mardi 23 octobre 2018

Daredevil saison 3 : une réussite en mode diesel



ATTENTION : L'article révèle des pans importants de l'histoire de la saison 3 dans le dernier paragraphe (en dessous de la 4ème image). A ne pas lire si vous ne voulez pas être spoilés. Vous voilà prévenus.


C'est peu de dire que cette troisième saison de Daredevil était attendue, après une deuxième certes de qualité mais bien trop bourrine et répétitive dans ses scènes d'action. Personnellement, je n'en pouvais plus de manger des ninjas à toutes les sauces. Les scénaristes et le showrunner ont eu du nez en remettant sur le devant de la scène l'ennemi emblématique de Matt Murdock, Wilson Fisk, en tentant ainsi de réitérer l'équilibre miraculeux de la première saison qui était un chef d'oeuvre absolu de respect du matériau originel, d'interprétation et de mise en scène. La très grande classe ! 

Cette troisième saison aurait pu approcher l'excellence de la première, voire l'égaler, si le démarrage n'avait pas été aussi laborieux. Les cinq premiers épisodes sont une purge par rapport à ce que l'on était en droit d'attendre et font clairement craindre le pire pour la suite : intrigue étirée inutilement, des circonvolutions prévisibles, un ensemble bavard au possible, une mise en scène pas bien inspirée... Avec un autre inconvénient de taille : à moins d'avoir vu la série The Defenders avant de visionner cette saison 3, il nous manque des éléments. Certes, ces événements nous sont très brièvement relatés mais c'est compliqué de saisir la détresse du personnage et sa vulnérabilité quand on a l'impression qu'il manque un pan de l'histoire. Pour moi, la série Daredevil doit se suffire à elle-même. Même si le personnage intervient dans des séries parallèles, elle doit garder une cohésion qui lui est propre.


Et puis miracle : à partir de l'épisode 6, et plus encore du 8, la machine s'emballe enfin et l'ensemble devient alors réellement passionnant. Vraiment. Et brillant de bout en bout. Entre le personnage toujours plus exploré de Benjamin Poindexter (énorme performance de Wilson Bethel), quelques révélations bien senties (et plus ou moins attendues si on connait l'histoire de DD dans les comics), l'affrontement (qu'il soit à distance ou plus rapproché) entre DD et Fisk, une qualité d'écriture (ou en tout cas de narration) retrouvée, une mise en scène inspirée et une interprétation toujours de haut vol, la deuxième partie de cette saison 3 rattrape miraculeusement tous les ratés de ses débuts. C'est en cela qu'elle est exceptionnelle. Moins équilibrée que la saison 1 certes (qui bénéficiait en plus d'un effet découverte de l'adaptation non négligeable) mais exceptionnelle quand même.


Rappel : Attention, spoilers ! 

-La série propose une perspective intéressante, mais trop peu esquissée en l'état pour savoir si elle pourrait être développée dans une prochaine saison : lorsque Fisk est vaincu, Murdock s'engage à ce que sa femme Vanessa soit protégée. Mais il n'est pas dit que Vanessa ait besoin de protection. En voulant être pleinement associée aux actes de son époux (ce que Murdock ignore), elle a en quelque sorte franchi la ligne. Elle a forcément gagné en force ce qu'elle a perdu en fragilité et il serait intéressant de voir jusqu'à quel point elle pourrait reconstruire l'empire que son mari a désormais perdu.

-L'omniprésence du personnage de Ray Nadeem, agent du FBI impeccablement campé par Jay Ali, m'a de temps en temps donné l'impression de retomber dans certains épisodes de 24 Heures chrono. Surtout lorsque certains traîtres se révèlent, comme la glaçante scène où il se retrouve chez sa supérieure hiérarchique. La série a beaucoup joué dans cette saison sur la paranoïa, sur le besoin d'être protégé ou de protéger ses proches, mais en a quelque peu abusé. A partir du moment où la mort du personnage ne fait aucun doute, il aurait sans doute fallu un peu moins jouer sur la corde sensible. D'autant que l'empathie pour le personnage, malgré le fait que la situation lui ait très vite échappé bien malgré lui, est toute relative. Quand bien même c'est lui, le vrai vainqueur de Wilson Fisk.

-La mise en scène des réels desseins de Fisk est bien trop longue à se mettre en place. A aucun moment, le jeu de dupes ne fonctionne et c'est principalement ce qui plombe le début de saison. Du coup, malgré la toujours très inspirée interprétation de Vincent d'Onofrio, Wilson Fisk peine à effrayer tant les moyens pour arriver à ses fins sont bancals et, dans une certaine mesure, pathétiques car indignes d'un adversaire de cette envergure. Heureusement, la série arrive à redresser la barre dans sa deuxième moitié, ce qui n'était pas gagné ! 

