jeudi 2 mai 2019

En plein cœur... Clara Luciani


© Manuel Obadia-Willis

C'est peu de dire que la belle Clara n'a pas raté sa cible. Son premier album, Sainte-Victoire, réédité dans une version augmentée, m'a touché en plein cœur. Vraiment. Je ne me souviens pas avoir déjà ressenti un tel flot d'émotions à l'écoute d'un album, surtout émanant d'une artiste qui m'était  inconnue, avant qu'elle ne soit consacrée lors des dernières Victoires de la Musique. 

Parler de cet album est difficile pour moi. Parler de l'artiste l'est tout autant. Clara Luciani me touche par le choix et la force de ses mots dans les maux. Elle a une qualité d'écriture que j'aurais souhaité avoir les jours de souffrance (que je souhaiterais avoir tout court d'ailleurs). Mais si je dis cela, je laisse à penser que cet album n'est que douleur. Or, il est tellement plus que ça. Il est sombre et tourmenté par certains aspects, certes, mais aussi lumineux, sensuel, poétique, courageux, profondément sincère et tellement d'autres choses encore. C'est un album qui touche au plus profond de soi, qui remue et dans lequel les thèmes abordés trouvent un écho ancré dans la durée. En tout cas, moi, il m'a durablement envoûté. Je l'écoute encore et toujours et, à chaque fois, j'y trouve de nouveaux motifs de satisfactions. C'est un album qui me rend heureux à chaque fois que je l'écoute, ou mélancolique, c'est selon, parce qu'à de nombreux égards, il me correspond. 


Et puis, il y a cette voix, incroyable de densité, que l'artiste semble pouvoir moduler à loisir, une voix qui a un charme fou... Il y a cette présence dingue, ce regard, cette intelligence, cette musique superbe qui enveloppe le tout tel un magnifique écrin sur mesure. 

Vous l'avez compris. J'aime cet album. Profondément. Et j'ai un vrai coup de foudre artistique pour l'artiste. Et comme Clara Luciani soigne particulièrement ses clips, je ne résiste pas à l'envie de vous proposer l'essentiel des titres disponibles sur la page You tube de l'artiste. Je les ai agrémentés de quelques extraits des textes ciselés de Clara. Régalez-vous ! 


On ne meurt pas d'amour

"Mon syndrome est unique
Et contamine l'âme
Atteint les mécaniques
Affole le cardiogramme

J'suis rouillée jusqu'à l'os
Faut changer les rouages
Ou jeter à la casse
Tout mon appareillage"

Monstre d'amour

"Mes jambes flanchent, mon corps est lourd
Je finirai par m'étouffer dans tout ce velours
J'ai beau hurler
Mes cris sont sourds"

Mon ombre

"Mon drame, c'est mon ombre
Une ombre, profonde comme la nuit
Qui gronde et ronronne quand je lui donne
Ma peur d'être seule, ma peur d'échouer
(...)
Qui crache son encre, épaisse et rance
Sur ce qui restait de mes espérances"

Comme toi

"J'ai un cœur qui s’écœure,
De n'attendre que toi
Qui me ressembles tant
Qui ne me comprends pas"

Nue

"Suis-je seulement celle
Celle dont j'ai l'air ?
Souvent je change."

Drôle d'époque

"Moi, j'ai pas l'étoffe
Pas les épaules, pas les épaules
Pour être une femme de mon époque
On vit vraiment une drôle d'époque"

La Grenade

"Hé, toi, qu'est-ce que tu regardes ?
T'as jamais vu une femme qui se bat ?
Suis-moi dans la ville blafarde
Et je te montrerai comme je mords, comme j'aboie"

Les fleurs

"Je pense aux fleurs
Qui sont parfaites
Et qui n'ont pas d'autre rôle
Que de l'être"

Eddy

Y a t-il des filles que ça touche
Ces mots qui sortent de ta bouche
Comme des perles ?
Moi, je m'en fais des colliers
Que je jette à la mer, Eddy"

Pleure, Clara, pleure

"Je suis la pleureuse italienne
Recroquevillée sous le chêne 
D'un cimetière imaginaire
Où l'on enterre guère que de l'air"

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lundi 15 avril 2019

Neofelis Editions (3) : Jack Kirby, par Jean Depelley




Ces pavés titanesques, Jack Kirby, le héros de la bande-dessinée, cumulant 800 pages à eux-deux sont désormais les ouvrages de référence sur Jack Kirby. Quinze années de travail ont été nécessaires à l'auteur Jean Depelley pour récolter la mine d'informations permettant de retracer la vie du King dans ses moindres détails, de son enfance new yorkaise aux années de guerre en France, de ses travaux pour Marvel, puis DC, ainsi que pour pléthore d'éditeurs indépendants, à ses incursions dans le milieu du dessin-animé. Des textes passionnants entrecoupés d'illustrations, d'études, d'originaux à foison.

