lundi 23 juillet 2018

De Jessica Fletcher à... Gene Tierney



Quel lien peut-il bien exister entre la perspicace romancière Jessica Fletcher, impeccablement campée par Angela Lansbury dans la série Arabesque (Murder she vrote en VO), et la superbe actrice des années 40, dont j'ignorais jusqu'au nom, Gene Tierney ?


En fait, Arabesque, c'est mon petit plaisir coupable ! Je regardais beaucoup ado et, plus que les enquêtes parfois prévisibles dans leur dénouement, j'adorais voir défiler toutes les stars du petit écran de l'époque. A chaque début d'épisode, dès que s'affichait la mention "With, in alphabetic order" ou "Guest starring", j'étais sûr que des acteurs connus allaient pointer le bout de leur nez. Et ça ne manquait jamais ! Et puis, j'aimais surtout les épisodes se déroulant à Cabot Cove, ville fictive du Maine où résidait l"héroïne Jessica Fletcher. On y retrouvait le shérif, le docteur, la population locale, bref on avait ses repères, alors que d'autres épisodes, davantage en milieu urbain, ne présentaient pas le même intérêt ou, en tout cas, n'avaient pas le même charme. Bref, j'ai toujours bien aimé cette série, certes pas inoubliable mais distrayante, bien qu'elle ait pris un petit coup de vieux depuis les années 80 et 90.


Il se trouve qu'actuellement, une chaîne de la TNT rediffuse, dans un désordre pas possible mais bon, la série et qu'il m'arrive donc, de par ce plaisir coupable que j'évoquais plus haut, d'en regarder quelques épisodes, comme ça, comme un passant qui passerait et verrait de la lumière. 

Mais si je n'avais pas regardé Arabesque ce jour-là, sans doute ne me serais-je pas arrêté au seul nom d'Angela Lansbury en parcourant le programme télé du soir. L'actrice était annoncée comme faisant partie de la distribution d'un film policier au milieu d'autres pointures comme Elisabeth Taylor, Rock Hudson et Tony Curtis. En fait, il s'agissait d'une adaptation ciné d'un Miss Marple d'Agatha Christie, Le miroir se brisa. Dans le film, par un concours de circonstance, une femme parvient à se venger d'une admiratrice qui, bravant sa quarantaine, lui avait plusieurs années auparavant, transmis la rubéole alors qu'elle était enceinte.


Je n'ai que peu apprécié le film, long au possible, avec le coup de la rubéole qui tombe sans qu'on ait pu l'anticiper, faute du moindre indice pour amener la chose, à la fin du film. De plus, Angela Lansbury, alias Miss Marple, bien que créditée comme actrice principale au générique, n'a que de très rares scènes, sans doute pour mieux mettre en avant le duo Taylor / Hudson. Du coup, frustré par l'enquête que je juge expédiée, je me rend sur la page Wikipédia du film puis du livre pour en apprendre un peu plus. Et j'apprends qu'Agatha Christie s'est inspirée d'une histoire vraie, celle de l'actrice Gene Tierney qui avait contractée la rubéole durant l'une de ses grossesses et qui donna naissance à une enfant prématurée, sourde, aveugle et mentalement retardée.


C'est dans ces circonstances que j'ai donc découvert Gene Tierney, une actrice à la carrière écourtée , de par ses déboires privés, mais qui aura tourné avec les plus grands : Henry Fonda, Richard Widmark, Tyrone Power, pour ne citer qu'eux.

Gene Tierney, c'était aussi une femme superbe. J'avoue être instantanément tombé sous le charme. Ce qui n'aurait pas été possible sans Arabesque. Alors, merci qui ? Merci Jessica Fletcher ! 

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mardi 10 juillet 2018

"Don Rosa : I still get chills !" : Oui, mais...



Gros pavé de 300 pages doté d'une très belle qualité du papier, signé du journaliste allemand Alex Jakubowski et du photographe autrichien Lois Lammerhuber, cet ouvrage consacré à l'immense Don Rosa propose un voyage extraordinaire dans la vie de cet artiste hors-pair, par la découverte de sa superbe propriété dans le Kentucky dont chaque pièce est l'occasion d'en apprendre un peu plus sur ce personnage haut en couleurs.


Le titre, "I still get chills", qui pourrait se traduire par "J'en ai encore des frissons", est un clin d’œil à l'une des passions de Don Rosa, les piments, "chilies" en anglais. D'ailleurs on les trouve sur les rabats de la couverture souple (le pavé est bien rigide, lui).


