jeudi 27 avril 2017

François Morel (en)chante la vie


© Stéphane Trapier

Je sors « à l’instant » de la séance de rencontres-dédicaces qui a suivi la prestation scénique de François Morel et de ses 4 compères qui sont tellement plus que des musiciens. Je ne regrette pas de m’être fait un peu violence, moi qui, sans être totalement agoraphobe, ne suis guère à l’aise lors de ces rendez-vous culturels bondés.

Le théâtre de Narbonne était complet, hormis le tout dernier rang. Je peux en témoigner, Nath et moi étions à l’avant-dernier et nous surplombions l’ensemble du public présent. Du coup, François Morel n’était pas vraiment en qualité HD visuellement, pas aidé en cela par ma myopie légendaire, même corrigée. Heureusement, le son n’avait rien de pixelisé, lui, et nous avons profité d’un rendu sonore et acoustique de haute tenue pour un spectacle de qualité.

J’étais quand même en terrain connu car je possède les deux premiers albums de François Morel et j’écoute le dernier en boucle sur Deezer. Surtout j’ai une petite « rareté », car il n’y en a pas eu tant que ça : le DVD du spectacle « Collection particulière », inspiré du CD musical qui avait précédé la tournée et qui date, me semble t-il de 2007. Ce DVD que je trouve énorme et que je revois toujours avec la même gourmandise avait déjà ce mélange de chansons et d’intermèdes parlés où la fantaisie, l’émotion, la poésie, le rêve, une forme de burlesque, la gravité aussi s’entremêlaient avec tellement d’élégance et de naturel.


En 2017, les chansons ne sont plus les mêmes (bien que François Morel ait gardé « Monsieur Ramirez » et « L’hôtel Beau-Rivage » de cette délicieuse Madeleine de Proust), les musiciens ont changé aussi (le pianiste Reinhardt Wagner qui avait le « beau rôle » à l’époque, enfin, si l’on peut dire, s’appelle désormais Antoine Sahler et il est tout aussi impressionnant et inspiré que son illustre prédécesseur) mais le résultat est tout aussi magique. La mise en scène de Juliette, fidèle compagne de route depuis quelques années maintenant, nous permet de nous délecter de ces nouvelles chansons, pour la plupart extraites du dernier opus « La vie (titre provisoire) » et de profiter des pastilles humoristiques qui émaillent le spectacle avec beaucoup d’à propos et de malice. C’est en cela aussi que je disais en introduction que les quatre fantastiques musiciens (pas les super-héros) qui accompagnent Morel sont tellement plus que cela. Ce sont des artistes multi-facettes, talentueux, drôles, essentiels, qui donnent l’impression de savoir tout faire à part visiblement s’échanger leurs instruments. A leur contact, le toujours très inspiré François Morel cabotine avec gourmandise et ce ping-pong savoureux est remarquablement réglé, bien que je ne serais pas surpris que le facétieux Morel prenne quelques libertés d’improvisation.

Je me suis régalé pendant près d’1h45, rappels inclus. Tout juste ai-je été quelque peu distrait pendant la première moitié du concert par le seul sans-gêne de la salle (il était visiblement pour moi) qui ne semblait pas avoir compris ce que « éteignez vos portables » voulait dire et qui m’éblouissait un peu trop souvent à mon goût avec la luminosité de l’écran de sa tablette avant que je ne finisse par le rappeler brièvement mais fermement à l’ordre. Bref, je ne vais pas épiloguer mais je déteste que l'on me fasse sortir de ma bulle, surtout lorsque j'y suis en si bonne compagnie.

Toujours est-il que le concert était donc superbe et que j’ai même pu féliciter les artistes, François Morel d’abord, les musiciens ensuite lors de la rencontre-dédicaces qui a suivi. C’est un rendez-vous qui me fascine autant qu’il m’effraie. Que dire en quelques mots ? Comment ne pas être surfait ? Par où commencer dans l’énumération des choses qui m’ont tant ému chez lui depuis environ 30 ans. Les Deschiens, les chansons, les livres, l’humour, la poésie, l’humanité des mots… François Morel l’artiste me semble aujourd’hui si familier, si "indispensable" à mon quotidien.