Les ouvrages sont passionnants,oui, et je le répète à l'envi car, au départ, je ne suis pas du tout un inconditionnel de Jack Kirby et, sans doute, ne le serai-je jamais, quand bien même je pose un regard sur ses travaux bien plus enthousiaste et bienveillant qu'avant cette lecture. Mais, que l'on aime ou pas Jack Kirby, que l'on soit sensible ou non à cette sensation de puissance et de démesure qui se dégage de ses oeuvres et de son trait si particulier et en même temps immédiatement identifiable, on ne peut qu'être happé par le tourbillon de la vie extraordinaire qu'aura vécu Jack Kirby. Mille vie en une devrais-je presque dire. J'ai plongé dans la carrière de ce grand monsieur des comics avec une certaine réserve et j'en suis ressorti heureux d'avoir découvert le King et d'avoir tant appris. J'ai bien failli passer à côté de cette bible magnifique et je mesure vraiment ma chance d'avoir ces deux beaux ouvrages dans ma BDthèque. Kirby restera toujours assez inaccessible pour moi, ne l'ayant que très peu lu de surcroît lorsque les éditions Lug ont réédité des pans entiers de son âge d'or chez Marvel, mais je n'ai plus le moindre doute sur le talent de l'artiste et sur son apport titanesque au monde des comics.



Frédéric Stephan Stokman revient pour nous sur cette aventure, à laquelle il a finalement "peu" participé. Il nous explique pourquoi...

Epistol'Arts : En tant que lecteur, j’ai toujours été fasciné par la capacité de Neofelis Editions de réussir à fédérer autour d’artistes certes mondialement reconnus mais pas forcément aussi accessibles au grand public qu’il n’y paraît. Pour ma part, originellement, comme je le précise plus haut,je ne suis pas un inconditionnel de Jack Kirby. Pourtant, lorsque l'on plonge dans la bible fantastique en deux tomes signée de Jean Depelley, c’est impossible de décrocher.

Frédéric Stephan Stokman : Personnellement, je ne pourrais pas éditer des ouvrages sur des auteurs que je n'admire pas. Je voue un culte sans borne pour les frères Buscema, Alfredo Alcala , Klaus Janson, Gil Kane, John Romita Sr, Jack Kirby, Steve Ditko et tant d'autres ! Il faudrait un titre par mois pour couvrir le spectre de mes chouchous (et celui de tant d'autres lectrices et lecteurs, je suppose). Les deux ouvrages de Jean sont des livres merveilleux et je suis très content qu'ils soient sortis ! Quand il m'a proposé l'idée d'une monographie sur Jack Kirby alors que je l'avais contacté pour un tout autre projet (un livre sur la censure dans les comics) j'ai dû y réfléchir… 5 minutes et c'était entendu ! Il avait carte blanche sur le nombre de pages du livre… ou des livres en fait (sourire)

Epistol'Arts : Quel était ton propre rapport avec l’œuvre de Jack Kirby ? Tu nous as parlé de la claque que tu avais prise sur la cover de l’aventure des FF « Les Robots de Fatalis » mais elle était de Jean Frisano. L’intérieur était de Kirby. Son trait te plaisait-il déjà à cette époque où tu découvrais les comics ? En quoi ?

Frédéric Stephan Stokman : Oui, gamin j'adorais aussi Kirby que l'on retrouvait dans beaucoup de productions Lug sans vraiment savoir que c'était le « patron » et qu'il avait eu une vie bien remplie avant son arrivée chez Marvel. Les albums des Quatre Fantastiques étaient somptueux dans ce grand format. Je me souviens que je lisais et relisais «  Le Pharaon du futur », « Le micro-monde de Fatalis » ou encore  «  Le Maître de la haine ». Je pense que c'est le travail que je préfère de Kirby chez Marvel !

Sur les genoux du jeune Frédéric, "Le Pharaon du futur" de Lee et Kirby


Epistol'Arts : C’était un projet d’envergure. Quel fut précisément ton rôle en tant qu’éditeur ? 

