lundi 28 septembre 2015

La bulle flétrie (2)



Les fidèles parmi les fidèles se souviennent peut-être de ce billet que j'avais écrit il y a deux ans sur, déjà, la bulle plus ou moins flétrie qui existe probablement en chacun de nous et qui est souvent bien mise à mal par toutes les agressions extérieures.

Comme chacun sait maintenant, j'ai repris des études. Je ne fréquente que des gamines d'une vingtaine d'années et on pourrait légitimement penser que je prends un coup de jeune par la même occasion. Je précise que le terme gamines employé ici n'a pas de connotation péjorative d'autant que la plupart sont bienveillantes et respectueuses à mon égard. Comme partout, il y a plus d'affinités avec certaines que d'autres et c'est très bien ainsi.

Par contre, pour ce qui est du coup de jeune, vous repasserez. A vrai dire, je ne me suis jamais senti aussi vieux. Je n'ai jamais eu à ce point l'impression de faire mon âge. Alors que jusqu'à présent, je me sentais jeune dans ma tête, avec ma petite bulle préservée, et que je fréquentais d'ailleurs des gens de tout âge sans me poser de questions, ma nouvelle vie semble avoir rompu cet équilibre.

C'est assez dur à expliquer et je ne suis pas certain de trouver les mots qu'il faut pour le faire. D'autant que paradoxalement je me trouve plutôt bien intégré humainement. Mais les limites d'une telle cohabitation apparaissent comme une évidence dès lors que l'on doit travailler en groupe. Face à de jeunes femmes pressées, toujours convaincues d'avoir les bons arguments en 5 secondes chrono et qui ne se donnent pas le temps de la réflexion, ou qui sont sans cesse distraites (pas d'envie, besoin d'envoyer un SMS, de prendre des selfies ou de consulter les mails), j'avoue qu'une certaine lassitude s'installe. Comme ce n'est que le début et que j'en ai pour deux voire trois ans, je reconnais que j'angoisse un peu. Et en même temps, je n'ai pas envie d'essayer de les convaincre ou de me battre pour imposer ma vision des choses. Parce que je dois absolument maintenir cette cohésion de groupe, aussi trompeuse fut-elle, pour ne pas risquer de me retrouver isolé. Il y a un calcul savant à faire car il est hors de question pour moi de paraître moralisateur. D'autant que comme dans tout groupe apparemment structuré, il y a une ou deux brebis galeuses, comme celles qui ont sabordé mon intervention orale de vendredi dernier. Heureusement, comme je ne tends pas l'autre joue après avoir pris une gifle, je serai désormais vigilant et choisirai mieux mes partenaires de jeu. Mais là-encore, ce sont des petites contrariétés dont je me serais aisément passé. Ce sont des moments isolés et rares finalement mais qui n'aident pas à la sérénité. 

Je pensais que ma bulle allait reverdir, elle se flétrie un peu plus. Pourtant, je ne ménage pas mes efforts pour l'entretenir, conscient que les choses ne se passent pas exactement comme escompté. Je n'ai jamais été aussi boulimique de BD, aussi nostalgique, aussi désireux de combler mes journées comme lors du we dernier où je n'ai pas eu une seconde de libre. Aussi désireux de vivre.

Et en même temps, précisément pour les raisons exposées plus haut, je n'ai peut-être jamais été aussi content de faire mon âge. J'apprécie mes camarades, je ne sous-estime ni ne méprise en aucune façon ce qu'elles sont mais je ne les envie pas. Finalement, si j'étais simplement bien à la place qui est la mienne ? Celle d'un quadra qui se cherche encore un peu mais qui n'est pas si mal que ça.

Je suis quand même bien content et nostalgique de mes années fac, celles des rapports vrais loin du tout connecté. Tout n'a pas été rose mais j'ai adoré ces années. Evidemment, si j'étais étudiant aujourd'hui, je ne pourrais regretter ce que je n'ai pas connu. 

Comme d'habitude avec ce type de billet, je ne sais pas conclure. Ça tombe bien, il est hautement probable que ma bulle flétrie refasse son apparition par ici de temps à autre. Pas besoin de point final donc.