-L'idée de faire de DD l'ennemi public n°1 en créant un faux Daredevil par le biais de Poindexter est une bonne idée. D'autant que je reste allergique à ce costume et que je préfère nettement qu'il soit porté par d'autres. Matt Murdock n'a pas eu à l'arborer et j'étais bien content, sa tenue de fortune étant bien plus appropriée au fils de boxeur qu'il est. Plus stylée aussi. Mais s'il revient aux fondamentaux, devra t-il se heurter une nouvelle fois à Melvin alias le futur Gladiateur ? Leur unique confrontation cette saison, même si brève,  fut prometteuse. Wait and see...

-L'ultime épisode, après un happy ending où Karen, Foggy et Matt projettent de créer un cabinet sous une enseigne commune, se referme sur Bullseye en train de panser ses blessures, avide de revanche. Une fin pas très bienvenue dans le sens où elle n'amène rien qui puisse créer une attente de la prochaine saison. J'avais l'impression d'assister à un épisode de l'Araignée dans Nova où Doc Ock se fait recoudre les tentacules dans l'attente de pouvoir se venger de Spiderman et de la Chatte Noire.

-Difficile de savoir si une 4ème saison verra le jour. Entre les annulations de séries existantes, la patte Disney à venir même si on ne sait pas encore dans quelle mesure ou sous quelle forme, la difficulté de préserver la cohésion de Daredevil face à des séries dérivées moins inspirées et les runs potentiellement adaptables, les paris sont ouverts.

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mardi 16 octobre 2018

Coup de cœur CD : Marcel Amont "Par-dessus l'épaule"



De Marcel Amont, je ne connais que si peu de choses... Mais à chaque fois que j'entends parler le bonhomme ou que je le vois gesticuler sur une chaise tel un éternel jeune homme, il y a quelque chose chez lui qui m'émeut infiniment. Ce talentueux monsieur, bien loin de faire ses 89 printemps, est toujours bon pied bon œil, avec une belle lueur d'espièglerie dans le regard et des mots aussi drôles qu'empreints d'une certaine sagesse. Il y a chez Marcel Amont ce mélange de clown facétieux, de vrai poète et d'homme-enfant d'une gentillesse absolue.

Et puis, pour moi, il restera l’interprète du "Chapeau de Mireille". Allez savoir pourquoi, j'ai toujours adoré cette chanson dont j'ai appris bien plus tard qu'elle lui avait été offerte par son grand ami Brassens. Ce titre a toujours sur moi un effet Madeleine de Proust et je suis toujours épaté quand il la chante, vu le rythme qu'elle impose niveau débit et donc respiration. Il faut avoir du souffle ! 

Marcel Amont nous revient avec un album de 10 titres, principalement des duos. C'est tellement bon que c'est trop court, pourrait-on dire. Car si c'est très bon, c'est aussi très court (27 minutes). Mais c'est vrai qu'à l'époque, les chansons ne s'embarrassaient pas de fioritures et savaient être efficaces sans être dans la rallonge systématique. Je pense par exemple à "La Rumeur" d'Yves Duteil, au "Loir-et-Cher" de Michel Delpech ou encore à "Port-bail" d'Alain Souchon, parmi tellement d'autres.

S'il chante seul le titre d'ouverture donnant son nom à l'album ("Par-dessus l'épaule") ainsi que celui qui le referme ("Les Moulins de mon cœur" de Michel Legrand), il a choisi de s'entourer pour les 8 morceaux restants. Mais pas n'importe comment ni surtout avec n'importe qui : en demandant aux auteurs de ses célèbres chansons de les partager avec lui. C'est ainsi que, par exemple, on le retrouve avec Alain Souchon sur "Viennois" et avec Le Forestier sur "La Galère" (titre que je ne connaissais pas et qui est juste... magnifique, le plus beau de l'album à mes yeux). Et puis Aznavour évidemment qui entonne avec lui "Le Mexicain", morceau qui, je le confesse, m'a toujours horripilé, mais dont cette version en duo reste le dernier enregistrement du grand Charles de son vivant. On croise aussi François Morel sur "Monsieur", Francis Cabrel sur "Le Chapeau de Mireille", les nouveaux compagnons sur "Bleu blanc blond", Aldebert sur l'inédit "Viva la vida" (texte retrouvé par Amont et mis en musique par Aldebert) et enfin son fils Mathias Miramon sur "Samba d'été" (classique brésilien traduit en 1967 par Marcel Amont).

Vu la durée de l'album, on n'aurait pas rechigné sur quelques standards supplémentaires mais ne boudons pas notre plaisir. Personnellement, je le trouve très bien cet album même si chacun y trouvera ses préférences. En tout cas, Marcel Amont a de beaux restes et une belle énergie communicative. Qu'il nous en fasse profiter encore longtemps ! 

(L'album est en écoute libre sur Deezer mais ça ne doit pas vous empêcher de vous le procurer d'urgence)
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samedi 6 octobre 2018

Bon anniversaire Nicolas !




Cher Nicolas,

Quel exercice difficile que de souhaiter un bon anniversaire ! Déjà, on se demande si le destinataire appréciera… Il y a des personnes que cela insupporte et, dans ce cas, ça ne s’arrange généralement pas en prenant de l’âge. Mais admettons - ouf ! – que tu sois bon prince devant ce déferlement annoncé de chaleureux, et forcément sincères, sentiments.