Le titre est en anglais et, malheureusement, tout le reste aussi (double traduction anglo-allemande pour être précis). C'est là que je m'aperçois que l'anglais, c'est pas tout à fait comme le vélo : ça se perd quand on pratique moins. Et en ce moment, je pratique moins. Et il faudra vraiment que j'y remédie car les propos de Don Rosa ont l'air passionnant, du moins de ce que j'ai pu comprendre entre les lignes. Dommage qu'un aussi beau livre, sur un artiste majeur, n'ait pas eu l'honneur d'une traduction dans la langue de Molière.


L'originalité du livre est bien évidemment son angle d'attaque : en parcourant les immenses pièces de la maison, on retrace la vie de ce bonhomme jovial et excentrique, de sa naissance, qui nous éclaire sur l'histoire familiale, à l'artiste qu'il est devenu, en passant par ses passions, son âme de collectionneur, son goût pour les belles voitures, ses cultures de piments dont il n'est pas peu fier, son rapport à la nature etc. 


L'entreprise familiale


Don Rosa, très peu de temps après sa naissance, en 1951.


A noter que les photos sont extraordinaires. Toutes prises dans l'environnement immédiat de l'artiste, elles ont une charge émotionnelle forte. En ouvrant les portes de son chez-soi aux auteurs et en ayant une complicité évidente avec le photographe, Don Rosa laisse éclater la belle part d'enfant qui est en lui et nous touche immanquablement.


Ses premiers carnets de croquis et ses premières notes. En 1965, Don Rosa n'avait que 14 ans et avait déjà l'art de raconter des histoires.


Comme l'ouvrage le rappelle très justement, Don Rosa fait partie de ces artistes qui scénarisent autant qu'ils dessinent. Le besoin de raconter une histoire, encore, toujours.


J'en parlais plus haut : Don Rosa est passionné par les piments et les poivrons. Il les cultive, propose de multiples variétés, les cuisine, comme accompagnement par exemple de savoureuses grillades...


Don Rosa collectionne beaucoup de choses. Il a même une liste répertoriant ses recherches. Il peut passer de nombreuses années à chercher un ouvrage qui lui manque, comme ici un exemplaire d'Oncle Scrooge qu'il guettait depuis... 50 ans ! 



Cet éternel gamin possède une collection impressionnante des produits Walt-Disney en lien avec le monde de Picsou notamment, mais pas que. Et si on peut avoir l'impression que l'ensemble est un joyeux foutoir, c'est le contraire. Tout est pensé, aéré, rangé. Pour un formidable terrain de jeu au final.



De temps à autre, quelques merveilles ressortent des tiroirs. j'y reviendrai...



Don Rosa et l'un de ses vieux modèles de voiture, un peu à la démesure de l'homme, et à l'entretien quasi-maniaque. Don Rosa, définitivement un homme de passions, ce que l'ouvrage retranscrit remarquablement, superbes photos à l'appui.


Là, on ne rigole plus. Le piment, c'est sérieux. Chaque variété est répertoriée, préparée, emballée. Et il y a de quoi faire ! 



L'ultime partie du livre, intitulée Duck-Art, propose quelques œuvres du maître. Et c'est bien là que le bât blesse.


C'est la limite du parti pris des auteurs. De l'oeuvre de Don Rosa, il n'y a rien ou presque. Ce dernier chapitre est rachitique. C'est simple : à quelques illustrations près, tout ce qui se trouve dans le livre est sur mon blog. Quelques dessins, une couverture US agrémentée de sa version européenne, un crayonné suivi de la version encrée, et c'est à peu près tout. Aucune photo de l'artiste à l'oeuvre, aucune démonstration, rien concernant la technicité de l'artiste, bref le presque néant. C'est vraiment dommage. Donc attention, c'est bel et bien un ouvrage sur Don Rosa, l'homme, qui doit nous permettre d'appréhender l'artiste. Mais ce n'est en aucun cas un livre sur Don Rosa, le dessinateur. Certes, un photographe professionnel n'aurait eu aucun intérêt à juste compiler des œuvres par dizaines donc ce manque n'est qu'une demi-surprise. Mais quand même...


On apprend quand même que l'oeuvre ci-dessus est la fierté personnelle de l'artiste.



Comme je le disais plus haut, la couverture ci-dessus fut retenue pour le marché US. Pour le marché européen, Don Rosa respecta le souhait d'un environnement plus désertique. Les deux sont superbes ! 



