jeudi 27 avril 2017

François Morel (en)chante la vie


© Stéphane Trapier

Je sors « à l’instant » de la séance de rencontres-dédicaces qui a suivi la prestation scénique de François Morel et de ses 4 compères qui sont tellement plus que des musiciens. Je ne regrette pas de m’être fait un peu violence, moi qui, sans être totalement agoraphobe, ne suis guère à l’aise lors de ces rendez-vous culturels bondés.

Le théâtre de Narbonne était complet, hormis le tout dernier rang. Je peux en témoigner, Nath et moi étions à l’avant-dernier et nous surplombions l’ensemble du public présent. Du coup, François Morel n’était pas vraiment en qualité HD visuellement, pas aidé en cela par ma myopie légendaire, même corrigée. Heureusement, le son n’avait rien de pixelisé, lui, et nous avons profité d’un rendu sonore et acoustique de haute tenue pour un spectacle de qualité.

J’étais quand même en terrain connu car je possède les deux premiers albums de François Morel et j’écoute le dernier en boucle sur Deezer. Surtout j’ai une petite « rareté », car il n’y en a pas eu tant que ça : le DVD du spectacle « Collection particulière », inspiré du CD musical qui avait précédé la tournée et qui date, me semble t-il de 2007. Ce DVD que je trouve énorme et que je revois toujours avec la même gourmandise avait déjà ce mélange de chansons et d’intermèdes parlés où la fantaisie, l’émotion, la poésie, le rêve, une forme de burlesque, la gravité aussi s’entremêlaient avec tellement d’élégance et de naturel.


En 2017, les chansons ne sont plus les mêmes (bien que François Morel ait gardé « Monsieur Ramirez » et « L’hôtel Beau-Rivage » de cette délicieuse Madeleine de Proust), les musiciens ont changé aussi (le pianiste Reinhardt Wagner qui avait le « beau rôle » à l’époque, enfin, si l’on peut dire, s’appelle désormais Antoine Sahler et il est tout aussi impressionnant et inspiré que son illustre prédécesseur) mais le résultat est tout aussi magique. La mise en scène de Juliette, fidèle compagne de route depuis quelques années maintenant, nous permet de nous délecter de ces nouvelles chansons, pour la plupart extraites du dernier opus « La vie (titre provisoire) » et de profiter des pastilles humoristiques qui émaillent le spectacle avec beaucoup d’à propos et de malice. C’est en cela aussi que je disais en introduction que les quatre fantastiques musiciens (pas les super-héros) qui accompagnent Morel sont tellement plus que cela. Ce sont des artistes multi-facettes, talentueux, drôles, essentiels, qui donnent l’impression de savoir tout faire à part visiblement s’échanger leurs instruments. A leur contact, le toujours très inspiré François Morel cabotine avec gourmandise et ce ping-pong savoureux est remarquablement réglé, bien que je ne serais pas surpris que le facétieux Morel prenne quelques libertés d’improvisation.

Je me suis régalé pendant près d’1h45, rappels inclus. Tout juste ai-je été quelque peu distrait pendant la première moitié du concert par le seul sans-gêne de la salle (il était visiblement pour moi) qui ne semblait pas avoir compris ce que « éteignez vos portables » voulait dire et qui m’éblouissait un peu trop souvent à mon goût avec la luminosité de l’écran de sa tablette avant que je ne finisse par le rappeler brièvement mais fermement à l’ordre. Bref, je ne vais pas épiloguer mais je déteste que l'on me fasse sortir de ma bulle, surtout lorsque j'y suis en si bonne compagnie.

Toujours est-il que le concert était donc superbe et que j’ai même pu féliciter les artistes, François Morel d’abord, les musiciens ensuite lors de la rencontre-dédicaces qui a suivi. C’est un rendez-vous qui me fascine autant qu’il m’effraie. Que dire en quelques mots ? Comment ne pas être surfait ? Par où commencer dans l’énumération des choses qui m’ont tant ému chez lui depuis environ 30 ans. Les Deschiens, les chansons, les livres, l’humour, la poésie, l’humanité des mots… François Morel l’artiste me semble aujourd’hui si familier, si "indispensable" à mon quotidien.

Alors je lui ai juste dit, sans doute avec mes mots emplis de maladresse, combien j’avais passé une bonne soirée grâce à lui, grâce à eux, combien son spectacle Collection Particulière, une décennie plus tôt, m’avait touché… Et puis, une fois qu’il m’eut dédicacé son troisième album, le seul que je ne possédais pas physiquement encore, j’ai osé lui demander de m’accorder une photo en sa compagnie, en lui disant que si je ne demandais pas, j’aurais forcément des regrets. Ce à quoi il a répondu, avec la répartie et la gentillesse qui sont siennes, que ce serait lui qui en aurait, s’il ne faisait pas une photo avec moi. Courte mais belle rencontre...
Nathalie a également eu son petit moment de bonheur pré-spectacle, en posant avec les quatre musiciens, tous très accessibles et qui se sont pliés à l’exercice de bonne grâce.

Une bien belle soirée et une belle façon de presque clore notre séjour puisque nous ne sommes désormais qu’à 36 heures de notre retour en Dordogne.

Amos Mah : violoncelle, contrebasse, guitares
Muriel Gastebois : batterie, vibraphone, percussions
Nathalie Delloue-Audebert : spectatrice enthousiaste
Sophie Alour : saxophones, trombone, flûte, claviers
Antoine Sahler : piano, claviers, trompette


(Billet écrit le vendredi 21 avril vers 23h30)

PS : Je peste sur la route du retour en Dordogne, en écoutant le CD dans l'auto-radio. Il me semble bien court avec ses douze titres. Le théâtre de Narbonne nous a refilé la version épurée alors qu'une autre version compte 18 titres et c'est celle-ci que je connais par cœur pour l'écouter en boucle sur Deezer. On assiste à un spectacle où les 18 titres ont été interprétés... et on nous vend la version édulcorée ! ! !  Celle-là, je l'ai encore mauvaise une semaine après...

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