dimanche 22 mars 2026

Le soir où je suis mort

 


Ce n'est pas vieux, ça remonte à vendredi soir, dans une salle des fêtes anonyme d'un village qui ne l'était pas moins.

Ce vendredi 20 mars, Nath allait enfin profiter de son cadeau de la Saint Valentin. Un cadeau qu'elle m'avait demandé, je précise, sans quoi jamais, ô grand jamais, je n'aurais subi un tel spectacle. 

Ce soir-là, nous allions assister, dans une salle comble à la représentation de la désormais actrice sexagénaire Allison Arngrim alias la peste Nelly Oleson de La Petite maison dans la prairie, la série culte des années 70 et 80 avec la famille Ingalls et la vie tout sauf paisible du village de Walnut Grove. Pour l'occasion, la miss Arngrim s'est attaché les services de Patrick Loubatière, un ami de plus de 20 ans, professeur de français en semaine, auteur de plusieurs (bons voire très bons) ouvrages sur les séries à ses heures perdues et donc accessoirement animateur.

Avant même que la fête ne commence, j'aurais déjà souhaité être n'importe où ailleurs qu'ici mais, quitte à offrir à sa chérie la soirée de ses rêves, autant l'accompagner et boire le calice jusqu'à la lie. Je ne croyais pas si bien dire.

Premier écueil avant même le lever de rideau. On nous avait promis que nous pourrions nous sustenter avant le spectacle. Ah, perdu, ce sera pour après messieurs-dames, vers les 23h, lorsque tous les spectateurs feront soit la queue pour la séance de dédicaces, soit rentreront chez eux. D'une logique implacable, quoi…

Je ne vais pas vous détailler le spectacle qui se voulait une vision pertinente des années 80 par le prisme du regard d'une américaine. J'ai saigné de partout, des yeux, des oreilles, de la bouche, du cœur. Des litres de sang. C'était un spectacle d'un amateurisme confondant. Certes, je ne m'attendais pas à assister à quelque chose de grandiose mais payer 25€ la place pour quelque chose d'aussi bricolé, c'était juste pas possible. Déjà, voir une actrice 50 ans après qu'elle ait joué une gosse dans une série n'était pas en tête de liste de mes fantasmes inavoués. Au moins, à l'époque, elle jouait bien, tellement même qu'on adorait la détester. Mais là, tout est surjoué, hystérique, grimaçant, pathétique en fait. On est, à la limite, sur une animation de mariage ou de grande surface mais c'est tout. Déjà, le décor donne le ton : des grilles métalliques sur lesquelles on a fixé des pochettes de 45t ou des visuels de magazines de l'époque. Et ensuite, ce n'est qu'un enchaînement de "jeux" en mode Powerpoint basculés sur un écran géant, qu'on n'aurait même pas mis au menu des Jeux de 20 Heures : on doit découvrir des artistes, des paroles, des personnages. On subit des bons mots pas drôles. On cherche la mise en scène aux abonnés absents. Arngrim me fatigue et l'accent très prononcé de son français hésitant et criard est insupportable. Loubatière anime le tout de façon décontracté mais très scolaire et son énergie qui fait plaisir à voir dans un premier temps devient fatigante.

Et au milieu de ce fatras, ni à montrer ni à faire, un moment de grâce complètement inattendu, le plus beau moment de la soirée. A un moment, vers le milieu de cette soupe indigeste, Nath me demande : "Tu ne voudrais pas qu'on rentre ?"

Certes, je ne pouvais plus dissimuler mon désarroi, mon déplaisir d'être là, mon ennui profond, mon vertige presque nauséeux devant les abysses d'un tel vide créatif et Nath s'en était évidemment rendue compte. Mais même elle avait atteint les limites de ce qu'elle pouvait endurer. Mais on était trop près de la scène, partir discrètement n'était pas possible. Alors on a rongé notre frein. Puisqu'en plus nous n'avions rien d'autre à nous mettre sous la dent.

Une fois le spectacle terminé, lorsque les gens présents leur ont fait une standing ovation qui reste une incompréhension absolue pour nous deux, nous sommes restés assis. Se forcer à quelques applaudissements polis, oui, mais laisser croire qu'on en revoudrait encore ou qu'on aurait passé une bonne soirée, non, mille fois non.

Nous avons été à contre-courant jusqu'au bout. Pendant qu'un flot de spectateurs arrivait sur nous, nous nous sommes rués vers la sortie la plus proche. Libérés, délivréééééés.

En tout cas, l'an prochain, retour aux fondamentaux pour la St Valentin : des fleurs ou un cœur en chocolat pour elle, des BD ou une petite figurine pour moi. On va rester sur les valeurs sûres, je crois.