Frédéric Stephan Stokman : C'est l'un des seuls ouvrages que je n'ai pas maquetté. Jean (Depelley) travaillait conjointement avec ID Studio pour la mise en page. Je me suis juste occupé de celle des couvertures avec les magnifiques portraits du King par Gregory Manai. Nous étions étroitement liés avec la fille de Jack Kirby et le Kirby Estate.

Epistol'Arts : Probablement pour des raisons de coûts pour le lecteur (mais ce n'est peut-être pas la seule raison ?), ces deux tomes consacrés à Jack Kirby,  aujourd’hui épuisés, sont souples et en N&B. L’alternative d’une version couleur et d’une couverture rigide a-t-elle été envisagée ?

Frédéric Stephan Stokman : Oui, c'était l'un des premiers ouvrages de la collection « Culture Comics », juste après le Flash Gordon de fin 2012. Il était encore délicat de proposer un livre en couleurs et cartonné, surtout que les deux tomes cumulent plus de 800 pages. Je ne savais pas trop quoi en penser. Nous avions évoqué l'idée de sortir une édition « de luxe » toute en couleurs et cartonnée puis même une édition seulement avec le texte et sans photos. Si le livre sortait maintenant il serait en couleurs, oui mais en 2013 il en était autrement.

La suite de l'aventure Neofelis et de l'interview... très bientôt ! 

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lundi 8 avril 2019

Neofelis Editions (2) : Embarquement immédiat avec Frédéric Stephan Stokman !

Toutes photos et illustrations sauf indication contraire © Neofelis Editions

Après un billet inaugural consacré à la nouvelle campagne participative lancée par Neofelis Editions (avec un démarrage sur les chapeaux de roues et un 100 % atteint en 48 h), nous nous lançons dès aujourd'hui dans le vif du sujet avec une rétrospective des titres sortis jusqu'alors. Et en plus, il y a une vraie et grosse surprise ! Une énoooorme interview du créateur des éditions Neofelis, rien de moins ! Frédéric Stephan Stokman va nous accompagner tout au long de ce billet et de ceux à venir, billets qui seront ponctuellement agrémentés de mes propres interventions de lecteur. Un très grand merci à lui d'avoir bien voulu jouer le jeu, surtout pour un blog amateur et plutôt confidentiel. Cela me tenait vraiment à cœur qu'il puisse revenir sur les (déjà !) neuf années d'existence de Neofelis. 
Assez de blabla, c'est parti ! 


Epistol'Arts : Bonjour Frédéric ! Peux-tu nous parler un peu de ton parcours ? Comment en es-tu venu à l'édition et qu'avais-tu en tête lorsque tu as créé les éditions Neofelis ? Dans quelles circonstances cela s'est-il fait ?

Frédéric Stephan Stokman : Salut Franck ! Je me suis toujours intéressé à la BD (sous toutes ses formes), d'abord avec le franco-belge, même avant de savoir lire . Nos voisins possédaient une collection hallucinante de BD cartonnées et j'adorais aller farfouiller dans ces trésors. Idem pour les « Strange et Co . ». C'était mon cousin qui collectionnait ça, il avait des dizaines de numéros et je m'émerveillais devant les couvertures. Je me souviens avoir bloqué pendant un temps fou sur celle des « Robots de Fatalis », un album des 4 Fantastiques ! C'était magique !

© Marvel / Editions Lug

Plus tard j'ai fait des études dans la pub, le graphisme, la BD et l'ancêtre de la P.A.O avec la photogravure, quand la mise en page ne se faisait pas par informatique.
En 2010 j'ai décidé de me lancer dans cette aventure, venant de perdre mon - très petit - job de dessinateur de comic-strips pour différents journaux.



Je n'avais pas de plan précis en tête mais je voulais sortir des ouvrages sur des choses que j'aimais et donc des livres sur le cinéma... avant que ça ne devienne la folie depuis dix ans. Des dizaines d'éditeurs proposant ce type d'ouvrages, j'ai donc abandonné l'idée.

© Mattel

Le premier projet concret (avorté) fut celui d'un livre sur les figurines des années 80 « Les Maîtres de l'Univers ». Le projet était hyper ambitieux et le collectionneur que j'avais approché sur un forum avait des pistes pour aller partout rencontrer d'autres collectionneurs avec des objets uniques ! Nous voulions lister toutes les variantes des emballages et faire des photos de chaque figurine. Nous avons développé le projet par téléphone pendant des semaines, je préparais même une option « crédit illimité » pour mener à bien sa mission, mais ça ne s'est pas fait finalement... heureusement peut-être sinon les publications comics ne seraient peut-être jamais sorties… et je dormirais sous les ponts !