Crayonné puis encrage. J'aurais tellement aimé en voir d'autres du même acabit ! 


Le mot de la fin pour Don Rosa. Avec l'hommage d'un maître envers un autre : l'immense Carl Barks, disparu en 2000, qui avait très largement dessiné Donald très peu de temps après qu'il fut créé (l'intégrale chez Glénat est superbe !) et qui avait surtout imaginé le personnage de Picsou.



Au final, je recommande quand même ce livre, magnifique et de très grande qualité, à condition de le prendre pour ce qu'il est : la découverte d'un homme. De l'artiste, on n'apprendra rien ou presque, quand bien même Don Rosa l'artiste est évidemment nourri par tout ce qui compose l'univers de Don Rosa l'homme (ou l'enfant, c'est selon). De même, et encore plus du fait de ne pas avoir grand chose à se mettre sous la dent niveau œuvres de l'artiste, il est recommandé de bien maîtriser l'anglais, ou l'allemand, pour profiter au mieux de son enthousiasme sur ses passions et son histoire. Je m'en vais  d'ailleurs de ce pas ressortir mon Harrap's de dix tonnes.


En tout cas, si vous prenez "Don Rosa : I still get chills" pour ce qu'il est, vous allez passer un bien agréable moment avec une personnalité forte, parfois excentrique, mais toujours affable et attachante.

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samedi 7 juillet 2018

Friture sur la ligne des souvenirs




Le week-end dernier, alors qu'il faisait une chaleur pas possible et que Nath s'était quand même entêtée à faire les soldes en pleine zone commerciale de Périgueux, je m'étais replié dans une boutique de vins, bières et autres alcools qui a aussi un bar où l'on peut consommer. Je prends une petite ambrée histoire de me désaltérer, quelques chips pour accompagner et je m'en vais faire un petit tour dans la partie boutique. Et là, alors que mon regard parcourait les différentes bières avec une douce indifférence, je fus attiré par une bière belge :  la Maredsous.

Il y a dix ans, nous avons passé un superbe séjour de deux semaines en Belgique. Et je me suis rappelé qu'il y avait de la Maredsous ! Je vous dit pas l'effet madeleine de Proust lorsque je suis tombé sur ces bières ! Du coup, j'en ai embarqué quatre et, après avoir retrouvé Nath, je lui ai montré, pas peu fier, ma découverte du jour ! C'est là qu'elle a douché ma bonne humeur.

Car nous n'avions jamais bu de Maredsous lors de nos vacances en Belgique. De la Duvel, oui, de la Jupiler aussi... et quelques autres. Mais pas de Maredsous. Par contre, nous nous étions gavé de Maredsous, un... fromage (!!!) délicieux une fois savamment saupoudré de poivre. De fromage, triple buse que j'étais, pas de bière ! 

C'est fou comme notre mémoire nous joue des tours. Il a suffi que je vois Maredsous pour que j'extrapole et me crée des souvenirs inexistants. Bon, j'ai certes découvert la bière Maredsous, bien bonne au demeurant, mais bon...

Toujours est-il qu'une bonne Maredsous accompagnée d'un non-moins bon Maredsous et de quelques pincées de poivre, cela doit être particulièrement savoureux.

J'ai les bières. Je ne manque pas de poivre non plus. Ne reste qu'à trouver du Maredsous. Et là, vu la distance et la chaleur actuelle, je vais devoir faire preuve de patience avant d'espérer passer commande.

En tout cas, voici une anecdote qui ne manque pas de sel ! 

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vendredi 6 juillet 2018

Un éléphant, ça trompe énormément ?



Que se passe t-il chez Elephant Films ? L'éditeur semble s'être volatilisé (sa page FB a disparu, aucun moyen de le contacter via sa boutique en ligne sur Priceminister, et ce qui fait office de site web n'est qu'une page annonçant depuis des lustres son ouverture prochaine).

Renseignements pris, l'éditeur serait dans la tourmente. En date du 15 mai 2018, un jugement a prononcé la clôture de la procédure de liquidation judiciaire pour insuffisance d'actifs. Ce qui, et je mets bien le conditionnel de rigueur, serait un point de non-retour.

