dimanche 29 octobre 2017

Gaston : La Galerie des Gaffes (collectif)


(cliquez sur les images pour agrandir)

A l'occasion des 60 ans de Gaston Lagaffe, orphelin depuis 20 ans de son papa André Franquin, 60 auteurs ont décidé de rendre hommage à ce personnage emblématique et haut en couleurs de la BD belge. Entreprise risquée s'il en est et d'ailleurs l'exercice n'évite pas quelques écueils, notamment lorsque les dessinateurs s'éloignent un peu trop du trait de Franquin (certaines planches étant de surcroît visuellement bâclées) mais surtout de l'esprit de Gaston Lagaffe. A ce titre, il y a des gags vraiment décevants, honteusement expédiés et que l'on ne peut cautionner même si un hommage est avant tout infiniment personnel. Entre travail de commande et authentique respect de l'oeuvre de Franquin, on s'y perd parfois...

Mais, en refermant l'ouvrage, on est finalement surpris de constater qu'il y a de belles choses, de très belles choses même. Suffisamment pour encourager l'achat de ce recueil sans guère de réserves. Les quelques pépites de l'album rattrapent le reste et ce sont ces gags inspirés qui resteront. Par contre, s'il a évidemment fallu faire un choix pour sélectionner 60 auteurs, il est des absences que l'on s'explique assez difficilement tandis que certaines présences apparaissent comme largement dispensables. Je ne citerai pas de nom, dans un sens comme dans l'autre, cette critique étant largement subjective mais bon, c'est un peu frustrant tout de même.

J'ai sélectionné quelques planches parmi celles qui me semblent globalement incontournables. Que cela ne vous dispense en rien de vous procurer l'ouvrage, mes goûts personnels n'étant pas forcément susceptibles d'être représentatifs des vôtres. 

Delaf, que je ne connaissais absolument pas, signe ce qui est à mon sens la pièce maîtresse de ce recueil. Hormis le dessin d'une fidélité absolue, bel hommage au côté maniaque de Franquin qui cent fois sur le métier remettait son ouvrage, Delaf pond un gag extraordinaire et tellement dans l'esprit du maître que ça en est immédiatement émouvant. Je me considère comme un puriste concernant Gaston mais si la série devait finalement perdurer grâce à lui (on peut rêver), je crois que je m'en accommoderais sans souci.

Cromheecke et Sti signent une planche absolument dans l'esprit du matériau original, tout y est : l'humour, les jeux de mots aussi faciles que drôles et le sempiternel échec de signature des contrats. Mais alors, le dessin, je n'y arrive pas. Pas au point néanmoins de gâcher mon plaisir mais c'est vraiment parce que le gag est bon ! 

Trois gags, parmi d'autres, qui sont aussi pleinement dans l'esprit de l'univers de Franquin. Que ce soit au sein de la rédaction ou dans la Fiat de Gaston, ces saynètes nous semblent tellement familières. Côté dessin, c'est plus ou moins inspiré mais il y a là-aussi de très belles choses. 

Petit chef d'oeuvre signé Pascal Jousselin. Un petit bijou de poésie et d'émotion, avec un clin d’œil à la fameuse scène où Gaston, endormi au beau milieu de centaines de livres dont il avait en charge le rangement, dégageait une telle sensation de bien-être que personne n'avait à cœur de le réveiller. Et superbe illustration de l'impact de ces univers si précieux pour nous, enfants, et dans lesquels nous plongions avec tellement de gourmandise.

Rudy Spiessert livre une composition ma-gni-fi-que et inspirée des fameux running-gags sur les tenues costumées de Gaston et sur le non-moins fameux leitmotiv : "Ah oui mais... si on danse ?". Je trouve cette illustration réellement superbe.

José Homs livre un gag d'une facture très classique mais qui fait mouche. Il a surtout un trait monstrueusement fabuleux ! Sa mademoiselle Jeanne est de toute beauté ! Graphiquement, il faut vraiment que je m'intéresse à ce que fait ce dessinateur, je suis désormais officiellement fan ! 

Encore un bel exemple de planche remarquablement travaillée artistiquement, cette fois par William et Cazenove. Je n'ai toujours pas compris pourquoi la nappe prenait la poudre d'escampette mais la planche a un charme fou ! Et puis, Mademoiselle Jeanne et Gaston, ben, c'est mademoiselle Jeanne et Gaston, quoi... Indémodable ! 