Epistol'Arts : Pourquoi ce nom, Neofelis, se référant, si j'en crois Wikipédia (je suis loin d'être un spécialiste, tu t'en doutes...) à la panthère dite nébuleuse ?

Frédéric Stephan Stokman : Je cherchais au début un nom ayant rapport avec un animal fantastique légendaire  ou disparu…
J'avais inscrit sur un carnet plusieurs noms (je me souviens de « Kraken » et « Octopus ») et un jour j'ai trouvé, ça s'appellera... les Editions du Dahu ! (le dahu étant un animal sauvage imaginaire vivant dans les zones de montagnes). J'avais même fait le logo, content de moi ! 

Le Dahu © Philippe Semeria

Puis mon père, qui était encore vivant à cette époque, m'avait dit que ça faisait plus penser à un nom de maison d'édition de cartes postales ou de guides de montagnes… ce qui était absolument vrai. J'ai donc continué mes recherches et je me dirigeais vers un nom en latin puis avec mon amour des félins j'ai trouvé le nom de cette si belle panthère tachetée, la Neofelis Nebulosa ! C'était plié ! Elle a pris forme dernièrement sous les traits de Bruno Bessadi et s'appelle Jack, en hommage au King des comics !



Epistol'Arts : Quand on regarde aujourd'hui le catalogue des parutions Neofelis, il y a deux ouvrages que l'on ne s'attendrait pas forcément à y trouver : une nouvelle de Robert Louis Stevenson, "L'étrange cas du Dr Jekyll et de Mr Hyde" et "Les sept voyages de Sindbad le marin", tiré des "Contes des Mille et une nuits", tous deux illustrés. Pourquoi ce choix éditorial aux débuts de l'aventure Neofelis, pas franchement orienté comics ?

Frédéric Stephan Stokman : Oui, au début je voulais proposer des livres illustrés de contes et nouvelles que j'appréciais mais là aussi, le marché étant plus que saturé (livres jeunesses et illustrés), la collection a tourné court. C'est dommage car les livres sont magnifiques…



La suite de notre voyage au cœur de Neofelis... très bientôt ! 

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mercredi 3 avril 2019

Neofelis Editions (1) : Lancement de la campagne Ulule ! ! !



En ce mois d'avril, Epistol'Arts revient à ses premières amours : les BD au sens large et particulièrement, pour ce billet et ceux à venir, les comics au travers d'un zoom sur un éditeur qui monte, qui monte, et dont la qualité des publications n'est plus à démontrer : Neofelis Editions.

Avril permettra ainsi de faire le tour de l'intégralité des sorties existant à ce jour chez l'éditeur. Un panorama dont j'espère qu'il vous plaira et que j'aurai grand plaisir à partager avec vous. 

Mais en préambule de ce tour d'horizon, je vais tout d'abord évoquer l'actualité on ne peut plus brûlante de Neofelis Editions puisque c'est ce mercredi soir qu'a démarré la campagne participative Ulule devant permettre le financement de "Frissons de peur", des histoires courtes inédites en VF et signées dans les années 50 de Steve Ditko, plus connu pour être, entre autres, le co-créateur de Spider-Man avec le regretté Stan Lee. Une campagne partie sur des chapeaux de roue puisque trois heures après son lancement, près de la moitié des 6 000 € nécessaires à la confection de l'ouvrage était déjà récoltée. La campagne s'étalant sur 46 jours, l'engouement, s'il se confirme, pourrait permettre de franchir divers paliers qualitatifs et quantitatifs non négligeables afin de proposer une anthologie d'exception. Mais nous n'en sommes pas encore là ! En tout cas, si vous voulez soutenir ce beau projet visant à mettre en lumière l'un des artistes les plus discrets de sa génération et qui nous a quittés en juin 2018, c'est ICI que ça se passe.


Voici les différents packs. Il y en a pour tous les goûts et toutes les bourses. Faites-vous plaisir...









On se retrouve dans le courant du week-end pour entamer le tour d'horizon des publications Neofelis Editions. A très vite !



vendredi 22 mars 2019

Merci Nicolas pour mes premières Acoustiques Improvisées

Toutes les photos © Belkacem Mehaddi, 
avec l'aimable autorisation de Kanopé Prod.