Sauf que, il y a quelques jours encore, l'éditeur conversait comme si de rien n'était sur sa page Facebook. Avec moi par exemple. Car je m'interrogeais que la FNAC annonce déjà l'intégrale de l'incroyable Hulk en Blu-Ray, prévue fin août chez Elephant Films donc, alors que l'éditeur n'avait pas encore communiqué sur sa page. Surtout que la FNAC présentait le coffret comme une exclusivité. L'éditeur m'a répondu que le coffret était bien une exclusivité FNAC, avec des visuels et un gros livret propres à cette édition. Mais qu'il mettrait en vente de son côté une intégrale "light" avec des visuels différents et sans le fameux livret. Admettons...

Maintenant que l'éditeur a disparu des radars, je m'interroge quant à précommander ou pas ce coffret. Pas tant pour un éventuel risque financier, les sites de vente en ligne comme la FNAC ou Amazon ne débitent qu'à expédition donc si le coffret est une chimère, je ne perdrai rien. Mais parce que je ne comprends pas bien comment l'éditeur peut continuer son activité suite au jugement rendu mi-mai, et donc diffuser ou faire diffuser un coffret à venir.

Plus largement, la question des séries en cours va forcément se poser. Je pense par exemple aux intégrales en cours de Magnum ou d'Arabesque. Comme ce sont des intégrales par saison, et que j'ai toujours trouvé stupide de scinder des séries achevées d'autant que le surcoût à l'unité est réel (et pas qu'un peu !), je ne me suis pas laissé tenter. Et heureusement ! Mais quid des prochaines saisons ? Annulation ? Auquel cas il y aura des mécontents...

Elephant Films est un éditeur que j'ai toujours apprécié, qui a tenté de sortir du placard des séries risquées financièrement. Je leur dois même d'avoir gagné, lors de leur concours du vendredi, une intégrale des 4 saisons de Punky Brewster. Mais les tarifs sont globalement élevés. Et leur politique de parfois scinder une même saison en deux coffrets à prix fort est un peu casse-gueule car les acheteurs vont forcément attendre en espérant la sortie d'une vraie intégrale forcément bien moins onéreuse. Et en attendant, l'argent rentre moins et des coffrets dorment... Quant aux remasterisations annoncées, comme celle de l'intégrale Blu-Ray des enquêtes d'Hercule Poirot par exemple, elles sont parfois "expédiées" dirons-nous sur certains épisodes, quand bien même la série serait ancienne et les masters pas toujours très exploitables. D'ailleurs, la bande-annonce de l'intégrale de l'incroyable Hulk en Blu-Ray à venir tendrait à aller dans ce sens avec des différences flagrantes de définition d'une image ou d'une scène à l'autre. Alors que des éditeurs, certes spécialisés dans ce domaine, font un sans-faute. Je pense notamment au "Chat qui fume".

Je vais suivre cette histoire de près, si tant est qu'on puisse en avoir le fin mot, de l'histoire. Pour ma part, avec les petits éléments en ma possession comme cette décision de justice, je ne vois pas bien comment l'éditeur peut continuer son activité, même au ralenti ou par à-coups. Auquel cas, ce serait un mini-séisme dans le monde des éditeurs si Elephant Films venait à disparaître. Sans compter le drame social que ce serait pour tous les salariés de l'entreprise. Attendons de voir...

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mardi 3 juillet 2018

3 juillet 78 : la déferlante Goldorak s'abat sur la France



J'ai un peu hésité, d'où l'heure tardive, mais non, définitivement non, je ne peux pas passer sous silence cet anniversaire. Le 3 juillet 1978, il y a pile-poil 40 ans, débarquait sur Antenne 2 (à l'époque où il n'y avait encore que 3 chaînes) l'émission jeunesse Récré A2 et surtout, surtout... Goldorak ! 


Evidemment, aujourd'hui, un tel engouement prêterait à sourire mais à l'époque, à part Nounours et Casimir (j'exagère à peine), les enfants que nous étions n'avaient pas grand chose à se mettre sous la dent. Et le tout dégoulinait de bons sentiments, de valeurs familiales, bref rien qui puisse heurter de quelque façon que ce soit. Et c'était sans doute très bien d'ailleurs. A vrai dire, je ne m'en souviens plus. Enfin, de l'effet que ces émissions avaient sur moi, je veux dire.


Parce que, lorsque le cornu a débarqué, c'est peu de dire que son univers a fondamentalement redistribué les cartes. Combats de monstres métalliques, envahisseurs belliqueux, villes détruites, explosions, populations décimées, torture, je pense qu'on a eu droit à tout ! Il parait que les parents criaient au scandale. Pas souvenir de ça, moi... Et comment aurais-je pu ? Comme des millions d'enfants, j'étais émerveillé devant mon écran, émerveillé de voir ce héros des temps modernes finir par l'emporter à chaque fois, tellement c'était le plus fort, tellement ses armes étaient les plus chouettes (Astéro-haaaache, Fuuulguro-poing ! ), tellement c'était beau, putain, toutes ces transformations ! Et puis, le prince d'Euphor, quoi ! Avec sa superbe combinaison, ses "Métamorphose ! ", son superbe poste de commande à l'intérieur de Goldorak... Et tellement, tellement d'autres choses ! ! ! 


