vendredi 31 juillet 2015

Marathon man




Qu'elle me coûte en énergie ma course à l'entreprise susceptible de me financer par le biais de l'alternance un BTS Economie sociale familiale ! C'est vraiment d'énergie dont il s'agit car je ne compte plus les kilomètres à pied parcourus depuis que je me suis fixé ce projet comme objectif. Depuis plusieurs semaines, je suis au taquet et écume inlassablement toutes les structures susceptibles d'être intéressées. Et comme je ne supporterais de monter / descendre de ma voiture à chaque étape, je quadrille divers secteurs à la seule force de mes petites jambes, hormis pour les sites les plus isolés. En ce moment, l'engagement physique est supportable mais à plusieurs reprises, en plein cagnard lors de la canicule, j'ai été un peu à la limite de la rupture, marchant parfois six heures durant avec pour seule coupure la pause déjeuner. C'est vrai que lorsque je fais ce type de prospection, je blinde mes journées et qu'elles n'ont donc rien de reposantes. Heureusement que sous mon bide, il y a de bons mollets ! 

Je dois en être à une quarantaine de structures visitées minimum. Beaucoup de refus. Peu de retours sur investissement pour le moment. Soit les établissements ne sont pas intéressés, soit ils ne prennent pas en alternance, soit ils n'ont pas les reins assez solides pour embaucher, soit ils privilégient les stages gratuits aux contrats pro payants.

Si pour l'instant, l'absence de réel résultat est assez frustrante, je dois avouer que j'ai été très majoritairement vraiment bien reçu. Des gens souriants, à l'écoute, disponibles, sensibles à la démarche à défaut de pouvoir y donner suite. Des rencontres qui font du mal quand elles se soldent par un échec mais qui font aussi du bien humainement parlant. Des personnes que je serai peut-être amené à croiser de nouveau dans le futur si ma prospection reste vaine, auquel cas je devrai alors me rabattre sur des périodes de stages. Le fait de m'être présenté aujourd'hui fera alors peut-être la différence demain.

J'ai un peu aussi l'impression de me découvrir. Moi, le littéraire qui ne postulait quasiment que par courriels ou lettres, j'ai enfin fini par comprendre que rien ne vaut le vrai contact. Il n'y a plus de façade. Juste moi et l'autre. Sans filet, il m'appartient désormais de me vendre correctement ou pas. Bien évidemment, comme je l'ai expliqué plus haut, il y a d'autres facteurs que le simple fait d'être convaincant mais le plus important est que je n'ai plus peur. Si le succès n'est finalement pas au bout du chemin, j'aurai au moins intégré ça. Je n'ai plus peur. Même, je prendrais presque du plaisir, si mes démarches actuelles n'avaient pas cette dimension d'urgence. 

Car oui, je joue la montre. Si je ne trouve pas la structure (synonyme de formation financée et statut de salarié), je vais devoir prendre à ma charge le BTS sur deux ans (synonyme de "je paye tout et je ne gagne rien") car il n'est pas question que je renonce à mon projet. Il y a une seule réalité : pour ce que je veux faire, mon bagage actuel est insuffisant. Donc soit je force mon destin, soit je végète. J'ai clairement opté pour la première option.

Niveau prospection, la messe n'est pas dite pour autant. Je continue mes démarches même si, évidemment, les adresses potentiellement intéressées se raréfient au fur et à mesure de mon marathon. Mais quelques structures pourraient créer la surprise. Une en particulier n'a pas totalement refermé la porte, bien qu'un BTS ESF ne soit pas a priori leur priorité immédiate. J'espère qu'en cas de ballottage, le fait que je me sois présenté et que j'aie avancé mes arguments jouera en ma faveur.

Cela dit, ce soir, le marathon man est bien fatigué. Il espère que la ligne d'arrivée est proche et que la récompense sera à la hauteur des efforts consentis. Sinon il devra se contenter du simple fait d'avoir participé à défaut de gagner. Mais il en a encore un peu sous le pied. Gare aux dernières centaines de mètres.

Dustin Hoffman peut vraiment aller se rhabiller...

