fait le tour. Alors oui, on est dans une belle location, avec de l'espace et tout et tout, mais ce n'est pas suffisant pour me faire aimer une région. Autant j'ai toujours adoré l'Aveyron sans néanmoins véritablement songer à y revenir, autant j'ai toléré la Dordogne plus que je ne l'ai appréciée.

Certes, si j'opte pour un nouveau départ, je renonce à une certaine forme de confort, aussi fragile soit-il, pour une plongée dans l'inconnu. Ayant travaillé dix mois à temps plein, je vais devoir calculer ce que sera mon allocation chômage et sa durée afin d'en déduire le temps de prospection et les dépenses que je peux engager. Car je vais devoir me déplacer, vraisemblablement trouver un logement ou une chambre d'appoint pour faciliter mes démarches de recherche d'emploi sur le territoire breton, découvrir la politique sociale au niveau régional, départemental  associatif. Je vais devoir me préparer longuement, intelligemment et avec un maximum de pertinence dans l'organisation de mon planning et de mes choix. Je vais devoir actualiser mon CV et prospecter avec le maximum d'efficience. Je vais surtout ne pas devoir échouer.

J'ai aussi de menus problèmes de santé à régler. Rien de bien grave a priori mais une période sous corticoïdes, que je me souhaite aussi brève que possible, est sans doute à prévoir dans un avenir proche. Dans ce cas, qu'est-ce qui est le mieux : cumuler les soins avec mon travail actuel (sécurisant mais aux effets imprévisibles au quotidien) ou en complément d'une nouvelle recherche d'emploi (moins sécurisant mais avec davantage de temps pour prendre soin de moi) ?

Une part de moi se dit que c'est le bon moment. Le fait que j'y pense sans relâche depuis quelques semaines aussi. Une autre part, au timbre de voix plus discret, se dit de faire preuve de la plus extrême prudence et de se contenter de ce que j'ai déjà.  Cette voix, je ne l'aime pas trop mais je ne peux pas faire comme si elle n'était pas là.

Le 15 décembre sera vite là. Forcément, la proximité de cette date explique sans doute partiellement mon impatience d'une décision à prendre. D'ici là, je dois opter pour ce qui est mieux pour moi, pour nous, et faire un choix qui ait du sens. Il n'y a de toute façon pas de scénario idéal, quoi que je décide. Mais il me faut trancher, et vite.

Ah, si la vie n'était qu'un coutelas que l'on fait tournoyer sur une pierre...

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1 commentaire:

  1. Avant mon avis, c'est celui de Nathalie qui prévaut car ce que tu laisses entendre peut entraîner un changement positif pour toi... Mais pour Nath, qu'en sera-t-il ? Cette décision vous concerne tous les 2. Hélas, la précarité dans le boulot est de plus en plus fréquente, même si cela dure plusieurs années, ce sera toujours ça de pris pour ta retraite. Quant aux petits désagréments de tous les jours dans le boulot, tu les retrouveras partout. Peut-être que je suis trop sage… Cette décision n'appartient qu'à toi et Nath.

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