mercredi 31 mai 2017

Les photos de Benjamin Horne



Ce billet (garanti sans spoiler) ne parlera qu'aux fans de la série originelle Twin Peaks, encore que rien n'empêche les néophytes de s'extasier devant la qualité des photos N&B prises par Richard Beymer sur le tournage de la série. Richard Beymer, c'est Benjamin Horne, l'un des personnages principaux (et l'un des plus barrés aussi) du microcosme Twin-Peaks. Pour les plus anciens accro à West Side Story, c'est aussi Tony, l'amoureux de Maria, campée par Natalie Wood. Voilà, maintenant que les présentations sont faites, c'est parti pour une petite incursion dans le monde tourmenté de Twin Peaks. 

Toutes les photos ci-dessous sont la propriété exclusive de © Richard Beymer


Laura Palmer (Sheryl Lee), celle par qui tout arrive puisque son cadavre est découvert dès les premières secondes du premier épisode de la saison 1. Une fille bien sous tous rapports. Jusqu'à ce que le vernis craque.


L'agent spécial du FBI, Dale Cooper (Kyle McLachlan) débarque pour trouver le meurtrier de Laura. Hormis son goût immodéré pour le café noir et les tartes aux cerises de Norma, la propriétaire du café-restaurant du coin, il a surtout un esprit de déduction qui lui vaut l'admiration du shérif Truman.


Andy Brennan (Harry Goaz) est l'adjoint maladroit et pas très réactif du shérif. Grand sensible, il pleure dès qu'un corps est découvert. C'est l'un des ressorts comiques de la série, surtout lorsqu'il essaie de se faire bien voir de Lucy Moran, la secrétaire du commissariat.


Photo de tournage avec Michael Ontkean (Shérif Harry Truman), Frank Silva (le démoniaque Bob) et le réalisateur David Lynch.



L'halluciné et toujours bien flippant Bob (Frank Silva). Ou la noirceur absolue de l'âme. Élément essentiel de la série, double démoniaque des êtres dont il prend possession, le personnage ne devrait pas revenir dans la saison 3 puisque son interprète est décédé entre-temps. Mais avec Lynch aux commandes de cette suite, on ne sait jamais...


Les derniers épisodes de la saison 2 sont globalement décevants d'autant que David Lynch délègue dès lors que le meurtre de Laura Palmer est résolu en cours de saison. Heureusement, il revient pour le final, lynchien à souhait et nous offre quelques moments bien stones dans la fameuse Loge Noire. Ici, Dale Cooper et sa copine Annie (Heather Graham) en fâcheuse posture.



Difficile de résumer le rôle de Leland Palmer (Ray Wise) sans révéler  quoi que ce soit d'important. C'est un personnage essentiel de Twin Peaks et Ray Wise joue une partition extraordinaire qui aurait du au moins lui valoir un prix d'interprétation. Tour à tour touchant et glaçant.


Le nain, aussi appelé l'homme venu d'un autre endroit (Michael  J Anderson) a probablement le rôle le plus étrange de la série. On ne comprend pas bien ce qu'il est, ce qu'il fait. On ne comprend pas davantage ce qu'il dit. Il ne quitte jamais la Loge Noire, endroit qui se nourrit de la peur des autres. Petite anecdote : dès lors que l'on pénètre dans la Loge Noire, les propos de ceux qui y sont semblent difficilement compréhensibles. David Lynch, lors du tournage de ces scènes, exigeait des acteurs qu'ils déclament leur rôle à l'envers. Les bandes sont ensuite lues à l'envers, ce qui donne cette impression de phrasé si particulier et tout juste compréhensible.



Windom Earle (Kenneth Welsh) est la nemesis de Dale Cooper. Le personnage n'est pas inintéressant mais il alimente les épisodes les moins passionnants à mon goût. Sa motivation initiale (vengeance) en cache finalement d'autres qui expliquent mal ses obsessions. Dommage car Kenneth Welsh est bon mais sa confrontation avec Kyle McLachlan (Dale Cooper) tourne un peu à vide.



