dimanche 22 janvier 2017

Le suicide médiatico-politique de Jean Lassalle



Comme presque tous les samedis soir, j'avais choisi de regarder On n'est pas couché, toujours sous la houlette de Laurent Ruquier. Et comme à chaque fois, je m’apprêtais à zapper la partie consacrée à l'invité politique du jour. Je ne sais pas vraiment si je dois me réjouir d'être finalement resté devant mon poste tant la suite fut pathétique mais, le moins que l'on puisse dire, c'est que je ne me suis pas ennuyé.

Jean Lassalle s'est sans doute toujours donné plus d'importance qu'il n'en avait sur l'échiquier politique. Après tout, remis dans son contexte, il n'est "que" maire d'un hameau de moins de 200 âmes. Et en tant que député, il brille par ses absences répétées, ce qui ne l'empêche pas de toucher son chèque de fin de mois.

Mais jusqu'à hier soir, je respectais le personnage pour la force de ses convictions, qu'on les partage ou non d'ailleurs. Par conviction donc, il avait entamé en 2006 une grève de la faim très médiatisée à l'époque afin de protester contre la délocalisation d'une usine Total de son territoire. Par conviction toujours, il avait parcouru plus de 5 000 kilomètres à pied en huit mois pour, disait-il, aller à la rencontre des exclus. Il y avait quelque chose d'un peu original dirons-nous dans la représentation de ce marcheur engagé (béret sur la tête, chemise, cravate et sac à dos) mais l'intention était louable et probablement sincère.

Et puis il y eut donc hier soir (jeudi si on prend en compte la date d'enregistrement de l'émission) le naufrage en direct de Jean Lassalle. Devant un public médusé, l'homme politique s'est livré à une prestation surréaliste où le point de non-retour a été atteint lorsqu'il s'est permis de mettre en doute (pour ne pas dire nier) la réalité des massacres d'Alep.

Surtout, l'homme a montré un visage finalement antipathique de bout en bout. Et ce ne sont pas les adjectifs qui manquent : arrogant, mégalo, mytho... La liste serait longue. Tout au long de l'entretien, je me suis demandé si Lassalle avait pris des substances illicites ou s'il avait picolé tant sa prestation a été pitoyable de bout en bout. D'ailleurs Ruquier, Moix et Burggraf ne se sont même pas acharnés sur lui et ses contradictions tant l'ensemble était pathétique. Quant au contenu de son programme, il ne risquait pas d'être évoqué. Oui parce qu'il faut savoir que ce monsieur est candidat à la présidentielle et qu'il n'a aucun doute sur le fait qu'il sera forcément élu. Nous voilà bien ! Lassalle a annoncé avoir 350 parrainages sur les 500 nécessaires, déjà un petit miracle en soi, mais après ses sorties d'hier, bon courage à lui pour trouver ceux qui lui manquent.

Evidemment, quand on observe tout ça depuis son canapé, les sentiments sont partagés. On a l'impression d'entrer dans une sorte de quatrième dimension et d'être spectateur de quelque chose de tellement ridicule que ça en devient risible. Tout au long de la soirée, j'avais les yeux levés au ciel ou écarquillés devant tant de bêtise, tout autant que je m'esclaffais nerveusement devant l'absurdité du "débat". Evidemment, lorsque Lassalle a nié les centaines de milliers de morts en Syrie, il n'était plus question de rire. Mais même là, bien que tout le monde eut été profondément choqué par les propos de ce sinistre individu, l'équipe de Ruquier ne s'est pas risquée à s'engouffrer dans la brèche. N'importe qui d'autre aurait été voué aux gémonies. Sauf que là, après qu'il ait atteint ce point de non-retour, à quoi bon essayer de convaincre un esprit désormais visiblement malade et coupé des réalités.

Je vous laisse avec l'intégralité de l'intervention de Jean Lassalle sur le plateau d'On n'est pas couché. A vous de voir si vous avez envie de voir ça ou pas. Vous ne risquez pas de vous endormir dessus, ça c'est clair, mais pas dit non plus que ce sabordage en bonne et due forme soit recommandable puisqu'il y a quand même un petit côté voyeur à assister à ce suicide politique. En même temps, on récolte ce que l'on sème... Un beau gâchis quand même.