dimanche 22 mars 2020

Dans LEFEUVRE de l'action : Fox-Boy, Troisième souffle



Elles se seront fait désirer ces nouvelles aventures de Fox-Boy mais alors, dire que l'attente en valait la peine serait un euphémisme tant cette BD de Laurent Lefeuvre est passionnante de bout en bout, et ce n'est pas la moindre de ses qualités !

J'ai découvert Laurent Lefeuvre, ou plutôt je ne me suis intéressé à son univers, assez tardivement finalement, un jour d'été 2017. Faut dire que Philippe Cordier, sur son fameux blog "Phil & Co...mix", en disait le plus grand bien et qu'il est souvent de bons conseils. Depuis, j'ai beaucoup aimé "Tom et William" et sa thématique à la fois universelle et si personnelle de l'enfance, dévoré "Fox-Boy" 1 & 2 chez Delcourt, pris un pied pas possible sur "Comme une odeur de diable", jusqu'à être finalement à court de superlatifs sur son extraordinaire "Atelier Workshop". Et je ne vous parle pas du superbe DD ambiance Mazzucchelli qui trône désormais fièrement dans mon bureau ! Et comme j'ai une nouvelle idée de commission qu'il faudra que je me décide à soumettre à l'intéressé, le plaisir devrait se prolonger toujours un peu plus... Il ne me manque que "La merveilleuse histoire des éditions ROA" pour compléter le tableau, faudra que je pense à combler cette lacune.


Je l'ai déjà dit à maintes reprises, ce modeste blog est celui d'un lecteur lambda, parfois exigeant mais lambda, je ne suis pas critique spécialisé, si tant est qu'on puisse vraiment l'être tant une lecture reste forcément subjective. Du coup, fidèle à mon habitude, je ne vais pas vous raconter le(s) pitch(s) de Fox-Boy troisième souffle. N'importe quelle page sur le net vous informera mieux que je ne saurais le faire. Par contre, je vais essayer de partager avec vous les formidables qualités de cette BD derrière lesquelles transpirent celles de son auteur.

D'abord, mais on commence à avoir l'habitude, c'est un ouvrage généreux, rempli jusqu'à la gueule, certes bien aidé en cela par une campagne Ulule impeccablement menée et qui a fait gonfler le contenu de jour en jour. Généreux par son nombre de pages mais aussi par sa variété : en dehors des histoires proprement dites, on a un prologue façon album d'autocollants genre Panini, des fiches personnages réminiscences des fiches Marvel de A à Z des Strange Spécial Origines, un courrier des lecteurs façon Strange, sans oublier un appréciable cahier de fin de tome en guise de dessert avec couvertures bourrées de clins d’œil envers certaines oeuvres ou dessinateurs US cultes.


Ensuite, c'est une BD passionnante. De par ce qu'elle raconte évidemment, avec, entre autres, des récits ancrés dans une Bretagne peuplée de légendes, terrain propice à des incursions savoureuses dans le fantastique. De par la force de sa narration, du dessin, de par la maîtrise assez incroyable de la mise en scène. On a l'impression que Laurent Lefeuvre peut tout faire, tout expérimenter et qu'il n'y a pas de limites dans les voies qu'il peut explorer, comme s'il était dans un gigantesque labo qui garderait pourtant toute sa cohérence. Ses planches sont magnifiques, savamment découpées et toujours très dynamiques. Je n'avais pas mesuré jusque là l'importance de cette maîtrise, révélatrice, à mon sens, de l'enthousiasme jamais pris en défaut de Laurent Lefeuvre et de son appétit monstre pour aller au delà de ses limites artistiques et ainsi toujours se renouveler. J'aime tout particulièrement les atmosphères qu'il dépeint, c'est quelque chose auquel je suis très sensible, bien au delà de la seule histoire. Et là, je suis plus que servi, avec une soif épanchée en permanence. J'aime ses ombres, ses couleurs, son bestiaire, ses crépuscules et ses nuits... J'aime tout. 