Alors je lui ai juste dit, sans doute avec mes mots emplis de maladresse, combien j’avais passé une bonne soirée grâce à lui, grâce à eux, combien son spectacle Collection Particulière, une décennie plus tôt, m’avait touché… Et puis, une fois qu’il m’eut dédicacé son troisième album, le seul que je ne possédais pas physiquement encore, j’ai osé lui demander de m’accorder une photo en sa compagnie, en lui disant que si je ne demandais pas, j’aurais forcément des regrets. Ce à quoi il a répondu, avec la répartie et la gentillesse qui sont siennes, que ce serait lui qui en aurait, s’il ne faisait pas une photo avec moi. Courte mais belle rencontre...
Nathalie a également eu son petit moment de bonheur pré-spectacle, en posant avec les quatre musiciens, tous très accessibles et qui se sont pliés à l’exercice de bonne grâce.

Une bien belle soirée et une belle façon de presque clore notre séjour puisque nous ne sommes désormais qu’à 36 heures de notre retour en Dordogne.

Amos Mah : violoncelle, contrebasse, guitares
Muriel Gastebois : batterie, vibraphone, percussions
Nathalie Delloue-Audebert : spectatrice enthousiaste
Sophie Alour : saxophones, trombone, flûte, claviers
Antoine Sahler : piano, claviers, trompette


(Billet écrit le vendredi 21 avril vers 23h30)

PS : Je peste sur la route du retour en Dordogne, en écoutant le CD dans l'auto-radio. Il me semble bien court avec ses douze titres. Le théâtre de Narbonne nous a refilé la version épurée alors qu'une autre version compte 18 titres et c'est celle-ci que je connais par cœur pour l'écouter en boucle sur Deezer. On assiste à un spectacle où les 18 titres ont été interprétés... et on nous vend la version édulcorée ! ! !  Celle-là, je l'ai encore mauvaise une semaine après...

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mercredi 26 avril 2017

Papeete 1914, par Didier Quella-Guyot et Sébastien Morice



Mes achats lors du festival de Gruissan furent tous des découvertes ou des coups de cœur. Découvertes concernant Franck Biancarelli avec Grand Est et Le Circuit Mandelberg, et coup de cœur pour le dessin de Sébastien Morice concernant le diptyque Papeete 1914.

Je ne reviens par sur le plaisir pris à la lecture des deux ouvrages dessinés par Franck Biancarella mais si je parle davantage de découverte le concernant, c’est que mes achats avaient initialement pour but de le rencontrer et d’échanger. Mes lectures m’ont simplement conforté dans mon choix de m’être laissé tenté.

Pour Papeete 1914 en revanche, ce fut un coup de foudre immédiat pour les couvertures des deux tomes composant la série, Rouge Tahiti et Bleu Horizon. En feuilletant brièvement les ouvrages, j’ai su quasi-instantanément que j’allais repartir avec. J’adore ce type de dessin, au premier abord assez épuré, qui procure une sensation de dépaysement immédiat, même si le cadre choisi était déjà une invitation au voyage en soi. Et puis il n’y a pas que le trait de Sébastien Morice qui séduise, sa palette de couleurs fait le reste, même si je ne comprends pas bien pourquoi le talentueux (dessinateur) coloriste a été assisté à chaque fois sur la deuxième moitié de chaque album. En tout cas, le rendu est superbe et certaines vues panoramiques font vraiment envie. Et le charme des vahinés ne gâche évidemment rien, bien que leur sort soit souvent funeste dans ce récit où s’entremêlent pan méconnu de l’Histoire et polar. Je ne me souviens pas avoir eu un tel plaisir visuel depuis le très séduisant Où le regard ne porte pas.


Et le scénario, me direz-vous ? Cela tombe bien, j’ai justement pu en discuter avec l’auteur Didier Quella-Guyot. J’avoue que passée la déception de n’avoir pas pu obtenir une dédicace de Sébastien Morice, absent, mes échanges avec Didier, en compagnie de nos épouses respectives, furent extrêmement plaisants et instructifs. Pourtant, lorsqu’il se présente comme professeur d’Histoire-Géographie, je tique imperceptiblement. Car, pour moi, un excellent professeur ne fait pas forcément un bon scénariste ou dialoguiste et je crains un peu de me retrouver face à une écriture « historienne » un poil redondante. Ce ne sera jamais le cas. L’histoire, librement adaptée d’un fait divers peu connu, le bombardement de l’île de Tahiti par des croiseurs allemands à l’aube de la première guerre mondiale, est très intéressante. Certains personnages ont réellement existé, d’autres sont fictifs, mais tous sont passionnants à suivre et hauts en couleurs. L’originalité de la narration, où s’entrecroisent plusieurs correspondances ou plutôt journaux de bord, ajoutent à l’originalité de l’ensemble. Enfin, incorporer un aspect policier, par le biais de la résolution de plusieurs meurtres de vahinés permet de garder l’attention du lecteur et d’assurer une dynamique permanente du récit.