Et on termine avec l'un des deux maîtres d'oeuvre de Twin Peaks : le co-créateur et réalisateur David Lynch, l'autre étant son complice Mark Frost. Si Lynch avait géré l'ensemble des épisodes, nul doute que la deuxième moitié de deuxième saison aurait été moins faiblarde et donc moins frustrante. Encore qu'avec Lynch, difficile de savoir où il nous aurait entraîné. heureusement, c'est lui qui a clôt la saison 2 et qui est aux commandes de toute la saison 3 (18 épisodes) actuellement en cours de diffusion. Pour en avoir vu les deux premiers épisodes, l'esprit Twin Peaks est bien là. Pour le reste, trop tôt pour se faire un avis mais ça devrait le faire ! 
 .

mardi 30 mai 2017

Le mardi, c'est l'énigme !



Je prends peut-être un risque en proposant une énigme cette semaine, certains des habitués n'auront probablement ni le temps ni l'envie d'y plancher dessus, mais enfin, on ne change pas une rubrique qui distribue des médailles d'or honorifiques à la pelle. La semaine dernière, François-Marie a du se sentir un peu seul puisqu'il a été l'unique personne à résoudre l'énigme suivante. Je ne sais donc pas si elle était facile ou François-Marie particulièrement brillant mais elle ne me semblait pas si évidente de prime abord. Allez, petit rappel des indices et correction avant de passer à l'énigme du jour :

-Dès mes débuts, j'ai laissé des traces de mon passage
-La couleur d'origine de mes chaussures mit en émoi la ville capitale de ma production
-La 1000ème  fut ma 1ère ! 
-Initialement, je n'étais pas voué à rester la propriété de mon maître
-Un faire-part de décès a pourtant signé ma réintégration

Je n'avais pas été chercher bien loin puisqu'il fallait trouver Gaston Lagaffe, mon personnage BD favori tous genres confondus. La première apparition de Gaston, ce sont les traces de ses pas dans la revue Spirou en février 1957.
Ses espadrilles étaient initialement orange mais cette couleur a mis en émoi un village des Pyrénées, réputé "capitale de l'espadrille", qui craignait que ce choix de coloris n'affecte leur réputation. Franquin reçut deux paires et il en choisit une pour illustrer les chaussures de Gaston.
Sa première histoire en planche complète apparut à l'occasion du n° 1000 de Spirou.
Initialement, Franquin pensait que Gaston serait rapidement repris par Jidéhem à qui il avait envisagé de le confier. Mais ce dernier, ne se sentant pas d'une telle responsabilité, déclina la proposition. Ce qui n'empêcha pas la collaboration que l'on sait.
Gaston est viré sous prétexte d'avoir amené une vache dans les bureaux de la rédaction. Il sera finalement réintégré grâce aux lecteurs et cette réintégration se fera sous la forme d'un faire-part de décès.




Allez ! C'est reparti avec l'énigme du jour ! Vous avez toujours une semaine pour la résoudre. Soit sans indice supplémentaire (médaille d'or), soit avec un indice de plus à partir de dimanche (médaille d'argent), soit avec un deuxième à partir de lundi (médaille de bronze). Voici les indices de la semaine : 

Je suis un chanteur
Marcel Amont évite que l'on ruine ma carrière balbutiante.
J'ai essuyé les plâtres de ma salle de spectacle préférée.
Je partage un album et une tournée avec un être cher qui disparaîtra tragiquement peu après.
Je ne dédaigne pas les incursions érotiques. 
Peut-être par vexation, j'ai refusé l'honneur qui m'était fait.

 Voilàààà ! Bonne chance ! 