Transfert ! Autolargue ! Et un demi-tour dont on n'a jamais su à quoi il servait, sauf que c'était trop la classe ! 


Ma mère m'a raconté que si j'avais découvert Goldorak à la télévision ce fameux 3 juillet 1978 (j'avais 6 ans et des brouettes), c'était au départ grâce à une punition. J'avais du piquer un caprice, étonnant quand on sait que j'étais forcément un gamin adorable, et je me suis retrouvé interdit de sortie (ce serait à la fête foraine que ça me m'étonnerait pas...). Du coup, de fort mauvaise humeur, j'avais décidé, en désespoir de cause, de me rabattre sur la télévision. Et là... le choc, l'émerveillement, le K.O., la méga-claque dans la tronche ! ! !  Heureusement que j'avais poussé ma gueulante, non parce que franchement, entre essayer de décrocher un pompon pour avoir un tour de rab au manège et voir... ça ! Il n'y avait pas photo ! 


A l'école, tous les gosses ne parlaient que de ça ! Bon, j'étais un des plus atteints, quand même... Je me suis un poil calmé le jour où, sur un des hauts murs de la cour, je me suis laissé tomber en hurlant "Autolargue". Ben, n'est pas Goldorak qui veut... Je me suis écrasé comme une merde, souffle coupé, je m'en souviendrai toute ma vie. En plus, une maîtresse était venue à mon secours, bon, pas le genre Phénicia mais on ne peut pas tout avoir, et m'avait consolé devant mes potes qui me lançaient des regards noirs en me traitant de fayot. J'avais tout gagné ce jour-là...


Cela dit, j'ai "longtemps" été incapable d'admettre que Goldorak était une fiction. J'étais persuadé que le robot de l'espace allait s'écraser dans la cour de l'école et que, mourant, Actarus allait me demander de reprendre le flambeau et de sauver la Terre. Je lui aurais forcément dit oui, comment refuser, mais comment j'allais pouvoir piloter, moi, avec mes pieds qui ne toucheraient pas terre ?


J'étais aussi fasciné par la "gueule" des Golgoths, ces machines de guerre construites par ceux qui tentaient d'envahir la Terre. Et aujourd'hui encore, je me dis que cette série avait vraiment un chara-design de folie ! Quel pied lorsque la soucoupe s'ouvrait et laissait apparaitre le Golgoth dans toute sa splendeur ! J'ai un petit faible pour celui de l'épisode 40 (image ci-dessous) qui avait été redoutable jusqu'au bout ! 


Evidemment, tous n'étaient pas aussi inspirés, il y eut quelques beaux ratés, mais globalement, le bestiaire était impressionnant ! Pour nous qui découvrions ça, c'était juste... énorme ! 


Ceci étant, si je parle d'envahisseurs, de destructions, de combats, la série véhiculait aussi des valeurs bien plus pacifistes, comme l'importance de la fratrie ou de la famille, l'entraide, le respect de la nature. Elle dégageait aussi une profonde mélancolie, notamment au travers des réflexions d'Actarus pour qui faire la guerre allait à l'encontre de ses convictions profondes. La série était savamment dosée de ce côté là. 


Impossible d'évoquer la série sans souligner l'excellence du doublage et du gros travail de fond réalisé par Michel Gatineau, directeur de plateau. Les comédiens à avoir doublé cette série sont très nombreux à avoir disparu, certains depuis de longues années déjà. J'ai donc une pensée émue pour chacun d'entre eux : Daniel Gall (Actarus), Michel Gatineau (Procyon), Jane Val (Vénusia), Marc de Géorgi (Hydargos), Jean-Claude Michel (Minos), Jacques Ferrière (Riguel), Marcelle lajeunesse (Mizar), Claude Chantal (Phénicia, ép 49 à 52), Jacques Berthier (Véga), Jean Martinelli (Horos, 1ère voix), Henry Djanik (Horos, 2ème voix), Claude Bertrand (Banta), Philippe Dumat (Argoly)... et quelques autres (la liste serait, malheureusement, trop longue). 
Car s'il y a une série immédiatement identifiable par ses voix françaises, c'est bien Goldorak ! 