Chaque tome est enrichi d’annexes historiques, celles de Rouge Tahiti remettant la série dans le contexte historique de l’époque, celles de Bleu Horizon présentant les personnages de la BD ayant réellement existé, ce qui permet de jauger les traits préservés et les libertés prises.


Pour une fois que je suis à jour de mes séries en cours, je suis bien content d’avoir pu explorer d’autres horizons et découvrir cette pièce en deux actes. Le tandem Quella-Guyot / Morice, un duo à suivre ! 

(visuel du TT du T2)

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lundi 24 avril 2017

La découverte Franck Biancarelli




J’avais clairement annoncé la couleur : je n’irais pas cette année au festival BD de Gruissan. D’une part, parce que l’ami François Roussel n’y vient plus, faute d’éditeur, alors que la perspective de le revoir chaque printemps accompagné de sa charmante épouse justifiait à elle-seule que je m’y rende (la perspective, hein, pas sa femme, je ne veux pas d’ennui, moi). D’autre part parce qu’à moins de pouvoir recroiser un jour André Chéret, le papa de Rahan, je n’avais pas prévu de me laisser tenter par des achats impulsifs. Et comme les séances de ciné gratuites sont désormais payantes, alors que c’était une vraie originalité populaire de la manifestation, j’avais de surcroît décidé de les boycotter…

Mais comme je n’avais rien de prévu ce dimanche et que je me suis rappelé qu’il y avait des stands de BD d’occasion, je me suis quand même décidé à aller faire un petit tour. Bien m’en a finalement pris. En arrivant au Palais des Congrès, je parcours la liste des auteurs présents et un nom fait immédiatement « tilt » : Franck Biancarelli. Je me souviens alors que Philippe Cordier, spécialiste es encrage, en avait maintes fois parlé sur son (excellent) blog et m’en avait conseillé la lecture. L’occasion est trop belle de faire connaissance. J’achète Grand Est et Le Circuit Mandelberg, hop, on verra bien ce que ça vaut, faut parfois pas trop réfléchir pour découvrir des œuvres, d’autant que je ne suis pas réfractaire au dessin, critère essentiel de mes choix d’achat. J’ai de la chance : Franck Biancarelli est immédiatement disponible et on commence à discuter. Comme je ne sais pas trop comment engager la conversation, ma timidité naturelle n’aidant pas, et que je ne connais absolument aucune œuvre du dessinateur, je parle d’entrée de Philippe Cordier (merci Phil ! ) et rapidement nous embrayons sur l’univers Marvel (Romita Sr et Jr, le génie constant du père, les errements du fils, Spidey, la paternité de la Chatte Noire, les IDW Artist Edition, The Essentials en N&B que je ne connais pas et sur lesquels je vais me renseigner).


Franck me parle également plus spécifiquement de son travail sur Le Circuit Mandelberg lorsque je lui avoue avoir beaucoup hésité à me laisser tenter, l’immortalité n’étant a priori pas un de mes thèmes de prédilection. Franck m’explique pourquoi le scénario de Denis Robert l’a séduit : parce que même ancré dans un futur proche teinté de SF, il est continuellement plausible. Et c’est vrai que l’histoire s’appuie sur des faits scientifiques et biologiques avérés et extrêmement documentés. J’ai tout aimé dans Le Circuit Mandelberg, l’histoire donc, le dessin, le découpage, le chapitrage très pertinent et riche d’enseignements. Et puis, parce que je ne veux pas trop en dévoiler, je tiens néanmoins à préciser qu’il n’est point question d’immortalité au sens où on l’entend généralement, mais de sauvegarder puis de transmettre la mémoire de toute une vie à l’heure de sa mort. Bref, j’ai passé un excellent moment de lecture et je n’ai pas cessé de penser à mon prof de biologie de bout en bout, sans doute parce que nous avons potassé le cerveau et ses méandres cette année. Je vais peut-être bien lui en offrir un exemplaire.

Toujours est-il que j’ai beaucoup apprécié ces quelques mots partagés avec Franck Biancarelli et j’espère que ces premiers échanges en amèneront d’autres maintenant que je sais qu’il est de surcroît un relatif habitué du festival.