Ma conclusion est quand même bien pourrie mais je préfère parler de pirouette moyennement maîtrisée. 
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dimanche 27 septembre 2015

Collonges la Rouge



Week-end très chargé mais alors quel week-end ! Samedi matin, emplettes à Brive (quelques BD pour moi, le croirez-vous, et quelques fringues pour Nath), restau au toujours impeccable Grain de Sel, visite de Collonges la Rouge (l'intégralité des photos présentes dans ce billet), kebab et thé à la menthe chez mon pote Kamel à Souillac, concert guitares dans un registre plutôt classique à l'abbatiale de la ville. Dimanche, sur le pont de bonne heure pour une "transhumance" de 9 km de Saint-André d'Allas à Sarlat dès 8h. De nombreux randonneurs dont Nath et votre fidèle serviteur en compagnie d'un troupeau de brebis pour une belle balade sous le soleil de Dordogne (mais pas de photos pour le moment pour cause de piles HS). Superbe organisation (quel petit-déj de la part de la municipalité !). A midi, le hasard total fait qu'on se retrouve chez de récents amis pour un barbecue hyper convivial. Notre venue est quasiment improvisée mais quel bel après-midi ! Bref, on est crevé ce soir mais des fatigues comme ça, j'en veux tous les jours ! Et pour finir avant de vous laisser avec Collonges la Rouge, petite dédicace spéciale pour un artiste-peintre, monsieur René Boutang avec lequel il m'a été si agréable d'échanger ce samedi après-midi au milieu de centaines de toiles et de croquis dans sa boutique atelier. Si vous avez vous aussi l'occasion de visiter Collonges la Rouge, ne vous privez pas de cette opportunité de faire une belle rencontre, l'homme est véritablement chaleureux et passionnant. Allez, c'est fini pour les mots, restent les photos. Bonne visite non guidée ! 






















dimanche 13 septembre 2015

Vingt ans après, c'est la rentrée !




L'âge n'y change rien. La rentrée, ça reste quand même quelque chose de particulier. D'ailleurs, la nuit précédente, j'avais très mal dormi. Même si je m'en défendais, le stress était quand même bel et bien là. On ne se refait pas.

Toujours est-il que lundi dernier, j'étais bel et bien sur les bancs de l'école, ou plutôt du centre de formation, pour démarrer mon BTS Economie Sociale Familiale. Evidemment, je suis le plus âgé de ma promo du haut de mes 43 ans. Evidemment, il n'y a que des filles, ce n'est pas faute pourtant d'avoir espéré jusqu'au bout qu'une présence masculine veuille bien pointer le bout de son nez. Cela dit, je ne me plains pas, elles sont toutes très sympathiques et bienveillantes. 95 % d'entre elles pourraient être mes filles mais sinon, ça va. Bref, il y a une bonne cohésion de groupe et c'est vraiment cool.

Le plus dur, finalement, a été pour moi de se réadapter aux cours proprement dits. Pas de problème concernant la prise de notes,  mes quelques années passées en tant que correspondant de presse me permettant d'écrire rapidement, même si ce n'est lisible que pour moi. Pas davantage de difficultés au niveau compréhension, Ça coule de source pour le moment, même s'il faudra veiller à bien assimiler toutes les notions sur la durée. En fait, il me faut surtout me réhabituer à des journées de cours de 7 heures et surtout à de longues sessions de 3h30 par matière. Les premiers jours, j'avais parfois du mal à me concentrer avec quelques moments de fatigue certes passagers mais frustrants. Et comme les nuits n'étaient pas forcément très reposantes, vu que je me réveillais systématiquement vers 5h du matin, j'avais tendance à avoir un gros coup de barre assez tôt dans la matinée. Mais bon, je ne m'inquiète pas, je suis en train de prendre le rythme et le temps d'adaptation ne devrait plus être très long désormais.

Concernant les cours justement, les matières sont globalement intéressantes même si surprenantes de prime abord. Mais quand on a bien assimilé leur finalité alors la question de leur pertinence ne se pose plus. Après, comme partout, on a forcément des préférences, que ce soit dans les matières, les professeurs ou la méthode d'enseignement. Sur ce dernier point, j'ai un petit faible pour celle qui consiste à échanger en groupe avant la prise de notes.