Il est 23 h 04 ce mercredi 20 mars lorsque je quitte l'espace Crouzy de Boisseuil, près de Limoges. Quelques secondes auparavant, je discutais encore avec Nicolas. Deux heures plus tôt, j'assistais au coup d'envoi de mes premières Acoustiques improvisées. 

Il est 23 h 04 et, sur le parking, je suis groggy. Groggy par ce flot d'émotions qui n'a cessé de me submerger, parfois même jusqu'aux larmes lorsque Nicolas a interprété "Suffit que tu oses". Pourquoi celle-ci m'a t-elle ébranlé tout particulièrement ? Je ne saurais le dire. Mais j'ai aimé être ébranlé. C'est là qu'on voit qu'on est vivant. Et on a tous débordé de vie à chaque instant du concert.


J'ai été remué, touché, ému, amusé, transporté tout au long de ce concert d'exception. J'ai vibré, écouté, ressenti, chantonné, ri et souri, frappé dans les mains, sur les cuisses, applaudi à tout rompre... J'étais là, au premier rang et au milieu, face à l'artiste. Et j'étais heureux. Putain oui, qu'est-ce que j'ai été heureux pendant ces deux heures magnifiques ! 

Car c'était un concert intimiste de haute tenue, avec un Nicolas qui s'est donné sans compter pour tous ceux qui avaient rendez-vous avec lui ce soir. Toujours sincère et authentique, il a évoqué avec pudeur la maladie qui lui pourrit l'existence depuis plus d'un an. Celle qui l'avait cloué sur un lit d’hôpital encore deux semaines auparavant et qui aurait pu faire de cette fête annoncée un rendez-vous manqué. Mais Nicolas a fait un bras d'honneur à la maladie, le temps de tous nous retrouver et de nous proposer un spectacle rare d'émotion pure. Les titres se sont succédés, connus, moins connus, méconnus, revisités, voire improbables. Un hommage superbe à Guy Béart aussi. Et des anecdotes, de l'humour, un poil de cynisme bienvenu également. Une interaction pas croyable avec un public conquis, complice et au diapason. Bref, que du bonheur ! Et l'écrin était superbe aussi, avec juste ce qu'il fallait de lumière et un son extra ! Merci à Vincent, son collaborateur attitré depuis le début de la grande aventure des Acoustiques Improvisées et merci à Kanopé Prod d'avoir fait venir Nicolas dans ce lieu intimiste à souhait ! 


Après le concert s'est tenu le traditionnel moment attendu où Nicolas, fourbu mais tellement heureux, a échangé avec son public, tout en signant des autographes ou en se prêtant de bonne grâce à des séances de photos improvisées. Le moment d'après concert est quelque chose que j'attends à chaque fois autant que je l'appréhende. Là-encore, fidèle à mon habitude, j'ai attendu qu'il n'y ait presque plus personne pour oser m'avancer près de Nicolas et j'ai probablement du sortir des banalités encore plus grosses que moi, ce qui n'est pas peu dire. Je n'ai jamais été doué pour trouver les mots quand il s'agit de dire à quelqu'un que j'admire toute la reconnaissance que j'ai pour lui et son travail. Donc je n'ai pas profité de ce moment autant que j'aurais pu, sans doute, mais pouvoir échanger quelques minutes avec Nicolas, que je n'avais pas revu en concert depuis 2006 à Bergerac, garde néanmoins une saveur toute particulière qui n'a pas de prix.


Nicolas, pour conclure, je veux donc te dire de vive voix, et moins maladroitement que mercredi dernier, combien j'ai passé une excellente soirée en ta compagnie, combien j'ai trouvé ta prestation extraordinaire, combien je te suis reconnaissant pour le courage XXL dont tu as fait preuve pour que nous puissions tous assister à ces Acoustiques improvisées. Combien j'aime l'artiste et l'homme que tu es. Combien je souhaite ardemment que cette saloperie de maladie te foute la paix pour de bon.

On a tant d'autres Acoustiques improvisées à partager avec toi.


jeudi 14 mars 2019

Alain, plus que jamais Bashung !




En 2003, Bashung envahit le Bataclan dans le cadre de la démentielle Tournée des grands espaces. L'année suivante, sort une captation du feu de Dieu, réalisée par Don Kent. Un enregistrement avec une image et un son hallucinants. Sur scène, Bashung est à son meilleur et livre une performance indescriptible.

