lundi 12 novembre 2018

Merci "Stan the Man" !



Stan Lee n'est plus et, désormais, après la disparition récente de Steve Ditko, John Romita doit se sentir bien seul à la table des dinosaures de l'âge d'or des comics Marvel. Certes, il reste bien des pointures comme son fiston JR JR, Miller ou Byrne, pour ne citer qu'eux, mais ils passeraient presque pour des jeunots, ces fringants sexagénaires.


Avec  Jack Kirby tout d'abord, Stan Lee créa pléthore de personnages inoubliables : les Quatre Fantastiques, en 1961, Spider-Man l'année suivante et tellement d'autres. Idem avec John Romita peu de temps après. Au final, ce furent des dizaines voire des centaines de créations qui avaient toutes un point commun : des fêlures, des problèmes, un microcosme où s'imbriquaient vie familiale et vie professionnelle, qui faisaient de ces super-héros (ou super-vilains) des personnages somme toute tellement ordinaires et auxquels il était par conséquent facile de s'identifier, tout particulièrement au travers du prisme de la vie bien foutraque de Spider-Man dont l'héroïsme était génialement plombé par des déconvenues incessantes mais réalistes. Ce fut la force et la marque de fabrique de Stan Lee : que chaque lecteur puisse se retrouver dans les personnages de papier dont il dévorait les aventures.






Pour ma part, je ne peux pas dissocier Stan Lee de l'immense John Romita. J'ai découvert le trait du grand John au travers des comics strips parus dans un quotidien de province que je dénichais dans le grenier de ma tante. Je détestais me rendre chez elle ou chez mon oncle pendant les vacances car, en parfaits agriculteurs rustiques qu'ils étaient, je n'étais considéré que comme un incapable de la ville. Mais lorsqu'ils me foutaient enfin la pain, j'allais m'isoler dans le grenier où il y avait ces vieux journaux jaunis inestimables. Avec des strips en noir et blanc d'une beauté absolue. Avec un sens de la narration et une façon de tenir en haleine l'enfant que j'étais qui était juste remarquable ! Je découpais soigneusement ces trésors que je collais dans des cahiers de brouillon que j'avais tout le temps avec moi.


Si ensuite j'eus le plaisir de revoir ces strips et d'en apercevoir d'autres dans les pages BD de Télé Poche, j'avais entre-temps découvert toutes les revues magnifiques des éditions Lug. Et là, ben... Merci Monsieur Lee, quoi... Lui et tant d'autres scénaristes par la suite qui firent de mon enfance et adolescence une boule à neige géante qu'il suffisait de secouer vigoureusement pour que des milliers de belles histoires, de belles images remontent à la surface. Images grâce auxquelles la part d'enfant en moi reste intacte. C'est dire si elles sont inestimables ! 


Autre chose dont je me souviens (et que, de mémoire, la VF a préservé), c'est la façon qu'avait Marvel de mettre en avant les artistes de chaque numéro. Même là, il y avait une accroche qui donnait déjà du rythme à l'histoire qui débutait. Et si c'était la suite d'un cliffhanger, on était tout de suite remis dans l'action ! Vraiment génial ! 


Stan Lee, pour moi, c'était aussi les fameux caméos qui le mettaient en scène dans chacune des adaptations ciné des séries Marvel, à l'instar d'un célèbre Alfred Hitchcock avant lui. Ayant pas mal décroché depuis quelques années avec la production cinématographique estampillée super-héros, j'en ai loupé un certain nombre (comme celui ci-dessous issu de Spiderman Homecoming) mais j'ai vu dernièrement, lors d'une diffusion TV, celui qui avait figuré dans le premier Deadpool.

Stan Lee est parti aujourd'hui à 95 ans après une vie extrêmement foisonnante où il aura traversé toutes les époques avec une bonne dose de génie dans le moteur. Mais pour moi, il a quelque chose d'immortel. Parce que, d'où que je regarde, mes plus belles histoires, mes plus belles évasions, c'est à lui que je les dois ! RIP Stan The Man ! 

mardi 23 octobre 2018

Daredevil saison 3 : une réussite en mode diesel



ATTENTION : L'article révèle des pans importants de l'histoire de la saison 3 dans le dernier paragraphe (en dessous de la 4ème image). A ne pas lire si vous ne voulez pas être spoilés. Vous voilà prévenus.


C'est peu de dire que cette troisième saison de Daredevil était attendue, après une deuxième certes de qualité mais bien trop bourrine et répétitive dans ses scènes d'action. Personnellement, je n'en pouvais plus de manger des ninjas à toutes les sauces. Les scénaristes et le showrunner ont eu du nez en remettant sur le devant de la scène l'ennemi emblématique de Matt Murdock, Wilson Fisk, en tentant ainsi de réitérer l'équilibre miraculeux de la première saison qui était un chef d'oeuvre absolu de respect du matériau originel, d'interprétation et de mise en scène. La très grande classe ! 