Plus JAMAIS ça ! 



jeudi 26 février 2026

Il faut sauver le soldat Synchro !

 



Synchro est une revue extraordinaire dédiée au doublage, cet art de l'ombre encore méconnu du plus grand nombre et pratiqué par de merveilleux comédiens. Créée par le passionné Olivier Barbery (ci-dessous) qui ne ménage pas ses efforts et son temps pour porter quasiment seul cette initiative très chronophage à bout de bras, Synchro a démarré il y a quelques années via un n° 0 emblématique dédié au regretté comédien Patrick Poivey et aujourd'hui épuisé.


Depuis, Synchro a emprunté plusieurs chemins de traverse (site web aujourd'hui fermé, campagnes participatives), toujours dans un souci constant de pérennité et de fidélisation de ses lecteurs. Mais il faut croire que Synchro est associé à un lectorat de niche, ce qu'il ne devrait absolument pas être tant il est passionnant et présente plusieurs niveaux de lecture. Ceux qui aiment les acteurs, les films, les séries s'y retrouveront, ceux qui veulent découvrir ou approfondir leurs connaissances sur l'art délicat, exigeant et très technique du doublage aussi, ceux qui sont sensibles à l'art vrai au sens artisanal du terme également. Le doublage ne se limite pas aux acteurs mais à tous les postes de l'ombre (son, post-synchro, adaptation et la liste est longue...). Lire ces interviews passionnantes, c'est entrer de plain-pied dans un monde tentaculaire et foisonnant de détails, d'anecdotes. C'est aussi redécouvrir sous un autre prisme des moments cultes de notre enfance où les voix ne sont plus seulement familières mais nous apparaissent au travers de portraits touchants et intimistes. C'est aussi un ouvrage magnifique en tant qu'objet d'autant que, si on parle volontiers de revue, il s'agit en fait d'un livre relié et rigide à la couverture sobre et à la maquette épurée et très classe.


Je pourrais parler des heures de Synchro tant je suis...accro ! 
Mais désormais, l'heure est grave. Le n°19 ci-dessous est en vente via Ulule. A moins de 150 souscripteurs, il ne verra pas le jour et l'aventure Synchro s'arrêtera. Et même si une prolongation annoncée de la campagne devait lui permettre au final d'exister, le mal est plus profond. Qu'en sera t-il du 20, du 21 et des suivants si à chaque fois trouver 150 acheteurs a minima est fastidieux ?

L'un des problèmes, qui échappe quelque peu au "collectionneur" que je suis, est que l'acheteur d'un numéro ne va pas forcément prendre d'office le suivant. Avoir une collection à trous ne dérange pas certains qui misent avant tout sur le sommaire pour franchir ou pas le pas. D'autres, comme moi, considèrent que certains sommaires font plus saliver que d'autres sur le papier mais qu'il y aura le plaisir de découvrir de nouveaux comédiens sur un numéro potentiellement moins "vendeur". Je ne peux pas m'imaginer en rater un seul. Après, il faut dire que la fibre nostalgique est très prégnante chez moi et que je me suis intéressé très tôt à ces voix de l'ombre. Tout le monde n'a pas ce rapport presque viscéral à cet art du doublage, n'a pas la reconnaissance extrême que je porte à toutes celles et ceux qui le fond. 


Bref, pour que Synchro puisse survivre et envisager l'avenir avec sérénité, il faudrait qu'un noyau de vrais passionné se crée, un noyau qui serait suffisant pour que la question de la sortie ou pas d'un numéro ne se pose plus. Et puis, avec le bouche à oreille, les réseaux, les modestes blogs comme le mien, aussi désuets soient-ils parfois considérés désormais, progressivement, il faudrait espérer de nouveaux lecteurs, leur expliquer que le doublage, ce n'est pas qu'une partie technique qui pourrait sembler rébarbative de prime abord mais un métier de l'humain et de passion.


Je sollicite rarement quoi que ce soit ici ou ailleurs. Mais là, j'espère que vous partagerez au plus grand nombre. Il y a URGENCE, vraiment. Il suffit d'une chaîne, même tenue, pour relancer la machine. Un ami qui soit fan de cinéma, un autre qui veuille s'informer, un autre qui soit simplement curieux... Partager, c'est aussi informer sur l'existence même de Synchro. J'espère que mes mots auront eu un écho, même modeste, et qu'ils auront su toucher certains d'entre vous.

Le lien pour la campagne en cours, c'est ICI

Merci par avance pour eux, pour nous, pour moi.

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