Autre force de la série : la qualité des personnages secondaires, tant dans la galerie des proches d'Actarus que dans celle de ses ennemis. Certes, les "méchants" n'étaient pas très évolués avec des plans qui montraient vite des signes de fatigue mais les tensions qui existaient entre eux, souvent par jalousie ou mauvais timing dans les actions, avaient un sel tout particulier. Idem pour les "gentils", plutôt stéréotypés (la fille amoureuse du héros dotée d'un père hystérique, la sœur du héros qui en pince pour son meilleur ami, le voisin au sale caractère...) mais qui sont au centre de scènes savoureuses, entre humour, maladresse et gravité.


Les quatre images suivantes illustrent ce qui est pour moi le meilleur arc de Goldorak, réparti en deux épisodes (26 & 27). Il y a TOUT dans ces deux épisodes : de la dramaturgie, de l'action, un cliffhanger de malade, la peur que tout le monde ne puisse pas être sauvé, une attaque massive (trois Golgoth tout de même qui attaquent tout de go pour une efficacité maximale, la fin d'un personnage clé et surtout un rythme qui ne souffre d'aucun temps mort. On n'en est pourtant approximativement qu'au premier tiers de la série mais jamais elle ne retrouvera la même flamme par la suite, même dans son final, beaucoup moins enthousiasmant en plus d'être dessiné à la hache.





Le dessin, parlons-en justement. Il était très inégal d'un épisode à l'autre mais quand nous étions gamins, cela n'avait aucune importance. Mais avec le temps, ça saute vraiment aux yeux. Il faut dire que 74 épisodes impliquent un certain nombre d'artistes aux commandes. Cela dit, il y en a un qui était clairement au dessus du lot : le regretté Shingo Araki, surtout connu pour son travail sur Les Chevaliers du Zodiaque, mais à qui l'on doit les plus beaux épisodes de Goldorak (La survivante, La princesse amoureuse...), y compris au niveau des histoires et des émotions. Le prince d'Euphor est magnifique sous son trait.


Sa superbe illustration de Phénicia, la soeur d'Actarus, a servi de couverture au HS d'Animeland sur Goldorak. Un titre indispensable, que l'on trouve encore sans trop de difficulté sur la baie.


Toujours Shingo Araki dans ses oeuvres...


Parmi les dessinateurs actuels les plus talentueux, Jérôme Alquié est sans contexte celui qui partage une filiation évidente avec Shingo Araki au niveau de la qualité du trait et dans la charge émotionnelle qu'il met dans chacune de ses oeuvres. Son illustration inspirée de La princesse amoureuse est de toute beauté ! 


Je vous ai parlé de ma mère tout à l'heure, vous vous rappelez ? Ben, elle, Goldorak, elle s'en souvient très bien ! Elle avait supporté pendant près de deux heures Goldorak au cinéma parce que, bien évidemment, il n'était pas question de rater ça ! Surtout qu'après, il y avait eu le double 33T, avec plein d'images tirées du film. Cela dit, ce film était quand même une immense arnaque puisque uniquement composé de 4 ou 5 épisodes de la série mis bout à bout. Bon, sur écran géant, ça devait quand même bien donner ! Mais pour la nouveauté et l'honnêteté intellectuelle, on repassera ! 


Je vais clore cet hommage - anniversaire par un petit mot sur les produits dérivés. Gamin, j'ai du à peu près tout posséder vu que rien d'autre ne m'intéressait. Je n'ai rien gardé de cette époque, ma mère ne m'ayant sans doute pas demandé mon avis, mais comment anticiper une telle nostalgie, un tel effet madeleine de Proust, quand on est môme ? Un temps, je m'étais racheté le shogun, celui qui tirait les missiles, puis je l'ai revendu... Finalement, les jouets Goldorak de l'époque ne m'intéressent plus. Je préfère la production actuelle. J'ai relativement peu de pièces au regard de ce qui existe depuis une vingtaine d'années mais celles que j'ai correspondent vraiment à mes envies et à ce que je garde de Goldorak ancré en moi.



Goldorak a débarqué en France, il y a 40 ans ! Pour qu'on en parle avec autant de passion quatre décennies plus tard, c'est bien que c'est une série hors-norme. Pour ceux qui en douteraient encore.
Bon anniversaire, le cornu ! Et merci Monsieur Go Nagai ! 
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