Encore faut-il savoir comment te le souhaiter, cet anniversaire ! J’ai bien pensé à faire un dessin, comme à l’époque, de plus en plus lointaine, où je crayonnais encore. Mais bonjour la galère ! Déjà, faut trouver une bonne photo ! Parce que malgré l’affection que je te porte, impossible pour moi de dessiner de tête. Donc il faut une bonne photo, et grande de surcroît, qui te mette bien en valeur ! Avec une guitare dessus. Parce que Nicolas Peyrac sans sa guitare… c’est possible, ça ? Allons, allons… Bien sûr que non ! Sauf que moi, je ne sais pas les dessiner, les guitares. C’est vraiment dommage, parce que sans ça, j’aurais probablement pondu un chef d’œuvre. En toute modestie. Il ne te reste plus qu’à t’en remettre. Pas facile, je sais.

Heureusement, le dessin mis à part, il reste les mots. Je pense que c’est encore avec les mots que je jongle le mieux. Ce qui ne veut certes pas dire que tout ce que j’écris est intéressant. Si déjà, je peux éviter d’être barbant, c’est pas mal. Mais que dire ? Et comment ?

Déjà, je ne cèderai pas à la facilité. 69 piges. Tu les vois venir les allusions au Kamasoutra, la position et tutti quanti ? Moi, en tant que chantre du bon goût, je ne comprendrais même pas que ça puisse venir à la tête de certains. Surtout qu’après les mois d’épreuves vaillamment traversées, ce serait l’âge de la renaissance que cela ne m’étonnerait pas, tiens. En passant, bravo pour le courage ! « Tiens bon la barre et tiens bon le vent, hissez haut ! » comme dit toujours Hugues.

Et si souhaiter un anniversaire n’était qu’un prétexte pour rappeler aux gens combien on les aime ? Car, il y a encore une quinzaine d’années, je ne connaissais de toi que les trois ou quatre titres qui passaient invariablement en radio. J’avais beau les adorer, « Et mon père » notamment, c’était quand même un poil réducteur au regard de ta remarquable et foisonnante carrière. Et puis, je me suis retrouvé au milieu des Peyraciens. Et même si on ne peut être et avoir été, et que cet espace remarquable est aujourd’hui révolu de longue date, il a été essentiel pour moi à bien des égards.

Je ne me rappelle plus du contexte qui m’avait amené là. Je pense y avoir été convié, je ne sais plus par quel concours de circonstances. Mais je n’oublierai jamais ton accueil à l’époque. Ni tous les gens bienveillants croisés. Parmi lesquels quelques magiciens des mots (Tryphon, Jose-Luis, JPK, Didier, François-Marie pour ne citer qu’eux) qui ont fait que, pour la première fois, j’ai sorti quelques textes de mes tiroirs pour les partager. Je me suis mis à croire en mes propres mots, ce qui n’était pas rien, tant cela m’avait été impensable jusque-là.

Toi et moi avons pas mal échangé à l’époque, virtuellement certes, mais il y avait déjà cette authentique bienveillance tant envers les tauliers du forum qu’envers les petits nouveaux. Et puis tout est allé vite, ensuite… J’ai rattrapé mon retard d’écoute en avalant en quelques mois toute ta discographie grâce à la générosité de Monika, je suis allé te voir à l’Européen sans oser franchir le pas de la rencontre (de mémoire, j’ai juste vu Dave traverser la foule en imperméable), j’ai enfin pu te voir « en vrai » à Bergerac autour d’un bon verre, tout ceci pendant que de nouveaux albums avaient à peine le temps de pointer le bout de leur nez que je me les procurais aussitôt.

En quelques années, tu es devenu un membre à part entière de mon entourage. De par ta sensibilité, tes mots, tes univers, tes thèmes de prédilection, de par ta capacité, aussi, à ne cesser de te bonifier en prenant de la bouteille, tu m’accompagnes presque quotidiennement désormais. A part toi, il n’y a qu’avec Alain Bashung, Leonard Cohen et, à un degré moindre puisque j'aime surtout sa production actuelle, Alain Chamfort, que je ressens cela.

On ne s’est pas recroisé depuis douze ans et j’ai encore raté une belle occasion de sceller nos retrouvailles en ne pouvant me rendre à Concèze. C’est dommage mais ce n’est pas bien grave. L’essentiel est probablement ailleurs. Et puis, si l’occasion ne se représente pas d’elle-même, il suffira de forcer le destin. En toute liberté.

Je m’aperçois que j’ai bien évidemment digressé alors que j’aurais sans nul doute du dégraisser. C’est un peu l’histoire de ma vie, cette incapacité à aller à l’essentiel. Mais oui, te souhaiter un bel anniversaire aujourd’hui, c’est avant tout te témoigner toute mon affection. Et c’est peu de dire qu’elle n’est pas feinte ! Très belle journée à toi !

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