.

lundi 29 mai 2017

Fred.Ian, un duo en quête d'humanité



The Eye Doctor Strange Portrait © Fred.Ian
80 x 120 cm

Heureusement que j'avais dit à Fred que je ne lui emprunterais "que" quelques œuvres. Sauf que pour les choisir, j'ai parcouru l'ensemble de sa galerie (et encore, je me suis restreint aux parties "Vintage Heroes" et "Heroic Portraits" parmi les diverses thématiques de son site, espace sur lequel je reviendrai d'ailleurs). Et de piqûre de rappel en piqûre de rappel, puisque je connaissais la plupart des œuvres, le choix d'une sélection resserrée s'est avéré complexe. Et vu comme le duo est prolifique, il a bien fallu trancher. Déjà, les 3 premières toiles présentées ici sont mes préférées. Je vais donc les évoquer un peu plus en détail avant de vous parler de Fred.Ian à proprement parler.

Si je devais trancher, ma favorite serait la représentation du Docteur Strange, un personnage que je connais finalement assez peu, le genre de gars que l'on va consulter quand on est aux prises avec des forces occultes qui nous dépassent. Voilà. Oui, c'est réducteur mais c'est probablement tout ce que je pourrais dire du docteur. Mais la toile est d'une telle beauté, le mysticisme qui s'en dégage est tel, le sens du détail et le choix des couleurs sont si bluffants que l'on ne peut que se prosterner devant le résultat final. Je ne vous parlerai pas de qualité technique, je n'y connais rien, mais que c'est beau ! Je n'aurais jamais imaginé que l'on pouvait arriver à un tel degré de détail avec de la peinture à l'huile (technique de l'ensemble des œuvres présentées ici et véritable savoir-faire propre à Fred).



Storm African Goddess © Fred.Ian
100 x 100 cm

Avec Storm / Tornade, je suis déjà davantage en terrain connu puisque j'ai beaucoup lu les X-Men, surtout dans les années 80. Ororo, maîtresse des éléments est ici représentée, en tout cas c'est mon interprétation, en osmose complète avec la nature, aspect renforcé par sa nudité nullement gratuite ici mais utilisée à très bon escient. La nature de l'environnement et la nature du corps ne font plus qu'un. Les mouvements graciles d'Ororo rajoutent à la majesté de l'ensemble. J'ai un peu de mal à trouver les mots justes, difficile de traduire précisément des émotions mais c'est une oeuvre magnifique. Tant que je me comprends, c'est l'essentiel.



Sweet Sixties' Black Widow vintage portrait © Fred.Ian
80 x 80 cm

La veuve Noire (Black Widow) est une création toute récente et j'ai eu un vrai de coup de cœur. Elle vient de trouver preneur et je suis bien certain que son propriétaire (je précise pour ceux qui s'inquiètent de l'état de ma collectionnite aiguë que ce n'est pas moi) ne regrettera pas cette superbe acquisition. Tout est bien vu : la pose, les couleurs, les effets sur la combinaison, la beauté du visage et du regard, le côté vintage avec ce fauteuil des années 60 ou 70 et les motifs donnant la sensation d'assister à un générique d'époque de James Bond. Graphiquement, je trouve la composition parfaite. Niveau réalisation, à part déverser une corne d'abondance de superlatifs, je ne vois pas.