Une fois rentré chez moi, après avoir dévoré Le Circuit Mandelberg et une autre BD en deux tomes sur laquelle je reviendrai dans un prochain billet, j’ai lu jusque tard dans la nuit, Grand Est des mêmes auteurs (Robert au scénario, Biancarelli au dessin). Cent-cinquante pages englouties en 1h30. Je n’ai pas pu décrocher alors que, pourtant, les premières pages m’avaient laissé une impression mitigée. Il faut dire que, vraisemblablement, j’avais du en attendre tout autre chose : une couverture sombre, une accroche de 4e de couv dramatique et le mot mafia relevé en feuilletant la BD sur le stand. Bref, je me pensais embarqué dans un polar et… pas du tout ! Du coup, je me demandais quand l’histoire allait enfin s’emballer alors qu’il y avait juste erreur sur la nature de la marchandise.


Une fois mes neurones remis sur leurs rails, j’ai apprécié ce captivant road-movie pour ce qu’il était. Un récit autobiographique avec comme toile de fond le chômage et les désormais laissés pour compte d’une ancienne région riche de l’exploitation minière. Une population lorraine abîmée mais fière de son histoire tortueuse et de ses origines. Un père qui a à cœur de transmettre à son fils Woody les choses qui ont fait de lui l’homme qu’il est désormais, avec ses forces et ses fêlures. Des rencontres toutes aussi passionnantes et pétries d’humanité les unes que les autres tout au long du trajet. Un tour d’horizon exhaustif et riche d’enseignement sur l’évolution du  contexte social et politique. Seul léger bémol tout personnel : les toutes dernières pages sont vraiment trop chargées en texte, donnant alors à la fin de l’ouvrage un aspect documentaire en mode avance rapide. Mais hormis cette toute petite réserve forcément subjective, j’ai vraiment eu un coup de cœur pour l’histoire vue de l’intérieur, d’une région que l’on prend plaisir à découvrir alors qu'elle reste souvent méconnue ou réduite à la seule expression de sa déchéance industrielle. L'amour de l'auteur pour ses racines transpire à chaque page. Rien n'est simple mais il n'est pas dit que l'herbe soit bien plus verte ailleurs.


Le dessin de Franck Biancarelli sert idéalement le propos de Denis Robert. Le travail de mise en scène et les couleurs installe une atmosphère intimiste propice au déroulé de l’histoire. Je ne connais pas suffisamment son œuvre par ailleurs mais je me suis surpris à penser que Franck devait être un artiste caméléon car son rendu graphique est vraiment différent entre Grand Est et Le Circuit Mandelberg. Il est des artistes dont le style est immédiatement identifiable, je ne pense pas que ce soit le cas avec Franck Biancarelli, je ne sais pas si c’est lui faire un compliment que de lui dire cela mais, pour moi, c’en est un. Grand Est et Le Circuit Mandelberg sont des œuvres diamétralement différentes et pourtant signées des mêmes Robert et Biancarelli. Sans leurs noms sur les couvertures, je ne pense pas que, hors contexte du festival, j’aurais fait le rapprochement.

Pour finir, je me pose quand même deux questions sur le Circuit Mandelberg. Si Franck Biancarelli passe par ici, je veux bien qu’il confirme (ou non) mes interrogations :

-L’infirmière, p 103, clin d’œil à Mary-Jane Watson ?

-P 110, lorsque Steve s’échappe en franchissant athlétiquement la grille, ce ne serait pas un hommage à peine déguisé au DD de Mazzucchelli ?

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Amateur BD cherche âme sœur


Nath et moi fêterons en 2018 nos 20 ans de vie de rencontre, voire même de vie à deux si l’on considère que nous avons emménagé ensemble presque instantanément. Mais si je ne devais avoir qu’un regret concernant notre histoire, c’est qu’elle n’ait jamais été traversée de passion commune. Elle danse tout autant que je reste vissé sur mon siège, j’écume le net tout autant qu’elle passe d’heures à dormir affalée, le dos en souffrance, sur le canapé. Mais surtout, je n’ai jamais pu la convertir à ma passion pour les BD. Comme beaucoup, elle a épisodiquement grandi au milieu des Tintin, des Astérix et des Boule et Bill. Mais ces lectures n’étaient que des intermèdes d’enfance, voire d’adolescence. Désormais, il n’en reste plus rien et, si elle a du feuilleter distraitement un Gaston Lagaffe en 20 ans, plus pour me faire plaisir que par conviction, l’effort ne s’est pas prolongé au delà.

Aujourd’hui, je me suis rendu compte que je souffrais tout particulièrement de ne pas pouvoir partager mes lectures, mes ressentis, mes coups de cœur, de ne pas pouvoir échanger, débattre, comparer, conseiller et être conseillé dans une sphère amicale aussi enrichissante que salutaire.