Comme je suis sur de l'alternance, les sessions en entreprise se profilent. Je compte mettre à profit la semaine qui vient pour accélérer mes recherches de stages. Il faut dire que mon incapacité à trouver un employeur "dans les temps" pendant de longues semaines m'a quelque peu démotivé. La perspective de travailler sans rémunération n'aide pas. Du coup, je veux vraiment être pertinent dans mon choix de lieu de stage afin de faire une période en entreprise aussi pleine que possible à défaut de mieux pour l'instant.

En attendant, le week-end avec ma chère et tendre Nathalie fait vraiment du bien. La séparation en semaine n'est pas forcément évidente, surtout pour elle qui se retrouve seule, mais c'est le prix à payer pour des lendemains qui chantent. Bien-sûr, ce week-end a été amputé de la huitaine d'heures qui m'a été nécessaire pour mettre mes cours au propre mais sinon, les retrouvailles ont vraiment fait du bien et le temps pourri n'y a rien changé.

Bon, je vous laisse, j'ai mon cartable à préparer pour la semaine qui s'annonce. Belle semaine à tous ! 

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vendredi 4 septembre 2015

François Feldman, la nostalgie qui fait du bien


François Feldman était de passage à Narbonne le jeudi 27 août dernier. Il n'était pas venu seul, accompagné de plusieurs chanteurs de la troupe des années 80, sa complice Joniece Jamison, Lio, Emile & Images, Julie Piétri et j'en passe... L'occasion pour moi de consacrer enfin un billet à un chanteur qui aura bien marqué les années 80 et 90 et que j'écoutais vraiment en boucle à l'époque. Vu que mes potes écoutaient surtout de la musique anglo-saxonne (Cure, Portishead, Nirvana et j'en passe...), je passais un peu pour un ringard avec mes tendances Top 50 mais j'assumais pleinement. Jusqu'à ce que je découvre le Bashung de la grande époque, celui de l'album Osez Joséphine et de tous les suivants... Entre-temps, Feldman disparut peu à peu des radars même s'il ne cessa jamais véritablement de travailler ou de se produire. Dommage... Alors, dans l'attente d'un hypothétique prochain album (le dernier date de 2004 !), retour sur une carrière, certes  en dents de scie, mais réellement marquante dans le paysage de la variété française.


Je n’avais encore jamais vraiment rencontré François Feldman, excepté de très très loin, en 1991, dans les gradins du palais omnisports de Paris-Bercy, alors que je m’étais retrouvé placé loin de la scène bien qu’ayant payé plein pot à l’époque. Cette année-là, François est au top de sa carrière et enquille depuis 1987 les tubes à un rythme effréné : Joue pas, les Valses de Vienne, Petit Franck, le Mal de toi, C’est toi qui m’as fait, Slave, J’ai peur, Le Serpent qui danse… On ne le sait pas encore mais son prochain tube, Joy, plus grand succès commercial de sa carrière en single, sera aussi le dernier.


Pour ma part, je suis fan depuis ses débuts et Rien que pour toi, premier vrai succès d’estime en 86. Bon, si on veut vraiment chipoter, on précisera que les vrais débuts de Feldman eurent lieu quelques années auparavant au sein du groupe Yellowhand (avec le tube You want every night, inconnu chez nous et franchement dispensable, mais qui se classa à une 5e ou 4e place aux USA), groupe dont il était le leader, puis il a ensuite enchaîné quelques titres en solo de manière plutôt confidentielle, curiosités que l’on peut néanmoins (re)découvrir grâce à une compilation « MasterSéries » du chanteur.


François Feldman jouit donc déjà d’une belle petite notoriété lorsque sa renommée explose avec son 2e album Une Présence. Les tubes Joue pas (incompréhensible second du Top 50 alors qu’il est numéro 1 dans tous les hits-parade de l’été 89), Les Valses de Vienne (n°1), Petit Franck (n°1), C’est toi qui m’as fait… dynamitent un album qui s’écoulera à plus d’un million d’exemplaires (disque de diamant). De plus, le succès de cet opus relancera les ventes du premier album Vivre, Vivre (contenant surtout Slave et Le mal de toi, tubes noyés dans, il faut bien l’avouer, des compositions indignes du talent de Feldman).


Feldman prend alors le risque de lasser en sortant peu de temps après son 3e album, Magic’Boul’vard, prémices à une tournée triomphale dont le point d’orgue sera donc plusieurs dates à Paris-Bercy. L’album se vendra bien mais moins que le précédent. Les CD 2 titres issus marqueront un peu moins les esprits aussi, excepté Joy dans une version différente de celle de l’album. C’est le carton plein (8 semaines en tête du Top 50) et j’avoue que le fan que j’étais n’a jamais trop compris le tel engouement pour ce titre.