Storm "Not a Goddess Anymore" © Fred.Ian
62 x 92 cm

Voilà pour mon tiercé de tête. Je ne vais pas me livrer à une description en bonne et due forme de l'ensemble des œuvres sélectionnées ici. Sachez simplement que toutes ont su capter mon attention, bien au delà de la simple fascination que l'on pourrait avoir pour le personnage choisi. D'ailleurs, globalement, même si je connais les personnages au moins de nom ou de représentation, certains me sont étrangers. Mais là n'est pas l'important. Ce que j'aime, c'est qu'il y a toujours un détail qui rend l'oeuvre irrésistible : le rendu de l'eau et du visage pour Aspen Matthews, le visage d'Emma Frost, la composition hallucinante et flippante à souhait de Freddy, l'effet madeleine de Proust immédiat de MJ Watson qui semble nous dire "Tiger" quand on la regarde, l'hypnotisant regard de Poison Ivy, la ressemblance incroyable de Christopher Reeve etc. Les détails qui ont de l'importance pour moi ne seront probablement pas les mêmes pour vous, ou peut-être que si, mais qu'importe... Ces œuvres s'adressent à tous, selon notre sensibilité, nos rapports avec les personnages choisis et le côté "super-héros", terme si galvaudé, s'efface devant la fragilité et les fêlures de ceux qui les incarnent. Fred explore l'humanité de ces êtres pour la plupart confrontés à des pouvoirs qu'ils n'ont pas choisis et avec lesquels ils doivent composer, que ce soit en bien ou en mal. Les toiles nous parlent parce qu'elles n'ont rien de spectaculaire, si ce n'est par la qualité de leur réalisation. Elles ont par conséquent une charge émotionnelle forte.


 Aspen Matthews Portrait © Fred.Ian
120 x 60 cm

En plus des toiles présentées ici, vous pourrez en admirer des dizaines d'autres sur le site de Fred.Ian et constater combien les œuvres sont variées : Vintage Heroes et Heroic Portraits donc, mais aussi Regards, Portraits de Songes et Bestiaire. Mais assez parlé de peintures proprement dites. Car derrière tout ce travail, il y a deux hommes. L'un dans la lumière, l'autre davantage dans l'ombre mais c'est bien de travail commun dont il est question ici. 

 Emma Frost as The Hellfire Club's White Queen © Fred.Ian
50 x 100 cm

Fred, c'est l'artiste peintre, le type aux pinceaux d'or qui nous en met plein la vue. Dans un entretien accordé au forum Marvel's Collection & Customs, il expliquait avoir à la fois fréquenté différentes écoles d'art (études d'architecture et de stylisme notamment) et être un parfait autodidacte dans la technique qu'il maîtrise le mieux et qui constitue l'essentiel de son approche : la peinture à l'huile. D'ailleurs, la peinture est arrivée plus tardivement bien que, aussi loin qu'il s'en souvienne, Fred ait toujours dessiné.


 "Give me five" Freddy Krueger life-size Portrait © Fred.Ian
50 x 190 cm

Details



L'autre membre indissociable de ce binôme créatif, c'est Ian. Il accompagne, épaule, conseille, prépare les poses des modèles indispensables au réalisme de la composition finale, gère la logistique, l'organisation des expositions bref tout ce qui peut à la fois compléter le regard de Fred et lui permettre d'être pleinement focalisé sur son art pictural.

 At work - Work in progress (UFO Robot Grendizer) © Fred.Ian
60 x 90 cm

Pour chaque projet, les deux hommes discutent, entament des réflexions, se livrent à une recherche documentaire poussée, échangent leurs ressentis, se remettent en question, évoquent leurs doutes pour repartir de plus belle avec la même exigence commune : remettre au centre de leur travail, de leur approche, l'importance des émotions humaines, en revenant aux sources même des personnages qu'ils se réapproprient. Il n'y a plus de représentation héroïque mais simplement des failles au quotidien. Et ce sont ces failles qui font précisément de ces personnages plus ordinaires qu'il n'y parait des super-héros.


 Mary-Jane Vintage Portrait © Fred.Ian
40 x 60 cm

Avec du recul, c'est un peu étonnant que je n'aie jamais consacré plus tôt un billet à Fred.Ian. Il est vrai que, étant moins en phase avec le mode des comics et son évolution, j'avais un peu déserté le forum qui m'avait pourtant permis de faire connaissance avec Fred. Y revenir ponctuellement m'a permis de me refamiliariser avec ces œuvres et surtout de reprendre un plaisir pas possible à les regarder. J'espère que ce plaisir sera partagé par la plupart d'entre vous.