Cette troisième saison aurait pu approcher l'excellence de la première, voire l'égaler, si le démarrage n'avait pas été aussi laborieux. Les cinq premiers épisodes sont une purge par rapport à ce que l'on était en droit d'attendre et font clairement craindre le pire pour la suite : intrigue étirée inutilement, des circonvolutions prévisibles, un ensemble bavard au possible, une mise en scène pas bien inspirée... Avec un autre inconvénient de taille : à moins d'avoir vu la série The Defenders avant de visionner cette saison 3, il nous manque des éléments. Certes, ces événements nous sont très brièvement relatés mais c'est compliqué de saisir la détresse du personnage et sa vulnérabilité quand on a l'impression qu'il manque un pan de l'histoire. Pour moi, la série Daredevil doit se suffire à elle-même. Même si le personnage intervient dans des séries parallèles, elle doit garder une cohésion qui lui est propre.


Et puis miracle : à partir de l'épisode 6, et plus encore du 8, la machine s'emballe enfin et l'ensemble devient alors réellement passionnant. Vraiment. Et brillant de bout en bout. Entre le personnage toujours plus exploré de Benjamin Poindexter (énorme performance de Wilson Bethel), quelques révélations bien senties (et plus ou moins attendues si on connait l'histoire de DD dans les comics), l'affrontement (qu'il soit à distance ou plus rapproché) entre DD et Fisk, une qualité d'écriture (ou en tout cas de narration) retrouvée, une mise en scène inspirée et une interprétation toujours de haut vol, la deuxième partie de cette saison 3 rattrape miraculeusement tous les ratés de ses débuts. C'est en cela qu'elle est exceptionnelle. Moins équilibrée que la saison 1 certes (qui bénéficiait en plus d'un effet découverte de l'adaptation non négligeable) mais exceptionnelle quand même.


Rappel : Attention, spoilers ! 

-La série propose une perspective intéressante, mais trop peu esquissée en l'état pour savoir si elle pourrait être développée dans une prochaine saison : lorsque Fisk est vaincu, Murdock s'engage à ce que sa femme Vanessa soit protégée. Mais il n'est pas dit que Vanessa ait besoin de protection. En voulant être pleinement associée aux actes de son époux (ce que Murdock ignore), elle a en quelque sorte franchi la ligne. Elle a forcément gagné en force ce qu'elle a perdu en fragilité et il serait intéressant de voir jusqu'à quel point elle pourrait reconstruire l'empire que son mari a désormais perdu.

-L'omniprésence du personnage de Ray Nadeem, agent du FBI impeccablement campé par Jay Ali, m'a de temps en temps donné l'impression de retomber dans certains épisodes de 24 Heures chrono. Surtout lorsque certains traîtres se révèlent, comme la glaçante scène où il se retrouve chez sa supérieure hiérarchique. La série a beaucoup joué dans cette saison sur la paranoïa, sur le besoin d'être protégé ou de protéger ses proches, mais en a quelque peu abusé. A partir du moment où la mort du personnage ne fait aucun doute, il aurait sans doute fallu un peu moins jouer sur la corde sensible. D'autant que l'empathie pour le personnage, malgré le fait que la situation lui ait très vite échappé bien malgré lui, est toute relative. Quand bien même c'est lui, le vrai vainqueur de Wilson Fisk.

-La mise en scène des réels desseins de Fisk est bien trop longue à se mettre en place. A aucun moment, le jeu de dupes ne fonctionne et c'est principalement ce qui plombe le début de saison. Du coup, malgré la toujours très inspirée interprétation de Vincent d'Onofrio, Wilson Fisk peine à effrayer tant les moyens pour arriver à ses fins sont bancals et, dans une certaine mesure, pathétiques car indignes d'un adversaire de cette envergure. Heureusement, la série arrive à redresser la barre dans sa deuxième moitié, ce qui n'était pas gagné ! 

-L'idée de faire de DD l'ennemi public n°1 en créant un faux Daredevil par le biais de Poindexter est une bonne idée. D'autant que je reste allergique à ce costume et que je préfère nettement qu'il soit porté par d'autres. Matt Murdock n'a pas eu à l'arborer et j'étais bien content, sa tenue de fortune étant bien plus appropriée au fils de boxeur qu'il est. Plus stylée aussi. Mais s'il revient aux fondamentaux, devra t-il se heurter une nouvelle fois à Melvin alias le futur Gladiateur ? Leur unique confrontation cette saison, même si brève,  fut prometteuse. Wait and see...