Ce jeudi 14 mars 2019, à l'occasion du triste anniversaire des dix ans de sa disparition (putain, que le temps passe vite ! ), le concert mythique s'est refait une beauté avec une ressortie simultanée dans les salles de cinéma. J'ai hésité à m'y rendre. Si j'avais suivi ma première intuition, j'aurais fait, sans le savoir, la plus belle des erreurs.

D'une part parce que le concert a 16 ans, la captation 15, et que je me suis rendu compte que je ne m'en souvenais quasiment plus. Je savais que j'avais pris une claque en voyant le DVD en 2004 mais les souvenirs n'étaient que volutes évanescentes. La piqûre de rappel de ce soir a fait l'effet d'un électro-choc : c'est un concert énorme à tous points de vue, une prestation de très haut vol qui fout le tournis, un Bashung habité comme jamais, des musicos de malade, une mise en scène quasi organique qui colle à Bashung comme une seconde peau, des effets de sons et de lumières grandioses.

D'autre part parce que Bashung sur grand écran, c'est juste un plaisir XXL. Quand l'homme arrive et que les premiers mots sortent de sa bouche, l'émotion est indescriptible. Bashung n'est plus mort. L'a t-il seulement jamais été ? Non, Bashung est là, il nous revient et il se donne comme jamais. La performance physique est juste dingue, Bashung transpire par tous les pores, et en même temps, reste impeccable de maîtrise et de présence. Vocalement, c'est superbe et là encore, très émouvant. J'avais beau en être convaincu depuis des lustres, seul Bashung peut être Bashung. En perdant un artiste de sa trempe, on sait qu'on ne retrouvera jamais un artiste de son acabit et de son talent. 

Enfin parce que les titres s'égrènent à un rythme effréné. Vingt-huit chansons pour un concert de plus de deux heures. Des titres connus, d'autres moins (Martine boude, morceau assez mineur finalement, mais sublimé ici par un final où la prestation d'un Bashung en larmes et presque en transe prend aux tripes comme rarement) mais aussi des titres que j'avais oubliés et qui sont de purs joyaux (L'irréel, faisons envie, le dimanche à Tchernobyl...).

Sur l'écran géant, le rideau de la scène du Bataclan se referme. Et là, une tristesse infinie et la certitude que Bashung s'en est définitivement allé. Que le rideau ne se rouvrira pas. Que Bashung ne réapparaîtra pas. Il a fait, quelques secondes auparavant, des adieux scéniques d'une grande classe, l'homme s'effaçant dans les volutes d'une dernière cigarette après avoir salué son public d'un mouvement de chapeau. 

J'ai passé une soirée extraordinaire. Maintenant, je suis un peu tout chose mais j'ai voulu coucher mes sensations le plus tôt possible. Demain, ce ne sera plus pareil. Déjà maintenant, ce n'est plus pareil.
La tournée était celle des grands espaces. Mais le plus grand, définitivement, pour moi, c'est Alain Bashung.

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samedi 9 mars 2019

Mon CD de chevet : "Une histoire vraie" d'Angelo Badalamenti



J'ai toujours eu pour ce film une tendresse toute particulière depuis sa sortie en 1999. Le premier film de David Lynch qui soit parfaitement compréhensible de bout en bout et qui pourrait même être considéré, à tort, comme son moins personnel puisque le scénario n'est pas de lui (John Roach et Mary Sweeney) et que, comme le titre du film l'indique, il s'agit d'une fidèle adaptation d'une histoire vraie. Au final, un pur chef d'oeuvre d'émotion, deux heures de profonde humanité et une vraie leçon de vie. Et plutôt que de vous en raconter les grandes lignes, voici ci-dessous la bande annonce. Je recommande vraiment à tous de voir ce film. La performance de Richard Farnsworth, dont ce fut l'ultime rôle, est extraordinaire. "Une histoire vraie" reste, vingt ans après, l'un de mes films préférés.


Mais le film n'aurait pas la même charge émotionnelle, et c'est peu de le dire, sans la superbe partition délivrée par le compositeur Angelo Badalamenti. C'est une musique magnifique qui épouse remarquablement le rythme lent du film. C'est surtout devenu, depuis quelques années, mon CD de chevet. Lorsque je suis à la maison, il ne se passe quasiment plus une nuit sans que je ne m'endorme en l'écoutant. C'est devenu un rituel, que je sois fatigué ou pas. Je l'écoute et cette musique me fait un bien fou, sans que jamais, absolument jamais, je ne ressente la moindre lassitude. Certes, de par mon rapport au film, elle trouve un écho particulier en moi. Mais même sans ça, elle reste un petit bijou d'émotion. C'est avec cette BO que je vous quitte, fermez les yeux et laissez-vous porter. Bonne écoute.


vendredi 22 février 2019

Comme une renaissance...