Cette année-là, je suis donc à Bercy. La condition sine qua non pour que j’assiste au concert (enfin, pour que mon oncle accepte de m’y déposer puis de revenir m’y chercher) est d’obtenir mon bac. C’est passé juste, j’ai même joué les prolongations, mais j’ai pu valider mon billet. Le concert en lui-même a été un mélange de frustrations et de beaux moments de bonheur. Frustrations parce que je me suis retrouvé plus mal placé qu’espéré, parce que le décor immense empêchait les écrans géants de descendre, parce que, finalement, Bercy n’est guère adapté aux chansons intimistes du chanteur. Parce que, enfin, je n’ai pas été loin de me faire agresser à la sortie. Beaux moments parce que Feldman, c’est Feldman et que ce Bercy était attendu depuis des années ! Parce qu’à l’époque je possédais tous les albums et tous les 45T / CD 2 titres de l’artiste, sans oublier les versions spéciales, et que le voir sur scène était un passage obligé. Parce que Feldman faisait à l’époque assez peu de scène et qu’il valait mieux ne pas rater le coche. Parce qu’enfin son producteur avait mis les petits plats dans les grands en terme d’effets scéniques et de décors et que l’on était quand même en présence d’un grand show pensé pour ne pas décevoir après une si longue attente.


Les mois passent et la « Feldman-mania » retombe. Il faut dire que si son capital sympathie est indéniable lors de ses nombreux passages TV (notamment chez Foucault), sa personnalité n’entraîne pas le même engouement qu’un Bruel ou un Rock Voisine qui sont les autres stars du moment. Les rares interviews en radio sont souvent pénibles, Feldman n’est pas à l’aise, souvent sur la défensive, ne connaissant pas vraiment le second degré. Je me souviens notamment d’une interview sur NRJ (qui n’est pas une référence de qualité selon moi, mais enfin, quand on passe sur cette radio, c’est le jackpot assuré en terme d’exposition médiatique) où l’animateur ne savait plus trop comment s’en sortir tellement l’ambiance était pesante. Timing étonnant : Feldman cessa d’être diffusé sur les ondes d’NRJ du jour au lendemain. Même son ultime tube, Joy, fut diffusé en catimini, NRJ n’osant pas se couper complètement des auditeurs fans du chanteur, mais ce fut vraiment le service minimum.


Les albums suivants du chanteur furent tous confidentiels : Indigo (sorti trop rapidement après Magic Boul’vard) manquait clairement de finition, même pour le fidèle parmi les fidèles que j’étais. A contre jour était un album intéressant de mon point de vue mais pas très sincère artistiquement, Feldman se coupant ainsi de ses admirateurs habituels pour tenter de rajeunir son public en tentant une incursion risquée dans le monde de la dance teintée de techno. J’ai néanmoins trouvé l’échec de cet album injuste, de par ses qualités intrinsèques, même si l’issue commerciale ne faisait guère de doute. Couleurs d’origine, comme son titre l’indiquait, tentait de revenir aux fondamentaux, avec de très belles choses dans cet album (Evadée du volcan entre autres). Mais hormis ceux qui suivaient Feldman depuis ses débuts et lui restaient fidèle, tous les autres étaient passés à autre chose. Et François ne disposant plus d’une exposition médiatique suffisante, l’album ne connut point le succès qu’il aurait été en droit d’attendre. Enfin, en 2004, il sortit son dernier album à ce jour, Des larmes et de l’amour, qui resta confidentiel lui-aussi malgré des tubes en puissance, surtout Les Violons tsiganes.


Cela dit, malgré des années moins florissantes, François Feldman a un palmarès que beaucoup lui envieraient. Il continue de se produire un peu partout, bien aidé par le revival des années 80, et son capital sympathie auprès du public semble intact tant d’années après. Je ne suis pas dans sa tête mais je pense qu’il prend peut-être plus de plaisir aujourd’hui qu’hier, même si sa notoriété n’est plus tout à fait la même. Les gens ne l’ont pas oublié et ses chansons ont quelque chose d’intemporel qui fait que la nostalgie fonctionne à fond et que le public en redemande.