-L'ultime épisode, après un happy ending où Karen, Foggy et Matt projettent de créer un cabinet sous une enseigne commune, se referme sur Bullseye en train de panser ses blessures, avide de revanche. Une fin pas très bienvenue dans le sens où elle n'amène rien qui puisse créer une attente de la prochaine saison. J'avais l'impression d'assister à un épisode de l'Araignée dans Nova où Doc Ock se fait recoudre les tentacules dans l'attente de pouvoir se venger de Spiderman et de la Chatte Noire.

-Difficile de savoir si une 4ème saison verra le jour. Entre les annulations de séries existantes, la patte Disney à venir même si on ne sait pas encore dans quelle mesure ou sous quelle forme, la difficulté de préserver la cohésion de Daredevil face à des séries dérivées moins inspirées et les runs potentiellement adaptables, les paris sont ouverts.

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mardi 16 octobre 2018

Coup de cœur CD : Marcel Amont "Par-dessus l'épaule"



De Marcel Amont, je ne connais que si peu de choses... Mais à chaque fois que j'entends parler le bonhomme ou que je le vois gesticuler sur une chaise tel un éternel jeune homme, il y a quelque chose chez lui qui m'émeut infiniment. Ce talentueux monsieur, bien loin de faire ses 89 printemps, est toujours bon pied bon œil, avec une belle lueur d'espièglerie dans le regard et des mots aussi drôles qu'empreints d'une certaine sagesse. Il y a chez Marcel Amont ce mélange de clown facétieux, de vrai poète et d'homme-enfant d'une gentillesse absolue.

Et puis, pour moi, il restera l’interprète du "Chapeau de Mireille". Allez savoir pourquoi, j'ai toujours adoré cette chanson dont j'ai appris bien plus tard qu'elle lui avait été offerte par son grand ami Brassens. Ce titre a toujours sur moi un effet Madeleine de Proust et je suis toujours épaté quand il la chante, vu le rythme qu'elle impose niveau débit et donc respiration. Il faut avoir du souffle ! 

Marcel Amont nous revient avec un album de 10 titres, principalement des duos. C'est tellement bon que c'est trop court, pourrait-on dire. Car si c'est très bon, c'est aussi très court (27 minutes). Mais c'est vrai qu'à l'époque, les chansons ne s'embarrassaient pas de fioritures et savaient être efficaces sans être dans la rallonge systématique. Je pense par exemple à "La Rumeur" d'Yves Duteil, au "Loir-et-Cher" de Michel Delpech ou encore à "Port-bail" d'Alain Souchon, parmi tellement d'autres.

S'il chante seul le titre d'ouverture donnant son nom à l'album ("Par-dessus l'épaule") ainsi que celui qui le referme ("Les Moulins de mon cœur" de Michel Legrand), il a choisi de s'entourer pour les 8 morceaux restants. Mais pas n'importe comment ni surtout avec n'importe qui : en demandant aux auteurs de ses célèbres chansons de les partager avec lui. C'est ainsi que, par exemple, on le retrouve avec Alain Souchon sur "Viennois" et avec Le Forestier sur "La Galère" (titre que je ne connaissais pas et qui est juste... magnifique, le plus beau de l'album à mes yeux). Et puis Aznavour évidemment qui entonne avec lui "Le Mexicain", morceau qui, je le confesse, m'a toujours horripilé, mais dont cette version en duo reste le dernier enregistrement du grand Charles de son vivant. On croise aussi François Morel sur "Monsieur", Francis Cabrel sur "Le Chapeau de Mireille", les nouveaux compagnons sur "Bleu blanc blond", Aldebert sur l'inédit "Viva la vida" (texte retrouvé par Amont et mis en musique par Aldebert) et enfin son fils Mathias Miramon sur "Samba d'été" (classique brésilien traduit en 1967 par Marcel Amont).

Vu la durée de l'album, on n'aurait pas rechigné sur quelques standards supplémentaires mais ne boudons pas notre plaisir. Personnellement, je le trouve très bien cet album même si chacun y trouvera ses préférences. En tout cas, Marcel Amont a de beaux restes et une belle énergie communicative. Qu'il nous en fasse profiter encore longtemps ! 

(L'album est en écoute libre sur Deezer mais ça ne doit pas vous empêcher de vous le procurer d'urgence)
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samedi 6 octobre 2018

Bon anniversaire Nicolas !




Cher Nicolas,

Quel exercice difficile que de souhaiter un bon anniversaire ! Déjà, on se demande si le destinataire appréciera… Il y a des personnes que cela insupporte et, dans ce cas, ça ne s’arrange généralement pas en prenant de l’âge. Mais admettons - ouf ! – que tu sois bon prince devant ce déferlement annoncé de chaleureux, et forcément sincères, sentiments.