Certes, je n'en suis quand même pas à renaître de mes cendres tel ce magnifique phénix mais enfin, j'ai quand même le sentiment d'enfin véritablement sortir la tête de l'eau après une année très compliquée.

Bien sûr, on a tous nos épreuves, nos chemins de croix, notre résilience qui fait ce qu'elle peut jusqu'à un certain point de tolérance là encore variable, nos combats, nos jours désespérément sans et ces inestimables jours meilleurs. Comprenez par là que je ne me plains pas. Mais il était temps que la roue tourne...

Lorsque beaucoup de choses se sont écroulées l'an dernier, avec des prémices dès l'automne 2017 comme autant de signes inquiétants que je n'ai pas su décrypter, je n'y étais pas préparé. Pour moi, tous les voyants me semblaient au vert et je n'ai rien vu venir. Et quand j'ai enfin regardé dans la bonne direction, il était trop tard.

Je pensais qu'il me faudrait quelques semaines voire quelques mois pour me relever de ces épreuves sur lesquelles je ne vais pas davantage m'étendre. Il m'aura fallu presque un an. Je peux vous dire que lorsque la spirale négative s'étend, on en vient à croire qu'elle ne se résorbera pas et que l'on naviguera désormais inlassablement de Charybde en Scylla. 

Tout ne fut pas à jeter pour autant l'année dernière. Il y eut pas mal de bénévolat, quelques implications dans des projets communs, des rencontres, le soutien sans faille de Nathalie, la Bretagne et la patience de notre guide attitré Denis, Belle-Île que j'ai cru toucher du doigt à une époque où je reprenais déjà du poil de la bête, quelques beaux albums qui m'auront durablement accompagnés (Peyrac, Bashung et Chamfort pour les plus marquants), de belles personnes dans un bel espace sur FB, une fièvre acheteuse pas trop prise en défaut malgré tout, au grand dam de madame...

Et puis, en ce début d'année : un boulot. Enfin ! Je dis enfin parce qu'avec la reprise des études et l'obtention de mon BTS, il y avait un sacré bout de temps que je n'avais plus été salarié ! Stagiaire, oui, mais salarié, ça faisait un bail ! Et salarié dans ma nouvelle branche, ça, c'est chouette ! Et sur mon tout premier lieu de stage, là où tout a commencé il y a 3 ans ! L'impression délicieuse autant qu'indescriptible de boucler la boucle. De rejoindre une équipe que je connais très majoritairement et à laquelle je suis attaché. Et puis deux salaires. L'argent n'a jamais été mon moteur mais avoir le luxe, même momentané, de ne pas scruter ses relevés à tout bout de champ de peur d'être dans le rouge, ça n'a pas de prix. Pour le reste, me voilà lancé pour 6 mois. Peut-être davantage. Mais restons-en à ce qui est contractuellement écrit, si vous le voulez bien. Si la situation venait à se prolonger, il serait toujours assez tôt de se réjouir. En tout cas, j'ai commencé depuis deux semaines et tout se passe au mieux. C'est un boulot parfois dur puisque je suis le premier interlocuteur entre des personnes en grande situation de précarité et donc de détresse, et les travailleurs sociaux mais la variété des missions de mon poste rend l'ensemble très intéressant.

Du coup, en dehors du travail, mon épanouissement actuel se ressent aussi. Sur les proches, la famille, sur l'image que je renvoie, sur mon rapport aux autres. Il y a des amitiés naissantes, celles amenées à se développer, les amis que je n'ai pas vu depuis longtemps et que j'aimerais revoir, les personnes que je désespère d'enfin rencontrer un jour mais que j'ai l'impression de déjà connaître...

Bref, je me sens bien en ce moment. Demain, on reçoit une amie polonaise chère à notre cœur. On a prévu une belle ballade sous le soleil en longeant la Dordogne, puis une raclette végétarienne en soirée avant de refaire le monde jusqu'à pas d'heure... Des plaisirs simples mais dont j'avais perdu la saveur et l'importance.

Difficile de refréner ses excès d'optimisme quand on a le cœur aussi léger que je l'ai désormais...



mercredi 20 février 2019

Y'a pas d'âge pour les albums Panini !