Enfin, et c'est le point qui m'a vraiment donner l'envie d'écrire ce billet, point encore plus subjectif que les autres, c'est une BD qui émerveille. Qui m'a émerveillé en tout cas. Attention, je n'ai pas dit que l'on était dans un monde merveilleux, on n'y est résolument pas, entre vie citadine un peu crasse, légendes obscures et thématiques écologiques tristement d'actualité. Mais c'est une BD qui m'a émerveillé. Qui a refait de moi un enfant aux yeux écarquillés. Pour moi, c'est ça, l'émerveillement, c'est d'avoir ces yeux-là et, cerise sur le gâteau, d'en prendre toute la pleine conscience et je suis ô combien soulagé d'avoir la confirmation que ce sentiment délicieux n'a pas d'âge. Pourquoi cet émerveillement ? Parce que, enfant, je suis passé à côté de toutes ces histoires de monstres à la Claude Seignolle ou à la Bernie Wrightson, pour ne citer qu'eux parmi tant d'autres. J'étais westerns, super-héros, accro à Goldorak, captivé par Rahan etc. Mais point de fantastique ou de récits bien flippants lorsque j'étais gosse ou même ado. Laurent Lefeuvre, de par ses récits et ses influences multiples, de par les atmosphères si caractéristiques dont je parlais plus haut, me permet de rattraper mon retard, de redevenir le môme que j'étais, celui qui découvre et s'émerveille, celui qui n'est plus l'adulte qui tente désespérément, tant bien que mal, de préserver dans une bulle forcément flétrie, une part de l'enfant qu'il fut et qu'il veut rester. A certains moments de ma lecture, c'était comme si le temps s'était suspendu. J'étais redevenu enfant et seulement enfant. Parce que j'explorais des univers qui ne m'étaient pas familiers et dont je me délectais (c'est pour cela d'ailleurs que, dans la bibliographie de Laurent, "Comme une odeur de diable" garde une place toute particulière). Pour beaucoup, cet enthousiasme et ces mots vont paraître exagérés mais justement ils ne le sont pas. Ils le sont d'autant moins que j'ai été le premier surpris de ressentir cela et qu'il a été très compliqué, à froid, de mettre des mots sur cette sensation si étrange et surtout si imprévisible. Mais tellement agréable. Prendre du rab d'enfance, ça n'a pas de prix.


Dorénavant sous la bannière de l'éditeur Komics Initiative via son fondateur Mickaël Géreaume, Fox-Boy va voir ses précédentes aventures, parues initialement chez Decourt, ressortir dans des versions augmentées et surtout chronologiquement modifiées (les tomes 1 & 2 chez Delcourt devraient devenir 2 & 3 chez Komics Initiative, vous suivez ?) par le biais de nouvelles campagnes Ulule qui promettent ! Tout ceci pour une sortie prévue en 2020, sous réserve que les événements actuels ne jouent pas les trouble-fête. On en reparle très vite. D'ici là, je ne saurais que trop vous recommander l'achat de Fox-Boy : Troisième souffle, en privilégiant les sites spécialisés sur le net ou en en faisant la commande auprès de votre libraire spécialiste BD attitré.

Et surtout portez-vous aussi bien que possible et... RESTEZ CHEZ VOUS.

samedi 7 mars 2020

André Chéret, adieu et 1000 merci pour tout



Il est des disparitions qui  marquent plus que d'autres. Celles de Chéret est de celles-là. Parce que Rahan est un vrai pan de ma culture BD, un essentiel, un condensé de plaisir de lecture et de relecture, d'évasion, d'histoires extraordinaires, d'anachronismes savoureux laissant libre court à l'imagination débordante de deux artistes majuscules... L'aventure avec un grand A scénarisée par Roger Lécureux et mise en scène de main de maître par André Chéret. 

Rahan, pour moi, ce fut tout d'abord une claque prise dans les pages de Pif Gadget. Pas celui-ci évidemment : le n°1 de Pif est sorti en mars 1969 et je n'étais même pas né ! Mais Rahan était déjà présent dans les pages de ce premier numéro, à la poursuite du soleil d'est en ouest pour sa première apparition, avec la toute première planche ci-dessous. Déjà, la remarquable maîtrise de l'anatomie de Chéret fait mouche et le dessinateur n'aura de cesse de se perfectionner, livrant des planches réalistes et sacrément dynamiques, avec un sens du mouvement peu commun. Avec Lécureux et Chéret, on ne lisait pas une BD, on y plongeait tête la première et on vibrait à chacune des péripéties du fils des Âges farouches. 