Encore faut-il savoir comment te le souhaiter, cet anniversaire ! J’ai bien pensé à faire un dessin, comme à l’époque, de plus en plus lointaine, où je crayonnais encore. Mais bonjour la galère ! Déjà, faut trouver une bonne photo ! Parce que malgré l’affection que je te porte, impossible pour moi de dessiner de tête. Donc il faut une bonne photo, et grande de surcroît, qui te mette bien en valeur ! Avec une guitare dessus. Parce que Nicolas Peyrac sans sa guitare… c’est possible, ça ? Allons, allons… Bien sûr que non ! Sauf que moi, je ne sais pas les dessiner, les guitares. C’est vraiment dommage, parce que sans ça, j’aurais probablement pondu un chef d’œuvre. En toute modestie. Il ne te reste plus qu’à t’en remettre. Pas facile, je sais.

Heureusement, le dessin mis à part, il reste les mots. Je pense que c’est encore avec les mots que je jongle le mieux. Ce qui ne veut certes pas dire que tout ce que j’écris est intéressant. Si déjà, je peux éviter d’être barbant, c’est pas mal. Mais que dire ? Et comment ?

Déjà, je ne cèderai pas à la facilité. 69 piges. Tu les vois venir les allusions au Kamasoutra, la position et tutti quanti ? Moi, en tant que chantre du bon goût, je ne comprendrais même pas que ça puisse venir à la tête de certains. Surtout qu’après les mois d’épreuves vaillamment traversées, ce serait l’âge de la renaissance que cela ne m’étonnerait pas, tiens. En passant, bravo pour le courage ! « Tiens bon la barre et tiens bon le vent, hissez haut ! » comme dit toujours Hugues.

Et si souhaiter un anniversaire n’était qu’un prétexte pour rappeler aux gens combien on les aime ? Car, il y a encore une quinzaine d’années, je ne connaissais de toi que les trois ou quatre titres qui passaient invariablement en radio. J’avais beau les adorer, « Et mon père » notamment, c’était quand même un poil réducteur au regard de ta remarquable et foisonnante carrière. Et puis, je me suis retrouvé au milieu des Peyraciens. Et même si on ne peut être et avoir été, et que cet espace remarquable est aujourd’hui révolu de longue date, il a été essentiel pour moi à bien des égards.

Je ne me rappelle plus du contexte qui m’avait amené là. Je pense y avoir été convié, je ne sais plus par quel concours de circonstances. Mais je n’oublierai jamais ton accueil à l’époque. Ni tous les gens bienveillants croisés. Parmi lesquels quelques magiciens des mots (Tryphon, Jose-Luis, JPK, Didier, François-Marie pour ne citer qu’eux) qui ont fait que, pour la première fois, j’ai sorti quelques textes de mes tiroirs pour les partager. Je me suis mis à croire en mes propres mots, ce qui n’était pas rien, tant cela m’avait été impensable jusque-là.

Toi et moi avons pas mal échangé à l’époque, virtuellement certes, mais il y avait déjà cette authentique bienveillance tant envers les tauliers du forum qu’envers les petits nouveaux. Et puis tout est allé vite, ensuite… J’ai rattrapé mon retard d’écoute en avalant en quelques mois toute ta discographie grâce à la générosité de Monika, je suis allé te voir à l’Européen sans oser franchir le pas de la rencontre (de mémoire, j’ai juste vu Dave traverser la foule en imperméable), j’ai enfin pu te voir « en vrai » à Bergerac autour d’un bon verre, tout ceci pendant que de nouveaux albums avaient à peine le temps de pointer le bout de leur nez que je me les procurais aussitôt.

En quelques années, tu es devenu un membre à part entière de mon entourage. De par ta sensibilité, tes mots, tes univers, tes thèmes de prédilection, de par ta capacité, aussi, à ne cesser de te bonifier en prenant de la bouteille, tu m’accompagnes presque quotidiennement désormais. A part toi, il n’y a qu’avec Alain Bashung, Leonard Cohen et, à un degré moindre puisque j'aime surtout sa production actuelle, Alain Chamfort, que je ressens cela.

On ne s’est pas recroisé depuis douze ans et j’ai encore raté une belle occasion de sceller nos retrouvailles en ne pouvant me rendre à Concèze. C’est dommage mais ce n’est pas bien grave. L’essentiel est probablement ailleurs. Et puis, si l’occasion ne se représente pas d’elle-même, il suffira de forcer le destin. En toute liberté.

Je m’aperçois que j’ai bien évidemment digressé alors que j’aurais sans nul doute du dégraisser. C’est un peu l’histoire de ma vie, cette incapacité à aller à l’essentiel. Mais oui, te souhaiter un bel anniversaire aujourd’hui, c’est avant tout te témoigner toute mon affection. Et c’est peu de dire qu’elle n’est pas feinte ! Très belle journée à toi !