J'ai mis du temps à m'attacher aux univers de Nob, le papa (c'est le cas de le dire !) de Dad. Mais alors que sa série principale me séduit de plus en plus, je trouve que les deux planches pondues pour ce recueil (seul ou avec le talentueux Alessandro Barbucci) sont remarquables. Dans la première, on retrouve toute l'émotion que Nob sait véhiculer dans ses histoires et dans la seconde, de facture certes plus classique dans son traitement, on replonge avec délectation dans le Gaston de la grande époque. La classe absolue ! 

J'ai décidé de conclure ce billet avec 4 planches inégales sur le plan graphique (celle d'Obion est néanmoins de toute beauté ! ) mais très originales quant à leur rapport avec Aimé De Mesmaeker, le célèbre homme d'affaire qui ne parvient jamais à signer ses contrats. La première (ci-dessus) est d'un cynisme absolu mais d'une remarquable intelligence. La chute est particulièrement bien trouvée. J'adore ce type de mise en abîme démontrant que l'on peut être fidèle et respectueux de l'univers de Franquin tout en se l'appropriant.

La version d'Obion traduit remarquablement l'obsession de De Mesmaeker pour Gaston qui prend désormais le pas sur celle de la signature des contrats. Une forme de pathétisme drôlement bien vue !

Toutes les conditions sont réunies pour que rien n'empêche la désormais fantasmée signature des contrats jusqu'à ce que... Prunelle craque, même en l'absence de Gaston. Mine de rien, belle revanche pour De Mesmaeker même si, définitivement, tout est à refaire.

Brillant gag de Bouzard malgré mon aversion pour son trait (et sa réappropriation de Lucky Luke). Une planche qui rappelle que finalement Gaston fut le seul, sous la plume de Franquin, à obtenir deux signatures de contrats (Qui a oublié le cosmo-coucou et la fameuse soupe ?) de la main de De Mesmaeker. Ici, Gaston, bien involontairement, inflige le coup de grâce à Fantasio en réussissant là où il a toujours échoué. Tellement bien vu ! 

Bref, après ce petit tour d'horizon, et malgré quelques réserves énoncées plus haut quant au manque d'implication de certains auteurs et à la variété parfois préjudiciable des différents univers graphiques, "Gaston : La Galerie des Gaffes" est un ouvrage que je vous recommande chaudement. D'autant plus que je suis habituellement hermétique à ce type d'initiative. Mais là, globalement, la mayonnaise prend. Alors pourquoi bouder son plaisir ?
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mercredi 4 octobre 2017

L'acharnement face à la détresse humaine



J'ai longtemps hésité avant de rédiger un billet sur le clash survenu lors de la dernière édition de "On n'est pas couché" entre Sandrine Rousseau et Christine Angot. Longtemps hésité parce qu'on en a déjà tellement parlé depuis trois jours et que je ne suis pas certain d'apporter ma propre pierre à l'édifice. Mais je reste tellement en colère que je ne peux pas faire comme si je pouvais passer outre. Je ne peux pas. L'humiliation subie par Madame Rousseau, dont le seul crime fut finalement d'avoir été victime, a été un moment insupportable de télévision. Un moment interminable de bassesse humaine. Comment peut-on subir une agression sexuelle, avoir le courage d'en parler, ce qui est déjà un lourd combat en soi et une vraie leçon de courage, et devoir se justifier de la sorte sur le sens même de sa démarche ? Comment peut-on subir un tel hallali, un tel déferlement de violence quand on essaie simplement de sensibiliser autour de soi pour que de tels agissements ne restent plus impunis ?

"On n'est pas couché" a une responsabilité entière et totale face au désastre télévisuel mais surtout humain de samedi dernier. Il est hélas fort probable que Sandrine Rousseau garde une trace indélébile de ce long moment où elle s'est retrouvée seule dans l'arène face aux lions Angot et Moix, la première se montrant agressive de bout en bout tandis que le second se montrait certes moins véhément mais guère plus amical.