.

dimanche 26 juillet 2015

Nigel Richards, E.T. du Scrabble



Depuis plusieurs jours, on ne parle que de ce Néo-zélandais qui, sans parler un mot de français, a remporté le prestigieux Championnat de Scrabble francophone. Comme on pouvait s'y attendre, aucun des tournois anglophones ne lui a par ailleurs échappé.

Cette suprématie absolue, qui épate bon nombre d'observateurs, aurait plutôt tendance à m'agacer. Surtout dans ce cas précis où il s'impose sans même parler la langue. Alors oui, c'est génial, le gars a assimilé en quelques semaines l'intégralité du Dictionnaire du Scrabble et c'est probablement un vrai tour de force. Mais où est l'essence même du jeu ? Quid du jeu de lettres, Richards en a fait un sport de matheux, certes épatant d'un point de vue de la mémoire et de l'esprit, mais diablement frustrant pour le passionné de Scrabble que je suis. Je n'envie absolument ce type d'être une sorte de machine, de calculatrice vivante, qui enquille les parties à la recherche de toutes les combinaisons possibles pour arriver au meilleur score.

Certains me rétorqueront que c'est quand même le but du jeu : trouver le mot qui rapporte le plus avant même celui qui serait le plus long. Que des points attribués à des lettres rappellent à tout moment que le Scrabble est aussi (surtout ?) un jeu de calcul(s). C'est vrai. Mais personnellement, je ressens toujours le Scrabble comme un jeu de lettres avec le plaisir de remuer les jetons, d'apprendre de nouveaux mots, de réviser ma conjugaison, de faire une gymnastique littéraire avant tout de l'esprit. Bien-sûr, lorsque j'ai trouvé mon mot, je cherche toujours un placement judicieux de même que j'essaie de rentabiliser au maximum les grosses lettres estampillées 10 points. Mais que je serais malheureux si j'avais l'impression de ne jouer que d'une façon mécanique, un peu sans âme. Je pense que le Scrabble perdrait toute son essence si je ne devais l'appréhender que dans ce sens.

Après, je ne suis pas dans la tête de ce gars. Il est probablement très heureux d'enchaîner les victoires et les records et d'avoir l'impression de repousser à chaque fois un peu plus ses limites. Peut-être qu'il le fait aussi pour plein d'autres raisons. C'est vrai aussi que je n'ai pas du tout l'esprit de compétition bien que je n'aime pas perdre et que le simple fait de disputer ce genre de tournois relevés me stresserait. Mais j'aime bien me sentir perfectible et me dire que j'ai encore une marge de manœuvre qui me permet simplement de progresser et de me sentir humain. Me dire que Richards doit probablement jouer à chaque fois le meilleur coup possible m'effraie un peu.

Cela dit, ce type et sa pluie de records et de trophées ne m'empêchent pas de vivre, ni même de continuer à jouer. Mais cette dimension profondément mathématique du Scrabble qu'il met en évidence me perturbe car ce n'est vraiment pas comme ça que j'ai envie de considérer le jeu qui est celui que je pratique le plus depuis l'adolescence.

Il ne pourrait pas plutôt jouer au Mille Bornes ?

.

vendredi 17 juillet 2015

Michel Heuillet, journaliste majuscule


© la Dépêche du Midi

La journée avait pourtant bien commencé. J'étais sur Villefranche pour des démarches professionnelles dirons-nous et, après les avoir faites sous un soleil de plomb, je venais de laisser glisser dans le gosier deux bières apéritives bien fraîches lorsque, peu avant midi, je me suis dit : "Tiens, et si j'allais rendre visite à mon ancien rédac chef Michel Heuillet".

Il faut savoir que Michel Heuillet a été le premier à me permettre de mettre en lumière mes velléités d'écriture et de journalisme. Jusque là, je rédigeais juste quelques écrits épars, forcément anonymes, que je montrais à une poignée d'amis bon public. Et qui n'avaient rien de journalistiques de surcroît.