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mercredi 26 septembre 2018

L'addiction Game Of Thrones





Je ne compte plus les personnes qui avaient tenté de me convertir à Game of Thrones et qui s'y étaient cassé les dents. Ne goûtant que très moyennement au genre héroïc-fantasy moyenâgeux, je n'étais guère enclin à suivre la quête sanglante de multiples familles dans le but de régner sur les Sept Royaumes. On m'avait dit pourtant que l'intérêt de la série était vraiment ailleurs, principalement dans les multiples complots qui émaillent l'intrigue (ou les intrigues serais-je tenté de dire, quand bien même l'ensemble se recoupe remarquablement au fur et à mesure de l'avancée des saisons). Mais je ne voulais rien entendre. Et puis, suivant déjà d'autres séries, je ne voulais pas me lancer à nouveau dans un visionnage au long cours (7 saisons, 67 épisodes, ultime saison 8 prévue courant 2019).





La visite en août de mon cousin Titof a été un catalyseur lorsque lui ou moi avons évoqué GOT. Il n'a fondamentalement rien dit de plus que les autres mais, cette fois, je me suis dit que j'allais en voir quelques épisodes, histoire de me rendre compte par moi-même, mon cousin m'ayant juste demandé de faire l'effort de voir la première saison dans son intégralité, afin de bien tout voir se mettre en place. Car il est vrai que GOT est un jeu d'échecs gigantesque avec beaucoup de pièces comme autant de familles, de camps, avec son lot de fourbes et de fins stratèges.




Mon cousin a quand même dit une chose de plus que tous ceux qui avaient essayé de m'embarquer dans ce long périple. Que la série n'hésitait pas à sacrifier des personnages principaux si besoin et que personne n'était véritablement à l'abri, constat globalement vrai, particulièrement lors des premières saisons. C'est un argument qui m'a plu car il n'y a rien de pire que ces séries tellement prévisibles qu'elles ne peuvent être un divertissement digne de ce nom. Et lorsque ces sacrifices se produisent, ils sont toujours bien amenés, avec un réel effet de surprise.




En déduisant les deux semaines de vacances où je me suis coupé de tout, il m'aura fallu un mois pour avaler les 67 épisodes avec une gourmandise non feinte. Petit tour d'horizon de ce que j'ai aimé, ou moins, lors de ce grand voyage dont le dénouement nous sera dévoilé dans le courant de l'année prochaine : 

-la qualité d'écriture exceptionnelle et d'une profonde intelligence. N'ayant pas lu les livres de George R. R. Martin (et ne projetant pas de m'y atteler), je ne peux pas dire si l'ensemble est fidèle ou non au matériau d'origine, mais quel régal que ces joutes verbales incessantes entre les divers protagonistes ! Les dialogues sont savoureux et ciselés à souhait. C'est extrêmement brillant et toutes les pièces de ce puzzle immense s’emboîtent à chaque fois parfaitement en temps utile ! Il y a tellement de séries où on se fait balader en ayant souvent plus que questions que de réponses, y compris à leur issue. Rien à craindre apparemment ici. Il faudrait vraiment que l'ultime saison à venir se plante dans les grandes largeurs pour que l'on n'ait pas de final en apothéose.

-la mise en scène grandiose. Que ce soit dans les moments d'intimité ou de fureur, la réalisation est toujours de très haute volée. Avec tout ce que cela comporte : cadrages, photographie, effets de lumière, direction d'acteurs, tout dans cette série respire l'exceptionnel. Et que dire des effets spéciaux, très impressionnants, surtout pour une série TV ! Les scènes de combat sont superbement orchestrées, quand bien même je n'en suis pas particulièrement friand, préférant les complots aux affrontements ouverts. Mais lorsqu'elles arrivent, c'est un déferlement de bruit et de fureur assez jouissif à suivre. Maîtrise totale, chapeau bas ! 



-la qualité des acteurs, premiers comme seconds rôles (quel plaisir de revoir Charles Nance, Diana Rigg ou Max Von Sydow ! ). La direction d'acteurs est telle que chaque performance est incroyable ! Et la série produit le tour de force d'accorder du temps à chaque personnage, quand bien même le rythme est globalement soutenu tout du long. On a ainsi tout le loisir d'aimer ou de haïr chaque protagoniste, voire de passer d'un état à l'autre tant certains sont sur le fil ténu d'une quête de rédemption alors que d'autres (je pense notamment à un personnage à la cruauté absolue) restent irrécupérables. Mais tous ont leurs forces et faiblesses qui font qu'on n'est jamais indifférent à leur destinée.