J'ai été déçu par Laurent Ruquier, d'autant plus déçu qu'il fait partie de ces animateurs pour lesquels j'ai un profond respect au regard de leur parcours mais aussi de l'image qu'ils renvoient. Non seulement, à aucun moment il n'a essayé d'apaiser les tensions, de calmer le jeu, encore moins de désavouer ses deux fidèles lieutenants, mais surtout il a cautionné les propos de Christine Angot en coupant la partie où, hystérique et en larmes, elle quittait le plateau sous les huées de la foule (qui a elle-aussi été censurée du coup). Par contre, l'effondrement et les larmes de Sandrine Rousseau étaient bien visibles, elles, alors que cette femme courageuse aurait mérité tant d'égards et de respect pour avoir osé témoigner d'un sujet douloureux et tellement encore tabou. Par ricochet, j'ai été déçu par la productrice Christine Barma puisque les choix de l'un ne se font jamais sans l'aval de l'autre et vice-versa.

J'ai été déçu par Yann Moix mais pas surpris. Ce type-là n'en est pas à ses premières contradictions. S'acharner sur une femme qui témoigne de violences quand on a connu des violences soi-même, je ne comprends pas. J'essaie mais non, définitivement non, je ne comprends pas. Je n'aime pas Moix qui est pompeux et arrogant au possible mais je l'aurais cru plus intelligent. Plus humain aussi. Visiblement, j'avais trop d'attentes de la part d'un gars désormais parfaitement installé dans son moule de sniper. Tant pis pour l'humain donc... Avec ce point d'orgue surréaliste lorsqu'il dit à Sandrine Rousseau : "Je n'ai pas ressenti l'agression en vous lisant ". La très très grande classe...

Et que dire de Christine Angot... ce bout de femme tellement pathétique qui a démontré combien elle était décidément une toute petite personne. Bravo pour cette belle démonstration d'intolérance, d'irrespect, d'acharnement, de minable donneuse de leçon et j'en passe... Il parait que Madame Angot aurait subi des violences incestueuses. Peut-être ne ressent-elle pas le besoin d'en parler, ou de fédérer autour d'elle, ou encore de pousser des femmes terrorisées à témoigner pour briser le tabou ? Ce choix de faire ou non, avec une méthode ou une autre, lui appartient complètement. Je ne connais pas son histoire et je ne me permettrais pas de la juger sur ce point. Mais en revanche, bon sang, quand on se retrouve face à une personne qui a connu des monstruosités similaires et qui a fait le choix d'en parler, de sensibiliser l'opinion et d'agir pour que les choses changent, Madame Angot, on soutient cette personne, d'autant plus quand on est bien placé pour connaître le combat que cela représente, on se montre bienveillant, humain, ouvert d'esprit, reconnaissant même et on respecte forcément la démarche, à défaut d'en cautionner le cheminement si celui-ci vous dérange. On soutient et mieux, on se soutient.
Je veux croire que ce ne sont pas les premiers retours négatifs des prestations globales de Christine Angot qui l'ont poussée à sortir subitement tel un diable de sa boite. Oui, depuis ses débuts, la chroniqueuse est soporifique, amorphe, cherche ses mots, parle pour ne rien dire, balance des lieux communs à tour-de-bras. Manque de pot pour Sandrine Rousseau : il a fallu que ce soit samedi dernier que le volcan, dont on ne savait même pas qu'il pouvait seulement gronder, entre subitement en éruption, recouvrant tout sur son passage, Madame Rousseau d'abord, les (télé)spectateurs complètement interloqués ensuite.

Je ne regarderai plus cette émission. "On n'est pas couché" n'est pas utile. Laurent Ruquier, Catherine Barma, Yann Moix et Christine Angot ne sont pas utiles. Médiatiquement s'entend, évidemment. Ils n'existent que pour confronter leurs égo dans des joutes d'une violence gratuite et inadmissible. Sandrine Rousseau, elle, est utile. Par son humanité, son courage, son combat, sa dignité, son altruisme aussi, en faveur de celles que l'on doit aider à ne plus se taire. Ces femmes-là, il faut les écouter, les accompagner et leur prouver que les violences ne sont pas une fatalité et qu'il peut, qu'il doit y avoir un après et des lendemains qui chantent. Il ne faut pas les museler, les dénigrer, les fragiliser un peu plus en jouant sur les mots par cruauté ou pinaillage.

Sandrine Rousseau, vous avez toute ma sympathie, et tellement plus...
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