Bien évidemment, Nath n’est pas le problème. Celui-ci est bien plus large : il s’avère tout simplement que je n’ai pas d’amateurs de BD dans mon entourage et que, du coup, mes lectures sont particulièrement solitaires et partiellement stériles. Mes amis ont tous des centres d’intérêts dont la BD est exclue. Il y a bien François-Marie qui en connaîtrait un rayon mais, d’une part nous avons des goûts globalement différents (ce qui apporterait néanmoins de la richesse dans nos échanges du fait de ces différences justement) et d’autre part, je ne pense pas qu’il s’y consacre autant qu’à une époque. Surtout, la distance géographique ne nous permettrait pas, même si nous le voulions, de pouvoir deviser autrement que par le biais de quelques commentaires de blog, les rares fois où j’y consacre un billet BD.

A une époque, l’un de mes cousins était tombé amoureux d’une chouette nana férue de BD. Je l’imaginais déjà secrètement cousine par alliance, d’autant qu’entre nous le courant passait plutôt bien. Ca aurait été cool de pouvoir parler BD par médias interposés, à défaut de mieux, mon cousin étant en région parisienne. Las, l’histoire n’a pas tenu et je regrette encore aujourd’hui l’échec de cette idylle prometteuse et ces échanges BD avortés.

Nath voudrait faire l’effort de s’y mettre mais le principe même d’effort me gêne. La BD attire ou pas. C’est un domaine pour lequel il existe finalement assez peu de nuances dans l’intérêt que l’on y accorde. Et puis, pour pouvoir parler BD, échanger BD, débattre BD, je reste persuadé que cela doit couler de source, que cela ne s’improvise pas et qu’il faut un peu baigner dedans quand même. Après, je considère qu’il y a des BD que tout individu, BDphile ou non, devrait avoir lu (Maus par exemple) mais c’est sans doute valable pour tous les arts.

Enfant et adolescent, la lecture était un plaisir solitaire et cela m’allait très bien. Aujourd’hui, c’est plus compliqué. Le plaisir de lecture est le même, pour peu que j’aie le temps de m’y consacrer autant que je le souhaiterais, l’immersion dans des univers de tous horizons est globalement tout aussi délectable, une part d’enfant en moins, mais l’absence de prolongement, dans le partage et l’échange, me frustre. Alors, peut-être un peu vainement, je cherche des solutions… sans trop savoir s’il y a seulement un problème.

Je pense que je vais recentrer mon blog Epistol’Arts sur sa finalité première : les écrits et les arts. Avec résolument plus de billets BD, ce qui me permettra aussi de retrouver une assiduité de lecture. Et puis, sans doute par le biais de Facebook dans un premier temps, je vais créer une page sur les amateurs de BD en Dordogne qui souhaiteraient échanger et partager leur passion et leurs lectures. Avec idéalement des rencontres qui déboucheraient de cette première prise de contact. Un peu comme les cafés littéraires mais adaptés au mode d’expression de la BD. Bon, c’est encore flou et tout cela doit être mûri. Je vais laisser passer les exams de mai et juin avant d’y plancher réellement mais voilà au moins les grandes lignes de ce que je projette de faire d’ici la rentrée prochaine.

A part faire un bide, je n’ai pas grand chose à perdre…


dimanche 23 avril 2017

L’Exorciste 2017



Vous vous rappelez de ce film flippant des années 70 où une pauvre fille possédée par une force démoniaque crache tout un tas d’insanités qui feraient rougir le plus atteint du Syndrome de Tourette ?

Et bien, croyez le ou non, mais il m’a été donné d’assister à ce type d’événement, bien qu’aucun prêtre ne se soit finalement manifesté et que je sois bien incapable, cinq jours après l’événement, de savoir si ma chère Nath – puisque c’est d’elle dont il s’agit – est encore possédée d’une façon ou d’une autre.

Samedi 8 avril, nous sommes arrivés à St-Pierre, près de Narbonne, depuis la Dordogne pour deux semaines de vacances studieuses. Comprenez Nath avec son transat et moi avec ma cagette de cours, imminence des exams oblige.

La première nuit se passe bien, même si le sommeil n’est pas bien lourd me concernant, comme à chaque fois que je dors dans un endroit différent. A un moment de la nuit, ou aux premières lueurs du jour, je ne me souviens pas bien, je me tourne vers Nath qui siffle alors  très intelligiblement, appuyant sur chaque syllabe :

PETASSSSE – MORRRUE – POUFIASSSSE – LESSSBIENNE !