-la série ne s'interdit rien et montre ce qu'elle a à montrer, mais sans gratuité aucune. Que ce soit la violence, la nudité, l’âpreté des combats, GOT assume. Et en assumant, elle avance. Vu la frilosité et le puritanisme teinté d'hypocrisie de certaines chaînes, cette liberté fait du bien, tant elle est utilisée à bon escient.

-la cohérence et l'inventivité de l'ensemble : la série nous fait découvrir de multiples territoires et tout autant de sites qui brillent par leur démesure. Si le terreau initial de George R. R. Martin est probablement très foisonnant, encore fallait-il pouvoir rendre compte de cette démesure à l'écran. Et force est de reconnaître que chaque lieu, chaque plan est superbe d'architecture et d'inventivité ! Du grand art ! 





Alors rien à jeter dans GOT ? Ben oui, pas vraiment, surtout si, comme moi, on n'a jamais lu les livres et que l'on ne peut donc pas se risquer au jeu des comparaisons, avec les déceptions qui pourraient en découler. Tout juste m'arrive t-il de m'étonner quelque peu de voir quelques personnages encore présents alors qu'ils n'amènent plus grand chose à l'histoire. Je confesse aussi ne pas être très intéressé par l'aspect zombie des marcheurs blancs (aussi impressionnant visuellement soit-il) qui renvoie à un côté fantastique et purement guerrier qui me séduit moins mais qui a le très gros avantage de redistribuer les cartes au niveau des alliances. Les différentes familles doivent-elles continuer à s'affronter pour la conquête des Sept Royaumes ou au contraire faire bloc contre un ennemi commun ? Wait and see...

En tout cas, très belle surprise que cette incursion tardive dans les tourments de Game Of Thrones.

lundi 17 septembre 2018

Adieu ma belle Uschka...



Après une vie bien remplie à donner et recevoir tellement d'amour, mon amie Uschka (ou La Usche, c'est selon) a tiré sa révérence il y a quelques jours. Même si ce n'était pas ma chienne, je suis infiniment triste car, chaque fois que j'allais chez mon oncle et ma tante (ou que ceux-ci nous rendaient visite), revoir Uschka était toujours un réel bonheur. C'est probablement l'animal qui a, et de loin, le plus compté pour moi. Jamais je n'oublierai la fête qu'elle me faisait immanquablement dès que je franchissais la porte. Même sur la fin, sourde et aveugle, elle avait à cœur de témoigner son affection, envers et contre tout. Uschka, c'était un monstre de gentillesse et, rien que de me la représenter, j'en ai les larmes qui montent...


Uschka était très joueuse et espiègle et il lui fallait bien ça les jours où je faisais tout pour la rendre chèvre. Bon, faut dire qu'elle était bonne cliente et qu'elle le manifestait à grand renforts d'aboiements. Je la revois encore bien campée sur ses pattes arrières en grognant alors que je me tenais face à elle dans la même position, grognant tout autant qu'elle. Ils furent si nombreux, ces instants de franche complicité. Uschka, c'était une crème comme on n'en fait plus, un amour de chien.


La Usche, c'était aussi un ventre sur pattes. C'est qu'elle était gourmande, et pas qu'un peu ! Il valait mieux ne rien laisser traîner ! Avec le rituel de chaque repas : sa crème de gruyère qu'elle venait quémander, assise et patte tendue, à l'heure du fromage. Quand j'étais chez mon oncle, j'adorais cet instant où je lui tendais la friandise tant désirée.


Uschka, plus généralement, c'était aussi de gros moments de tendresse sur le canapé où elle s'endormait en se blottissant contre moi. C'était un compagnon de chaque instant, indispensable en toute occasion.


Aujourd'hui, Uschka, c'est avant tout un vide immense. Et plein de souvenirs à raviver pour profiter de toi encore et encore. L'amour entre les hommes et les bêtes n'a pas de frontière. Irremplaçable tu étais, irremplaçable tu resteras. S'il existe un paradis des chiens, nul doute que tu y as désormais une très belle place. Adieu, ma belle.
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lundi 23 juillet 2018

De Jessica Fletcher à... Gene Tierney



Quel lien peut-il bien exister entre la perspicace romancière Jessica Fletcher, impeccablement campée par Angela Lansbury dans la série Arabesque (Murder she vrote en VO), et la superbe actrice des années 40, dont j'ignorais jusqu'au nom, Gene Tierney ?