 Vénéneuse (Poison Ivy) © Fred.Ian
40 x 60 cm

Pour le prolonger, vous avez les options suivantes : 
- le forum Marvel's Collections & Customs pour peu que l'univers Marvel vous intéresse un minimum quand même

On ne pourra pas m'accuser de ne pas être exhaustif ! Bon rinçage de mirettes à tou(te)s ! 


 Icons : Superman / Christopher Reeve © Fred.Ian
50 x 65 cm

Et merci à Fred de m'avoir donné carte blanche concernant l'utilisation des œuvres présentées ici.
.

vendredi 26 mai 2017

Mana Neyestani, l’œil du dessinateur de presse


Toutes les illustrations issues de Tout va bien
© Mana Neyestani
© Arte Editions
© Ça et Là Editions

Il y a encore deux semaines, j'ignorais tout de Mana Neyestani, ce dessinateur de presse iranien qui finit emprisonné par le régime de son pays avant de fuir l'Iran pour la Malaisie puis la France. A ce titre, je ne saurais trop vous conseiller l'excellent article du Monde signé Hamdam Mostafavi qui retrace le parcours hors-norme de Mana Neyestani.

A l'occasion du festival Printemps au Proche Orient 2017, une exposition et une conférence en présence de l'artiste furent organisées sur Périgueux. Il ne m'a pas été possible de m'y rendre, je l'ai bien regretté, encore plus maintenant que j'ai parcouru ce pavé de 400 pages et de 200 dessins, mais ma librairie attitrée, Les Bullivores, avait profité de l'occasion pour mettre en avant ses ouvrages, bien en vue près de l'entrée. Du coup, je me suis procuré Tout va bien et c'est peu de dire que j'ai pris une claque. Neyestani a non seulement un coup de crayon prodigieux au service d'un humour noir et d'un sens de l'observation peu communs, mais il a surtout un talent phénoménal pour trouver le dessin qui appuie là où ça fait mal, là où ça remue, là où impuissance et nausée se mêlent. Malheureusement, Mana Neyestani ne sait que trop bien de quoi il parle et ses œuvres en quête de liberté, d'égalité, d'espoir ont forcément un écho particulier lié à son vécu. Tout ce qu'il pointe du doigt est choquant pour tous ceux qui, comme moi, n'ont pas connu de régime totalitaire alors je ne peux même pas imaginer la souffrance que ce doit être de coucher des dessins autant en prise avec sa propre existence ou celle de ses compatriotes, bien au delà du seul cadre de l'Iran d'ailleurs puisque cet ouvrage est une diatribe illustrée contre l'oppression d'où qu'elle émane.

J'ai sélectionné quelques-uns des dessins de presse de Mana Neyestani, j'aurais pu en choisir tellement d'autres tant ils ont tous sans exception une charge émotionnelle et historique forte. Cet ouvrage rappelle aussi, si cela était encore nécessaire, que réfugiés et migrants sont avant tout des hommes et des femmes déracinés luttant pour leur vie et en aucun cas des envahisseurs ou des profiteurs. Un peu de liberté, est-ce trop demander quand on a tout perdu ?
Il va de soi que je recommande hautement ce recueil. Après, chacun fait comme il l'entend. Mais bon.

La Syrie fait peu de cas du sang versé. Le dictateur Bachar El-Assad revient souvent dans l'ouvrage. L'image est terrible mais tout est dit. Effrayant tout autant que remarquable.

La perte de l'enfance, ou la difficulté de la préserver, souvent avec de la maltraitance en toile de fond, est un thème récurrent chez Neyestani. Là-encore, je suis bluffé par sa capacité à illustrer une réalité aussi monstrueuse avec une telle efficacité. C'est terrible et tellement bien vu.

Difficile de garder une part d'innocence dans un pays d'oppression régi par les armes.

L'art de se donner bonne conscience... Ce dessin est terrible mais il résume bien ce que le monde est devenu... Plus désabusé et cynique, pas possible... mais tellement juste.