Vingt-quatre années après son 1er passage à Bercy , François Feldman s’est donc produit à Narbonne. Cette fois-ci, j’ai pu le rencontrer d’un peu plus près, entendez par là que j’ai pu faire une photo avec lui. Bon, Nath a un peu insisté parce que moi, d’une part je n’osais pas trop l’aborder, et d’autre part, je peux aimer des titres sans forcément avoir une mentalité de fan donc je n’étais pas certain, intérieurement, de le vouloir. Après tout, Feldman, l’homme, je ne le connais pas et c’est sans doute très bien ainsi. Mais bon, ne boudons pas notre plaisir, j’ai ma photo et Feldman s’est montré disponible avec l’ensemble des personnes qui le sollicitaient, ce dont je n’étais pas persuadé, l'artiste étant plutôt discret ou sur la réserve donc bon point et agréable surprise. Et puis ça fait quand même quelque chose de croiser quelqu’un que l’on a tant écouté et dont on a suivi la carrière de bout en bout. Et puis c’est une juste récompense pour celui que l’on a appelé « Petit Franck » pendant des semaines voire des mois ! ! ! 


On ne dit pas "photo ratée" mais "photo stylée" ! Tss, vous n'y connaissez rien !

(Billet dédicacé plus spécialement à Christine M, José-Luis R et Cynthia S)

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jeudi 3 septembre 2015

Vivre, s'imaginer partir, vivre




Il y a quelques mois, un de mes amis avait eu un problème avec un câble électrique qui avait occasionné un début d’incendie heureusement sans suite du fait d’une pluie drue au même moment. Ce moment qui aurait pu être dramatique lui avait inspiré un billet qui, de mémoire car je n’ai pas de connexion Internet au moment où j’écris ces lignes, démontrait à quel point les choses se jouaient souvent à rien, dans un sens comme dans l’autre, en l’occurrence un drame évité dans ce cas précis. Son billet ainsi que ses réflexions sont à lire ici.

J’ai connu la frayeur de ma vie. Frayeur n’est pourtant pas le mot que j’aurais employé au premier abord car j’ai heureusement eu la présence d’esprit d’éviter de trop paniquer lorsque c’est arrivé. Tout en craignant de ne pas réussir à maîtriser mes émotions. Mais à froid, c’est véritablement de grosse frayeur que je peux parler.

Si j’écris ce billet, c’est donc que je suis indemne et en bonne santé mais ce lundi 31 août 2015, en milieu d’après-midi, ma vie a failli basculer et je ne serais peut-être plus là pour en parler si des sauveteurs de St Pierre-la-Mer ne m’avaient pas ramené sur la plage alors que j’étais dans l’incapacité totale de revenir vers le rivage. Dans ma tête, il est clair que j’aurais pu mourir noyé. Dans ma tête d’ailleurs, plein d’images se mélangent. Celles où tout a commencé. Une mer à bonne température. Quelques vagues. J’ai pied. Largement. Il ne s’agit que de profiter des vagues comme un gosse. Pas de nager. Ni d’aller trop loin, ce n’est pas le but.

Et puis deux vagues un peu plus fortes me soulèvent. Sauf que lorsqu’elles me redéposent, je n’ai plus pied. En quelques secondes, tout bascule. Mon premier réflexe est de nager pour regagner la plage mais je ne suis pas assez armé et mes efforts demeurent vains. Brasse et dos ne sont pas suffisants face au courant et au mouvement des vagues. Ma lucidité me fait très vite me rendre compte que je ne pourrai pas rentrer par mes propres moyens. La panique s’installe mais elle est insidieuse car dans mes gestes, je reste pour le moment relativement tranquille. Je ne veux ni puiser en énergie ni en gesticulations inutiles. J’essaie de repousser l’instant où une vraie panique s’emparera de moi. Je sais que je peux faire du surplace la tête en dehors de l’eau mais que l’endurance n’est pas mon fort et que tôt ou tard je n’aurai pas les ressources nécessaires pour tenir indéfiniment. Une part de moi voudrait jeter toutes ses forces dans la bataille, l’autre voudrait s’économiser à tout prix. Je me décide à crier vers la plage. Je ne sais plus trop les mots que j’emploie, aidez-moi, je n’arrive pas à revenir ou ce genre de truc. En faisant cela, je sais que je vais rendre Nathalie folle d’angoisse et ça me rend malade, d’autant qu’elle s’était mise en tête de me filmer via la tablette et qu’elle ne s’était rendue compte de rien. Mais je n’ai plus le choix. D’autant que les vagues me déportent de plus en plus rapidement et que certaines, juste quelques-unes, me submergent, mettant à rude épreuve mon envie de rester zen lorsqu’il me faut à la fois reprendre ma respiration et rester calme. Pour la première fois, véritablement, je me demande si je vais m’en sortir.