Les épisodes marquants ne manquèrent pas. Je me souviens tout particulièrement de l'épisode "L'île des morts vivants" qui m'avait fait bien flipper. Ou de "La mort de Rahan" à laquelle je ne croyais évidemment pas mais quand même... le doute s'insinuait au fil des pages...


Mais je crois que l'épisode qui m'aura le plus marqué restera "le grand amour de Rahan". Je me souviens de cette couverture comme si c'était hier. Une très belle histoire, angoissante et émouvante à souhait jusqu'au "sacrifice" de Naouna qui renonce à s'attacher durablement à Rahan pour ne pas le priver de ce qui est le plus important pour lui : la liberté, celle de parcourir le monde et d'aller à la rencontre de ses frères, les hommes, pour apprendre d'eux et leur enseigner ce qu'il a appris au gré de ses nombreuses escapades. 


Je possédais les 42 tomes de cette intégrale aux éditions Vaillant dont j'adorais les couvertures et ce cerclage si caractéristique autour du personnage principal. Dommage que Soleil n'ait pas gardé le principe pour leurs intégrales suivantes.




J'étais tellement fan que je m'étais même amusé à reproduire deux d'entre elles. 25 ans que je m'y suis collé, déjà ! Faudrait que je réessaie un de ces quatre. J'ai forcément perdu la main mais ce pourrait être fun de s'y remettre. J'étais vraiment fasciné par le rendu de la musculature chez Chéret, ce sens du détail, ce dynamisme qui semblait tellement facile chez lui.



Ne pouvant pas garder toutes mes séries en X exemplaires (déjà que j'ai les Gaston de Franquin en triple...), j'avais revendu l'intégrale Vaillant pour privilégier celle de Soleil, la version noire, très belle au demeurant.



Je reviens brièvement sur mon unique rencontre avec André Chéret, en 2013 dont je parle plus longuement ICI. Ce grand monsieur respirait la gentillesse mais il parlait très peu, et comme j'étais moi-même assez intimidé, ça n'a pas aidé. Mais j'ai pu lui dire, sans doute en bafouillant, combien il avait comblé au delà de l'imaginable les envies d'évasion de l'enfant que j'étais et que j'espère bien être resté, au moins un peu.



L'occasion de refaire aujourd'hui quelques photos de mes petites acquisitions de l'époque : des originaux à l’encre de Chine ou aux encres de couleurs, format marque-page, ce qui présentait l'avantage de les rendre abordables et de pouvoir se faire un petit plaisir pas si coupable.








Aujourd'hui, mon coeur est un peu vide de cette page qui se tourne mais Rahan restera présent, comme il l'a toujours été. D'ailleurs, la porte de mon bureau me ramène sans cesse à lui. Pas de risque que ça change.
Merci Monsieur Chéret pour ces décennies de pur bonheur ! 

samedi 15 février 2020

Jean Frisano en 80 couvertures



Si vous avez grandi en vous délectant comme moi, avec vos petits yeux d'enfant émerveillé tout écarquillés, des couvertures de Jean Frisano sur Strange, Nova, Titans et j'en passe, alors ce coffret est pour vous. Pas donné (99 €) mais de qualité, il renferme 80 reproductions d'originaux. A l'initiative du festival BD d'Angoulême qui a consacré à Jean Frisano une exposition plus que méritée lors de la dernière édition, ce bel objet est un complément idéal au chef d'oeuvre de Philippe Fadde, "Jean Frisano, une vie d'artiste", sorti chez Neofelis Editions fin 2016, aujourd'hui épuisé. Notez qu'il vous sera peut-être difficile de vous procurer ledit coffret puisque de petits malins ont acheté des lots qu'ils revendent à prix d'or sur le net. Le mieux est encore de vérifier la disponibilité sur le site du festival de la BD d'Angoulême mais à seulement 700 exemplaires, il n'y en aura pas pour tout le monde !

Pour le reste, les reproductions sont de qualité, les couleurs ressortent vraiment bien. Chacun rechignera subjectivement devant l'absence de telle ou telle couverture mais tous les univers sont abordés. Petit bémol : la partie cartonnée contenant les 80 reproductions ne facilite pas le rangement.