Avec les remous provoqués par le canular d'un pourri du PAF que je n'ai même pas envie de citer tellement il me fait vomir, ce dessin prend une dimension encore plus particulière. Pas besoin d'aller en Iran ou en Syrie... Même dans les pays dits civilisés et démocratiques, des fous sont lâchés et font du dégât.

Noir c'est noir, il n'y a plus d'espoir pour des lendemains qui chantent. Si au moins, une fois le soleil noir couché, il pouvait y avoir une accalmie...

Franchement, je me répète mais... comment Mana Neyestani fait-il pour avoir cet "œil" ? Ou comment détourner des mots pacifiques en dessein militaire...

Ne le dites surtout pas avec des fleurs. Ou l'incapacité de convaincre de l'aberration de sans cesse se combattre.

L'enfance perdue toujours, ou condamnée. Il y a quelque chose d'inexorable dans ce dessin, de perdu d'avance. La manipulation de l'innocence d'un enfant incapable de se défendre.

Vous reprendrez bien encore un peu de soleil ?

Après la prison, point d'issue ? Comment vivre dehors quand on a passé tant de temps dedans ?

Neyestani a signé ce dessin à l'occasion de la Journée Internationale de la femme. Des personnages bonhommes, une approche humoristique voire légère... mais pas de souci, le message passe et est d'une limpidité absolue.


Dans l'ouvrage, la page de gauche donne le titre du dessin de la page de droite. Parfois des précisions contextuelles sont rajoutées et ici ces explications rendent ce dessin extrêmement émouvant. Si ce soldat pouvait se laisser attendrir... Un enfant ne voit pas le mal partout, et surtout pas là où il se trouve. Mais laissez-moi rêver...

Les couleurs sont rares dans les dessins de presse de Neyestani mais toujours utilisées avec parcimonie et à bon escient. Derrière la lumière apparente, la réalité se rappelle à nous, implacable.

Avoir au moins l'illusion d'être heureux, juste un peu. Même si, pour cette famille comme des milliers d'autres, le nœud de l'oppression se resserre déjà.

La relève n'est visiblement pas assurée. Vue du militaire, c'est assez réjouissant. Et avec un angle d'attaque original, comme toujours.

Éclaircie en trompe l’œil 

Quand les adultes ferment toutes les portes aux enfants. 

J'adore celle-ci. Mana Neyestani, c'est aussi une poésie immense ! Superbe bulle d'air qui fait du bien ! 

Les enfants innocents d'aujourd'hui, les libérateurs de demain ? Neyestani manie aussi l'optimisme. Pas souvent car la situation ne s'y prête que rarement et il est avant tout un observateur lucide de son temps. Mais quand ça arrive, ça fait du bien ! 

Un problème, une solution ? En tout cas l'équation semble équilibrée. Restent les chaînes...
.
.
Les dessins  de mana Neyestani rappellent quand même beaucoup le trait du regretté Claude Serre. Si l'humour de ce dernier était moins engagé et plus porté vers l'absurde, la noirceur était aussi de mise. Et Serre avait aussi cet "œil" qui rendait ses œuvres d'une pertinence absolue. Et quel talent de dessinateur ! Je ne possède qu'un seul de ses ouvrages, Serre... Vice compris, mais je vais combler prochainement cette lacune, bien que je pense avoir lu l'essentiel de sa production. 




Si le dessin de Neyestani me semble proche de celui de Claude Serre, difficile également de ne pas rapprocher l'auteur iranien de Franquin et de ses idées noires. Plus que l'utilisation exclusive du noir, ce sont surtout les thèmes abordés par le génial dessinateur belge qui me font émettre ce parallèle : les injustices sociales, l'oppression, la guerre et une sainte horreur des militaires... Les deux artistes ont beaucoup en commun de par le regard qu'ils portent sur une société à la dérive, malgré deux vécus forcément incomparables. Neyestani est plus un témoin et observateur quand Franquin n'est "qu'un" observateur. Il n'empêche que les deux œuvres sont remarquables.