En fait, Arabesque, c'est mon petit plaisir coupable ! Je regardais beaucoup ado et, plus que les enquêtes parfois prévisibles dans leur dénouement, j'adorais voir défiler toutes les stars du petit écran de l'époque. A chaque début d'épisode, dès que s'affichait la mention "With, in alphabetic order" ou "Guest starring", j'étais sûr que des acteurs connus allaient pointer le bout de leur nez. Et ça ne manquait jamais ! Et puis, j'aimais surtout les épisodes se déroulant à Cabot Cove, ville fictive du Maine où résidait l"héroïne Jessica Fletcher. On y retrouvait le shérif, le docteur, la population locale, bref on avait ses repères, alors que d'autres épisodes, davantage en milieu urbain, ne présentaient pas le même intérêt ou, en tout cas, n'avaient pas le même charme. Bref, j'ai toujours bien aimé cette série, certes pas inoubliable mais distrayante, bien qu'elle ait pris un petit coup de vieux depuis les années 80 et 90.


Il se trouve qu'actuellement, une chaîne de la TNT rediffuse, dans un désordre pas possible mais bon, la série et qu'il m'arrive donc, de par ce plaisir coupable que j'évoquais plus haut, d'en regarder quelques épisodes, comme ça, comme un passant qui passerait et verrait de la lumière. 

Mais si je n'avais pas regardé Arabesque ce jour-là, sans doute ne me serais-je pas arrêté au seul nom d'Angela Lansbury en parcourant le programme télé du soir. L'actrice était annoncée comme faisant partie de la distribution d'un film policier au milieu d'autres pointures comme Elisabeth Taylor, Rock Hudson et Tony Curtis. En fait, il s'agissait d'une adaptation ciné d'un Miss Marple d'Agatha Christie, Le miroir se brisa. Dans le film, par un concours de circonstance, une femme parvient à se venger d'une admiratrice qui, bravant sa quarantaine, lui avait plusieurs années auparavant, transmis la rubéole alors qu'elle était enceinte.


Je n'ai que peu apprécié le film, long au possible, avec le coup de la rubéole qui tombe sans qu'on ait pu l'anticiper, faute du moindre indice pour amener la chose, à la fin du film. De plus, Angela Lansbury, alias Miss Marple, bien que créditée comme actrice principale au générique, n'a que de très rares scènes, sans doute pour mieux mettre en avant le duo Taylor / Hudson. Du coup, frustré par l'enquête que je juge expédiée, je me rend sur la page Wikipédia du film puis du livre pour en apprendre un peu plus. Et j'apprends qu'Agatha Christie s'est inspirée d'une histoire vraie, celle de l'actrice Gene Tierney qui avait contractée la rubéole durant l'une de ses grossesses et qui donna naissance à une enfant prématurée, sourde, aveugle et mentalement retardée.


C'est dans ces circonstances que j'ai donc découvert Gene Tierney, une actrice à la carrière écourtée , de par ses déboires privés, mais qui aura tourné avec les plus grands : Henry Fonda, Richard Widmark, Tyrone Power, pour ne citer qu'eux.

Gene Tierney, c'était aussi une femme superbe. J'avoue être instantanément tombé sous le charme. Ce qui n'aurait pas été possible sans Arabesque. Alors, merci qui ? Merci Jessica Fletcher ! 

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mardi 10 juillet 2018

"Don Rosa : I still get chills !" : Oui, mais...



Gros pavé de 300 pages doté d'une très belle qualité du papier, signé du journaliste allemand Alex Jakubowski et du photographe autrichien Lois Lammerhuber, cet ouvrage consacré à l'immense Don Rosa propose un voyage extraordinaire dans la vie de cet artiste hors-pair, par la découverte de sa superbe propriété dans le Kentucky dont chaque pièce est l'occasion d'en apprendre un peu plus sur ce personnage haut en couleurs.


Le titre, "I still get chills", qui pourrait se traduire par "J'en ai encore des frissons", est un clin d’œil à l'une des passions de Don Rosa, les piments, "chilies" en anglais. D'ailleurs on les trouve sur les rabats de la couverture souple (le pavé est bien rigide, lui).


Le titre est en anglais et, malheureusement, tout le reste aussi (double traduction anglo-allemande pour être précis). C'est là que je m'aperçois que l'anglais, c'est pas tout à fait comme le vélo : ça se perd quand on pratique moins. Et en ce moment, je pratique moins. Et il faudra vraiment que j'y remédie car les propos de Don Rosa ont l'air passionnant, du moins de ce que j'ai pu comprendre entre les lignes. Dommage qu'un aussi beau livre, sur un artiste majeur, n'ait pas eu l'honneur d'une traduction dans la langue de Molière.


L'originalité du livre est bien évidemment son angle d'attaque : en parcourant les immenses pièces de la maison, on retrace la vie de ce bonhomme jovial et excentrique, de sa naissance, qui nous éclaire sur l'histoire familiale, à l'artiste qu'il est devenu, en passant par ses passions, son âme de collectionneur, son goût pour les belles voitures, ses cultures de piments dont il n'est pas peu fier, son rapport à la nature etc. 