Je vous laisse avec un petit florilège des reproductions présentes. A noter qu'un court ouvrage souple inclus dans le coffret revient sur la vie de cet artiste discret disparu tragiquement en 1987. Si vous êtes sensible à son art ou si vous avez la nostalgie des comics de votre enfance et adolescence, ne ratez pas l'occasion de vous procurer "Jean Frisano : De Tarzan à Marvel, l'Amérique fantasmée" et ses 80 madeleines de Proust.
















lundi 3 février 2020

Nicolas Peyrac, on en redemande à Saint-Astier !



Nos routes à Nicolas et moi n'en finissent plus de se croiser et, sans que je sache bien comment cela est encore possible, chaque nouvelle rencontre dépasse émotionnellement la précédente.
Être son ami est une fierté. C'est l"assurance du parler vrai, de l'amitié sincère, du plaisir de se retrouver et d'être ensemble, d'échanger sans prise de tête et avec tellement de facilité. Être son ami est surtout une chance et je la mesure un peu plus de jour en jour.


Aujourd'hui, ce fut encore plus vrai. Il y eut le plaisir des retrouvailles. Comme une évidence. Les balances, les ultimes réglages. Les échanges complices dans la loge de l'artiste (l'appareil photo FZ300 est une bombe, ne cherchez pas autre chose, y'a pas mieux !). Le repas partagé -et quel repas ! Ils savent se débrouiller en cuisine à Saint-Astier ! - avec Nicolas, son ami Vincent, les organisateurs d'un jour (un merci tout particulier à Marie-France pour son extrême gentillesse, générosité et disponibilité). Le concert, énorme, dans une salle remplie jusqu'à la gueule, dans une super ambiance. Un Nicolas en (très) grande forme qui nous a régalés -fortement émus aussi- d'anecdotes sur quelques titres phares mais souvent plus méconnus de son répertoire. Et puis cette présence, cette voix, cette force d'interprétation, ce musicien hors pair qui nous fait passer par tous les états avec pour seule compagne une guitare. Avec beaucoup de morceaux revisités aujourd'hui dont de nombreux qu'il n'avait plus interprété depuis belle lurette, voire jamais sur scène. Il y eut sa forte émotion mêlée à mes propres larmes sur "Elle disait". Il y eut ces applaudissements à tout rompre, ces gens debout de partout. Puis les échanges d'après concert. Jusqu'au départ inéluctable et que l'on voudrait pouvoir retarder. Un peu. Beaucoup. Il est dur le moment où l'on se retrouve seul dans sa voiture. Après un tel déferlement de bonheur et de partage pendant des heures, c'est dur de se dire que c'est derrière nous désormais.

Restent les chansons de Nicolas, intemporelles. Les images fortes d'une journée inoubliable. Restent l'amitié et la promesse de prochaines retrouvailles. Reste le plaisir d'avoir pu passer une nouvelle journée en compagnie de ma "nouvelle" amie Béatrice (je mets des guillemets vu qu'on s'est croisé sur les concerts de Nicolas à trois reprises en moins d'un an, avec un plaisir sans cesse renouvelé).


J'ai écrit cette première moitié de billet hier soir, sitôt rentré de ce week-end extraordinaire, entre Périgueux et mes achats compulsifs de BD et Saint-Astier et cette journée de dingue ! Je reprends la plume, brièvement, ce lundi soir, à froid pour vous confirmer que la reprise a été bien dure après les émotions d'hier. Nicolas s'en est retourné chez lui. Je ne sais pas si, tel Lucky Luke, il a fredonné : "♪ I'm a poor lonesome cow-boy, I've a long long way from home ♫" mais moi, j'ai eu l'impression d'un retour à une vie bien "Rantanplan-plan" aujourd'hui. Lendemains difficiles en perspective...

Que c'était bien... Mais que c'était bien ! Merci Nicolas ! 

vendredi 24 janvier 2020

Ric Hochet T4 :Tombé pour la France



Je n'alimente plus guère ce blog en ce moment mais je ne pouvais pas ne pas parler du nouveau Ric Hochet, Tombé pour la France, qui, comme les trois tomes précédents (RIP Ric, Meurtres dans un jardin français, Comment réussir un assassinat) est un excellent cru. Et comme je l'avais lu deux petits jours après sa parution le 10 janvier, je m'y suis replongé cet après-midi avec délectation avant de venir vous en parler. Attention, il y a quelques menus "spoilers" pas bien importants (dans le sens où je ne révèle pas vraiment ce que l'on va y trouver mais plutôt ce qui ne s'y trouve pas) mais vous voilà prévenus ! 