J'ai toujours beaucoup aimé Mickey, Donald et tous ces personnages qui ont émerveillé mes yeux d'enfant lorsque je dévorais Le Journal de Mickey (oserais-je avouer que j'en possède encore de cette époque ?). C'est simple, lorsque j'étais môme, je dévorais Pif Gadget et surtout les aventures de Rahan, une bonne partie des productions Lug (Strange, Nova, Spécial Strange), les adaptations BD plus ou moins inspirées de séries animées incontournables de l'époque (Goldorak, Ulysse, Inspecteur Gadget...), les TéléJunior... et Mickey et toute sa bande ! Je me délectais surtout des aventures de Mickey contre le fantôme noir et de celles de Picsou qui le mettaient aux prises avec la maléfique Miss Tick.




J'étais aussi très friand des albums collecteurs de vignettes Panini. Pas ceux de foot, non, mais ceux de Goldorak, Ulysse, Jayce, Cobra, Inspecteur Gadget, Bernard et Bianca, Capitaine Flam... Sans doute bien d'autres ont agrandi la liste mais je ne m'en souviens plus. Pas plus que je ne me rappelle si c'était moi ou ma mère qui se chargeait du collage des précieuses vignettes. Vu que je devais être aussi appliqué que stressé à l'idée d'un faux pas, les deux options ont dû être possibles mais je ne m'en souviens plus. Mais quel émerveillement lorsque j'ouvrais la pochette de 5 ou 6 autocollants. Il y avait des images normales, des brillantes, des qui "finissaient une scène", des "centrées sur un personnage bien précis", des doubles que j'allais échanger au plus vite... Et l'album se complétait enfin, ou pas tout à fait, voire sans doute pas du tout parfois, une frustration qui ne durait que le temps de passer à un nouvel album et une nouvelle collection, et ainsi de suite...




Alors, lorsque mon marchand de journaux m'a fait remarquer que l'album de vignettes célébrant les 90 ans de la souris la plus célèbre au monde était vachement bien fichu (et c'est vrai qu'il l'est !), j'ai bien fini par craquer, vous pensez ! Me voilà devant la devanture du magasin avec l'album dans une main et une poignée de pochettes scellées dans l'autre. Incorrigible, oui, mais avec un sourire niais sur le visage, ça n'a pas de prix ! 




L'ouverture des premières pochettes, ce déchirement si particulier teinté d'impatience, laissa une saveur particulière. Chaque pochette se composait de 5 vignettes autocollantes (276 à collectionner quand même) et d'une carte rigide (36 à collectionner). Les images autocollantes faisaient elle-même preuve d'une certaines variétés : certaines avaient un effet de brillance, d'autres s'intégraient au beau milieu d'une scène, ce qui les rendait ardues à appliquer, d'autres étaient plus classiques mais toutes traduisaient l'évolution de Mickey et de son univers tout au long de ses 90 ans d'existence.



Par contre, je ne me suis pas senti de les coller moi-même. C'est Nath qui s'en est chargée. Elle a hésité car elle ne comprenait pas que je ne souhaite pas le faire moi-même. Elle pensait que cela faisait partie de l'effet madeleine de Proust mais je ne me sentais pas assez assuré pour ça. Et puis, surprenant mais heureux hasard, Nath n'avait jamais connu les albums Panini, elle n'avait jamais collecté ou collé la moindre image pendant l'enfance. Je crois que, au moins dans un premier temps, cela lui a procuré une émotion toute particulière et qu'elle s'est prise au jeu, avec l'exigence du débutant pour que les vignettes soient posées aussi soigneusement que possible.




Bien-sûr, l'inconvénient des albums de vignettes reste le gros tas de doubles que l'on finit par se constituer et, plus généralement, l'argent qu'on met dans ces satanées pochettes sans vraiment s'en rendre compte. Et puis, les doubles, j'en fais quoi ? Je fais le tour des cours de récré et finit en case prison pour comportement suspect aux abords des écoles ? Ben non, je tente le Bon coin et j'échange une petite poignée de stickers, de temps à autre, de façon très sporadique. Et puis, au final, alors que mon tas de doubles reste conséquent, je finis par commander les 27 vignettes qu'il me manque auprès de Panini.



Aujourd'hui, mon album (dont je ne montre que quelques pages ici) est enfin complet et je ne suis pas peu fier ! Nath a collé les ultimes vignettes hier soir. Je n'ai plus qu'à dévorer l'album anniversaire de Mickey Mouse ! Et replonger dans mes lectures de môme...