L'entreprise familiale


Don Rosa, très peu de temps après sa naissance, en 1951.


A noter que les photos sont extraordinaires. Toutes prises dans l'environnement immédiat de l'artiste, elles ont une charge émotionnelle forte. En ouvrant les portes de son chez-soi aux auteurs et en ayant une complicité évidente avec le photographe, Don Rosa laisse éclater la belle part d'enfant qui est en lui et nous touche immanquablement.


Ses premiers carnets de croquis et ses premières notes. En 1965, Don Rosa n'avait que 14 ans et avait déjà l'art de raconter des histoires.


Comme l'ouvrage le rappelle très justement, Don Rosa fait partie de ces artistes qui scénarisent autant qu'ils dessinent. Le besoin de raconter une histoire, encore, toujours.


J'en parlais plus haut : Don Rosa est passionné par les piments et les poivrons. Il les cultive, propose de multiples variétés, les cuisine, comme accompagnement par exemple de savoureuses grillades...


Don Rosa collectionne beaucoup de choses. Il a même une liste répertoriant ses recherches. Il peut passer de nombreuses années à chercher un ouvrage qui lui manque, comme ici un exemplaire d'Oncle Scrooge qu'il guettait depuis... 50 ans ! 



Cet éternel gamin possède une collection impressionnante des produits Walt-Disney en lien avec le monde de Picsou notamment, mais pas que. Et si on peut avoir l'impression que l'ensemble est un joyeux foutoir, c'est le contraire. Tout est pensé, aéré, rangé. Pour un formidable terrain de jeu au final.



De temps à autre, quelques merveilles ressortent des tiroirs. j'y reviendrai...



Don Rosa et l'un de ses vieux modèles de voiture, un peu à la démesure de l'homme, et à l'entretien quasi-maniaque. Don Rosa, définitivement un homme de passions, ce que l'ouvrage retranscrit remarquablement, superbes photos à l'appui.


Là, on ne rigole plus. Le piment, c'est sérieux. Chaque variété est répertoriée, préparée, emballée. Et il y a de quoi faire ! 



L'ultime partie du livre, intitulée Duck-Art, propose quelques œuvres du maître. Et c'est bien là que le bât blesse.


C'est la limite du parti pris des auteurs. De l'oeuvre de Don Rosa, il n'y a rien ou presque. Ce dernier chapitre est rachitique. C'est simple : à quelques illustrations près, tout ce qui se trouve dans le livre est sur mon blog. Quelques dessins, une couverture US agrémentée de sa version européenne, un crayonné suivi de la version encrée, et c'est à peu près tout. Aucune photo de l'artiste à l'oeuvre, aucune démonstration, rien concernant la technicité de l'artiste, bref le presque néant. C'est vraiment dommage. Donc attention, c'est bel et bien un ouvrage sur Don Rosa, l'homme, qui doit nous permettre d'appréhender l'artiste. Mais ce n'est en aucun cas un livre sur Don Rosa, le dessinateur. Certes, un photographe professionnel n'aurait eu aucun intérêt à juste compiler des œuvres par dizaines donc ce manque n'est qu'une demi-surprise. Mais quand même...


On apprend quand même que l'oeuvre ci-dessus est la fierté personnelle de l'artiste.



Comme je le disais plus haut, la couverture ci-dessus fut retenue pour le marché US. Pour le marché européen, Don Rosa respecta le souhait d'un environnement plus désertique. Les deux sont superbes ! 



Crayonné puis encrage. J'aurais tellement aimé en voir d'autres du même acabit ! 


Le mot de la fin pour Don Rosa. Avec l'hommage d'un maître envers un autre : l'immense Carl Barks, disparu en 2000, qui avait très largement dessiné Donald très peu de temps après qu'il fut créé (l'intégrale chez Glénat est superbe !) et qui avait surtout imaginé le personnage de Picsou.



Au final, je recommande quand même ce livre, magnifique et de très grande qualité, à condition de le prendre pour ce qu'il est : la découverte d'un homme. De l'artiste, on n'apprendra rien ou presque, quand bien même Don Rosa l'artiste est évidemment nourri par tout ce qui compose l'univers de Don Rosa l'homme (ou l'enfant, c'est selon). De même, et encore plus du fait de ne pas avoir grand chose à se mettre sous la dent niveau œuvres de l'artiste, il est recommandé de bien maîtriser l'anglais, ou l'allemand, pour profiter au mieux de son enthousiasme sur ses passions et son histoire. Je m'en vais  d'ailleurs de ce pas ressortir mon Harrap's de dix tonnes.


En tout cas, si vous prenez "Don Rosa : I still get chills" pour ce qu'il est, vous allez passer un bien agréable moment avec une personnalité forte, parfois excentrique, mais toujours affable et attachante.

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