Je l'ai dit et répété : j'aime beaucoup le respect de Zidrou et Simon Van Liemt pour le matériau d'origine. Ils ont brillamment saisi tous les codes du Ric Hochet de Duchâteau et Tibet et, une fois qu'ils se les sont appropriés, ils sont parvenus avec intelligence et malice à dynamiser une série qui peinait à se renouveler, tout en l'ancrant dans sa période "âge d'or" de la fin des années 60. La narration est fluide et bourrée de clins d’œil ou de jeux de mots un peu faciles mais pleinement assumés que n'aurait pas renié Tibet. Le dessin de Simon Van Liemt est dynamique avec une mise en scène inspirée et rehaussée par la mise en couleurs de Cerminaro. Au fil de ces nouvelles histoires, des pans de la "mythologie" originelle Ric Hochet se rappellent à notre bon souvenir. 

Cette fois, c'est au tour du père du héros, Richard "Coeur de Lion", malfrat et fugitif à ses heures, d'être malgré lui le point de départ de l'aventure. Alors que Ric Hochet passait pour être orphelin, le père qui refait surface oblige le journaliste de la Rafale, accusé du coup de désertion, à effectuer son service militaire, non sans avoir été préalablement été viré par son employeur qui a peu goûté d'apprendre que l'un de ses journalistes avait un père repris de justice.

Ric Hochet se retrouve ainsi entre les quatre murs d'une caserne pour une durée prévue de 16 mois. Il aura fort à faire avec des gradés bien décidés à lui en faire voir (d'autant plus que l'ami Ric a un rapport tout particulier avec la discipline), des camarades de chambrée parfois inamicaux et, bien évidemment, un meurtre à résoudre.

Là encore, c'est un scénario extrêmement malin. Mettre Ric face à ses obligations militaires dans ce contexte là d'un père "retrouvé", il fallait y penser ! Du coup, Richard est quelque peu sacrifié sur l'autel de cette nouvelle histoire en quasi huis clos (il n’apparaît presque pas) alors que je pensais au contraire que le personnage serait plus exploité. De même, le meurtre au sein de la caserne a des motivations qui n'ont rien à voir avec la présence de Ric Hochet dans les lieux alors que je m'attendais à ce que ceux qui l'avaient conduit là cherchent à le supprimer de l'intérieur. Attention, je n'ai pas été déçu mais surpris. Et être surpris en cours de lecture, c'est forcément aussi ce que l'on attend d'une BD. Surtout d'une série qui nous est aussi familière.


Sans trop en dévoiler, la singularité de ce meurtre et l'ambiance de sa résolution donnent à ce tome un cachet  et une atmosphère tout particuliers. L'album alterne moments de bravoure, d'angoisse, d'humour et d'émotion, livrant une partition d'une variété remarquable. Nadine prend du galon et c'est à elle que l'on doit les moments les plus drôles de l'histoire (sa réflexion un brin utopiste sur les machos ou l'échange bref mais tordant qu'elle a avec un gendarme alors qu'elle vient de se faire arrêter à 200 km au volant de la Porsche de Ric). L'intrigue sait aussi émouvoir, notamment dans sa résolution, avec une thématique abordée qu'il faut remettre dans le contexte de l'époque. 

Bref, c'est un tome que j'ai beaucoup aimé et qui rend d'autant plus difficile l'attente du tome 5. Le prix à payer pour prendre un pied pas possible pendant quelques dizaines de minutes entre deux longues périodes à ne rien se mettre sous la dent. Un tome futur qui, je l'espère, rappellera à notre bon souvenir des éléments évoqués dans les quatre premiers tomes mais pas creusés ou irrésolus (la période apparemment trouble de Bourdon, le mystérieux Nyctalope, le personnage de Richard forcément amené à prendre de l'épaisseur, la fameuse "commission de censure du 16 juillet 1949" dont il est un peu dommage, si je devais émettre une petite réserve, qu'elle n'ait pas vraiment été expliquée ou réellement contextualisée dans ce tome 4...) 

Entre ces points obscurs à éclaircir et l'inspiration sans borne de Zidrou, mêlée à la maîtrise de plus en plus affirmée de Simon Van Liemt aux dessins, la série a assurément encore de très beaux jours devant elle. Elle le mérite amplement.