Michel, que je n'ai sans doute jamais appelé par son prénom jusque là, m'aura donc permis de faire mes gammes en me confiant la page locale du secteur où je résidais alors. De simples piges diront certains mais qui constituent une excellente école. Mes papiers étaient forcément de qualité inégale mais s'il y a un truc que j'ai appris, c'est qu'il n'y a pas de petite info. Même une bonne photo légende pouvait avoir du cachet et trouver son public. de plus, comme mon statut de pigiste ne me permettait pas d'être réellement sous contrat, Michel s'arrangeait toujours pour me donner des petits à-côté supplémentaires. Comme ces pubs rédactionnelles, orientées selon les envies de l'entreprise payante tout en respectant le style et le ton du journaliste choisi pour l'occasion. De mémoire, j'ai du en faire deux, peut-être trois, mais ce travail m'avait marqué tant il était enrichissant. Et puis une double page avec son nom au bout, même si je n'ai rien d'un narcissique, ça faisait quand même plaisir.

Ma collaboration avec Michel Heuillet aurait pu s'interrompre net lorsque Nath et moi avons quitté l'Aveyron pour la Dordogne mais il a tenu à la prolonger en me confiant les pages de Souillac et de Gourdon de La Semaine du Lot dont il avait aussi la responsabilité. Plus de pages, plus d'articles, un peu plus de bouteille aussi, quelques sujets polémiques, la couverture d'élections locales. Et puis, toujours, les petits riens de la vie de tous les jours. La mise en lumière de ceux qui font notre tissu local. J'essayais de m'appliquer, j'avais à coeur de rendre une copie aussi propre que possible. Relire l'article, le corriger, légender les photos, rédiger le chapeau, trouver un titre (dont j'étais en général satisfait, souvent à tort)

Et puis, un peu la mort dans l'âme, j'ai du renoncer. La presse écrite évoluait. Il fallait toujours plus d'infos dans toujours moins de place. Il fallait faire court, aller à l'essentiel. Moins de sujets de fond, plus de brèves. Pour moi qui mettais toujours un point d'honneur à me déplacer sur chaque manifestation, parfois pendant plusieurs heures, qui voulais vraiment aller au fond des choses, je ressentais désormais une frustration de ne plus pouvoir faire mon travail tel que je le concevais. Et en même temps, je comprenais bien que les impératifs avaient changé en même temps que la société davantage axée sur l'image et l'info immédiate.

Enfin bref, je suis parti. Mais je n'ai jamais oublié Michel Heuillet, cet immense monsieur qui m'avait permis de réellement démarrer. Je pensais souvent à lui, à ce qu'il devenait, à comment aurait été mon avenir si au lieu d'être simple pigiste j'avais possédé ma carte de presse. Peut-être aurions-nous fait un autre bout de route ensemble...

Ce vendredi, un peu avant midi donc, je suis retourné au lieu de mes premières armes. J'ai demandé à la secrétaire si Monsieur Heuillet était là, que j'étais un ancien correspondant de presse, que je passais dans le coin et que j'aurais plaisir à lui parler quelques minutes. Que...

Michel Heuillet est décédé en tout début d'année d'une maladie foudroyante. J'ai encaissé l'information comme j'ai pu, réellement sonné et tellement triste. Je suis ressorti du journal les larmes aux yeux. J'espère juste qu'il a pris plaisir à me côtoyer comme j'ai pris plaisir à être de son groupe de collaborateurs. J'espère ne jamais l'avoir déçu tant par mon travail parfois inégal que lorsque j'ai du me résoudre à abréger l'aventure pour des motifs qui me semblaient alors cohérents.

Humainement et professionnellement, c'est quelqu'un qui va profondément me manquer. Ce n'est pas rien de démarrer quelque chose avec quelqu'un et de se sentir un peu orphelin. Bon vent Michel Heuillet et plein de mercis !

PS : Pour celles et ceux qui souhaiteraient en savoir un peu plus sur le parcours journalistique de Michel Heuillet, ce que je n'ai pas à coeur à faire ici et aujourd'hui malgré le titre de mon billet, je vous renvoie à cet article rédigé par un de ses collaborateurs au sein de La Dépêche.