Et quand je dis « siffle », je n’exagère pas. Elle a craché ces mots avec une telle haine dans la voix, une voix si éloignée de la sienne, si diabolique, si démoniaque, si fielleuse, que je me suis empressé de la réveiller en priant pour ne pas être occis dans la seconde par une bête possédée et hors de contrôle !

Heureusement, il n’en fut rien, le réveil fut même d’une banalité presque affligeante, Nath ayant instantanément retrouvé ses esprits. Elle se rappelait même avoir rêvé – cauchemardé plutôt – d’une bande de filles hostiles qui ne cessaient de l’agresser verbalement et physiquement jusqu’à ce que, acculée, elle se résigne à la confrontation et crache ces quelques amabilités d’une voix d’outre-tombe.

Dans son malheur, il a heureusement suffit qu’une voix posée et rassurante – la mienne donc – se manifeste pour éloigner les forces du mal et calmer les esprits. Je n’ai même pas eu à brandir le moindre chapelet ou à entonner la moindre incantation. Il n’en reste pas moins que ce petit moment de terreur pure avait quelque chose d’assez impressionnant, surtout quand on connaît par ailleurs la voix habituellement toute douce de ma chère et tendre qui n’a de reste pas l’insulte facile.

Depuis, je ne dors que d’un œil. Je veille…

(Billet écrit le vendredi 14 avril 2017)


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dimanche 2 avril 2017

Le Grain de Sel, une cuisine et un accueil qui n'en manquent pas !



J'ai un côté très classique en ce qui concerne les restaurants : lorsque j'y suis bien, je n'ai pas envie d'en changer. Je n'ai pas seulement besoin d'être séduit par la cuisine. C'est vraiment un tout : le cadre, l'atmosphère, l'accueil, le simple plaisir que l'on peut prendre à être dans un endroit et à y revenir inlassablement avec une envie sans cesse renouvelée. Aussi loin que je m'en souvienne, j'ai toujours fonctionné comme ça. Je n'aime pas aller au restaurant pour aller au restaurant. De toute façon, je ne suis pas un adepte des endroits où il y a du monde. Ou alors il faut que je m'y sente bien. 

Le Grain de Sel à Brive fait partie des haltes obligatoire à chaque fois que je me rends dans la ville. Je n'habite pas à côté (bon, pas très loin non plus, c'est quoi une heure de route finalement...) mais c'est vraiment devenu un passage obligé, comme mon rendez-vous toujours incontournable avec Manu et Thierry de la librairie BD "Bulle de Papier".

Bien évidemment, la cuisine du chef et du pâtissier est de haute tenue et, quitte à apprécier un endroit, autant que la nourriture y soit de qualité, mais je dirais presque que la qualité de l'accueil a, depuis quelque temps, pris le pas sur tout le reste. Il n'y a rien que j'apprécie davantage que mes échanges avec Anne-Marie et Marion, les deux charmantes (mais toujours professionnelles) hôtesses de l'établissement, échanges qui peuvent parfois tourner à des joutes verbales piquantes à souhait, tant il y a désormais une aisance teintée de complicité entre nous. Hier, j'y suis retourné accompagné de Nath et de nos mères respectives et ce fut à nouveau un moment très agréable. Nous étions au calme, à l'étage, avec pour seuls voisins deux autres habitués de l'établissement et ce fut, comme à chaque fois, parfait.

Je voulais initialement faire un billet plutôt humoristique, à l'image des échanges partagés avec l'équipe, parler des problèmes de mémoire d'Anne-Marie qui confond les clients, de la mémoire d'éléphant de Marion qui compense, être un peu vachard comme je sais l'être parfois mais finalement, j'ai juste envie de mettre en avant ce très bel endroit et les gens qui le font vivre avec un complément d'âme si précieux.

Et puisqu'on en viendrait presque, à me lire, à oublier qu'on parle quand même de cuisine, et de qualité de surcroît, je vous laisse avec quelques photos honteusement piquées sur leur page Facebook mais tellement appétissantes que je n'ai pas pu résister. Si vous allez à Brive, vous savez ce qu'il vous reste à faire ! Il paraît même qu'il y aurait ponctuellement des soirées Quiz mais ça, je n'ai pas encore essayé. Vous pensez qu'elles m'en auraient parlé ? Tss... Heureusement, l'occasion fait le larron ! 





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