Je m’aperçois en tout cas que le message est passé. Sur la plage, des gens s’approchent. Un gosse se rue vers le poste de secours. Je ne le saurai qu’après mais évidemment Nath est en panique totale, pestant contre ces secours qui n’arrivent pas assez vite et criant mon nom que je n’entends pas. Mais le fait de voir ces quelques personnes me redonne espoir. S’il n’y avait l’agressivité des vagues, je serais presque soulagé. Je n’ai qu’à tenir, attendre les secours.

Un anglais s’approche de moi à la nage. Sa venue me stresse plus qu’autre chose car j’ai peur qu’en venant à ma hauteur il se retrouve dans le même merdier que moi (fausse appréhension vu qu’apparemment il retournera à la terre ferme sans le moindre problème, lui, bien meilleur nageur que moi sans nul doute). Il encourage mes quelques mouvements de brasse mais je suis fatigué et une part de moi ne veut surtout pas faire l’effort de trop. Il me suffit de rester à la surface de l’eau, de contrôler les vagues les plus impétueuses et de prendre mon mal en patience. Je ne veux pas risquer de m’emballer, de paniquer plus que nécessaire, même si j’ai forcément peur à présent. Le fait de savoir Nath en panique sur le rivage me fait envisager, même brièvement, le pire pour la première fois. D’autant que si, de mon côté, de nombreuses vagues ne me submergent pas, de son côté, les moments où je suis dissimulé à son regard sont très nombreux et ajoutent au traumatisme qu’elle est en train de vivre.

L’anglais pointe son doigt derrière moi et je vois enfin un sauveteur sur son jet-ski. Il me demande de m’accrocher, voire idéalement de monter derrière lui mais je ne suis capable ni de l’un, ni de l’autre. Mais je suis soulagé, je ne suis plus seul. Après une première tentative avortée, je m’accroche tant bien que mal. Lorsque je cède à nouveau, mon soulagement est indescriptible lorsque mes pieds touchent le fond marin. Je sors enfin complètement de l’eau devant une Nath en larmes qui m’étreint longuement.

S’ensuivent les précautions d’usage niveau santé, les contrôles divers de circonstance. Le premier sauveteur a été rejoint par un deuxième qui s’entretient avec un troisième par radio. Moi, je suis assis sur le sable, bien, juste heureux de m’en être tiré à si bon compte, sans avoir ni bu la tasse ni avoir eu la moindre défaillance physique car je craignais surtout de faire un malaise ou ce genre de truc. Finalement, tout va bien. J’espère simplement que Nath n’aura pas de séquelles psychologiques du fait de son traumatisme. J’ai vécu un moment de grande angoisse, j’ai craint un bref moment que tout s’arrête, mais je pense que de son côté ça a été véritablement terrorisant car quand on est « simple spectateur », il y a un terrible sentiment d’impuissance où l’on envisage forcément le pire scénario.

Donc voilà. On est mardi au moment où j’écris ce billet et malgré les péripéties de la veille, tout va bien. J’ai hésité à en parler ici ou pas mais finalement je crois que j’en ressentais le besoin. J’ai besoin de coucher les choses, de mettre des mots dessus, de me réapproprier aussi un peu mon blog en y glissant des choses plus personnelles même si je me serais volontiers passé de ces désagréments.

En tout cas, comme un écho, c’est le billet de Réverbères qui m’est revenu en mémoire, d’où mon introduction un peu pataude. Tellement de choses ne tiennent à rien sinon à un fil. La vie fait partie de ces choses. L’histoire ne dit pas ce qu’il se serait passé si j’avais du en réchapper par mes propres moyens, je suppose que tout aurait été possible, ou pas, mais pour l’instant, je me sens quand même un peu miraculé. Mon heure n’était visiblement pas encore venue et ça me va très bien comme ça !

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