lundi 24 avril 2017

La découverte Franck Biancarelli




J’avais clairement annoncé la couleur : je n’irais pas cette année au festival BD de Gruissan. D’une part, parce que l’ami François Roussel n’y vient plus, faute d’éditeur, alors que la perspective de le revoir chaque printemps accompagné de sa charmante épouse justifiait à elle-seule que je m’y rende (la perspective, hein, pas sa femme, je ne veux pas d’ennui, moi). D’autre part parce qu’à moins de pouvoir recroiser un jour André Chéret, le papa de Rahan, je n’avais pas prévu de me laisser tenter par des achats impulsifs. Et comme les séances de ciné gratuites sont désormais payantes, alors que c’était une vraie originalité populaire de la manifestation, j’avais de surcroît décidé de les boycotter…

Mais comme je n’avais rien de prévu ce dimanche et que je me suis rappelé qu’il y avait des stands de BD d’occasion, je me suis quand même décidé à aller faire un petit tour. Bien m’en a finalement pris. En arrivant au Palais des Congrès, je parcours la liste des auteurs présents et un nom fait immédiatement « tilt » : Franck Biancarelli. Je me souviens alors que Philippe Cordier, spécialiste es encrage, en avait maintes fois parlé sur son (excellent) blog et m’en avait conseillé la lecture. L’occasion est trop belle de faire connaissance. J’achète Grand Est et Le Circuit Mandelberg, hop, on verra bien ce que ça vaut, faut parfois pas trop réfléchir pour découvrir des œuvres, d’autant que je ne suis pas réfractaire au dessin, critère essentiel de mes choix d’achat. J’ai de la chance : Franck Biancarelli est immédiatement disponible et on commence à discuter. Comme je ne sais pas trop comment engager la conversation, ma timidité naturelle n’aidant pas, et que je ne connais absolument aucune œuvre du dessinateur, je parle d’entrée de Philippe Cordier (merci Phil ! ) et rapidement nous embrayons sur l’univers Marvel (Romita Sr et Jr, le génie constant du père, les errements du fils, Spidey, la paternité de la Chatte Noire, les IDW Artist Edition, The Essentials en N&B que je ne connais pas et sur lesquels je vais me renseigner).


Franck me parle également plus spécifiquement de son travail sur Le Circuit Mandelberg lorsque je lui avoue avoir beaucoup hésité à me laisser tenter, l’immortalité n’étant a priori pas un de mes thèmes de prédilection. Franck m’explique pourquoi le scénario de Denis Robert l’a séduit : parce que même ancré dans un futur proche teinté de SF, il est continuellement plausible. Et c’est vrai que l’histoire s’appuie sur des faits scientifiques et biologiques avérés et extrêmement documentés. J’ai tout aimé dans Le Circuit Mandelberg, l’histoire donc, le dessin, le découpage, le chapitrage très pertinent et riche d’enseignements. Et puis, parce que je ne veux pas trop en dévoiler, je tiens néanmoins à préciser qu’il n’est point question d’immortalité au sens où on l’entend généralement, mais de sauvegarder puis de transmettre la mémoire de toute une vie à l’heure de sa mort. Bref, j’ai passé un excellent moment de lecture et je n’ai pas cessé de penser à mon prof de biologie de bout en bout, sans doute parce que nous avons potassé le cerveau et ses méandres cette année. Je vais peut-être bien lui en offrir un exemplaire.

Toujours est-il que j’ai beaucoup apprécié ces quelques mots partagés avec Franck Biancarelli et j’espère que ces premiers échanges en amèneront d’autres maintenant que je sais qu’il est de surcroît un relatif habitué du festival.

Une fois rentré chez moi, après avoir dévoré Le Circuit Mandelberg et une autre BD en deux tomes sur laquelle je reviendrai dans un prochain billet, j’ai lu jusque tard dans la nuit, Grand Est des mêmes auteurs (Robert au scénario, Biancarelli au dessin). Cent-cinquante pages englouties en 1h30. Je n’ai pas pu décrocher alors que, pourtant, les premières pages m’avaient laissé une impression mitigée. Il faut dire que, vraisemblablement, j’avais du en attendre tout autre chose : une couverture sombre, une accroche de 4e de couv dramatique et le mot mafia relevé en feuilletant la BD sur le stand. Bref, je me pensais embarqué dans un polar et… pas du tout ! Du coup, je me demandais quand l’histoire allait enfin s’emballer alors qu’il y avait juste erreur sur la nature de la marchandise.


Une fois mes neurones remis sur leurs rails, j’ai apprécié ce captivant road-movie pour ce qu’il était. Un récit autobiographique avec comme toile de fond le chômage et les désormais laissés pour compte d’une ancienne région riche de l’exploitation minière. Une population lorraine abîmée mais fière de son histoire tortueuse et de ses origines. Un père qui a à cœur de transmettre à son fils Woody les choses qui ont fait de lui l’homme qu’il est désormais, avec ses forces et ses fêlures. Des rencontres toutes aussi passionnantes et pétries d’humanité les unes que les autres tout au long du trajet. Un tour d’horizon exhaustif et riche d’enseignement sur l’évolution du  contexte social et politique. Seul léger bémol tout personnel : les toutes dernières pages sont vraiment trop chargées en texte, donnant alors à la fin de l’ouvrage un aspect documentaire en mode avance rapide. Mais hormis cette toute petite réserve forcément subjective, j’ai vraiment eu un coup de cœur pour l’histoire vue de l’intérieur, d’une région que l’on prend plaisir à découvrir alors qu'elle reste souvent méconnue ou réduite à la seule expression de sa déchéance industrielle. L'amour de l'auteur pour ses racines transpire à chaque page. Rien n'est simple mais il n'est pas dit que l'herbe soit bien plus verte ailleurs.


Le dessin de Franck Biancarelli sert idéalement le propos de Denis Robert. Le travail de mise en scène et les couleurs installe une atmosphère intimiste propice au déroulé de l’histoire. Je ne connais pas suffisamment son œuvre par ailleurs mais je me suis surpris à penser que Franck devait être un artiste caméléon car son rendu graphique est vraiment différent entre Grand Est et Le Circuit Mandelberg. Il est des artistes dont le style est immédiatement identifiable, je ne pense pas que ce soit le cas avec Franck Biancarelli, je ne sais pas si c’est lui faire un compliment que de lui dire cela mais, pour moi, c’en est un. Grand Est et Le Circuit Mandelberg sont des œuvres diamétralement différentes et pourtant signées des mêmes Robert et Biancarelli. Sans leurs noms sur les couvertures, je ne pense pas que, hors contexte du festival, j’aurais fait le rapprochement.

Pour finir, je me pose quand même deux questions sur le Circuit Mandelberg. Si Franck Biancarelli passe par ici, je veux bien qu’il confirme (ou non) mes interrogations :

-L’infirmière, p 103, clin d’œil à Mary-Jane Watson ?

-P 110, lorsque Steve s’échappe en franchissant athlétiquement la grille, ce ne serait pas un hommage à peine déguisé au DD de Mazzucchelli ?

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