jeudi 5 janvier 2017

André Franquin me manque toujours autant


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Je ne pouvais pas entamer cette année 2017 sans évoquer les 20 ans de la disparition de l'immense André Franquin. Le 5 janvier 1997, le papa de Gaston s'en est allé, me laissant tout chamboulé en dedans. A l'époque, alors que j'allais sur mes 25 ans, mes murs étaient encore punaisés de cartes postales Gaston et, ce jour-là, je me rappelle m'être effondré en les regardant. Je ne pense pas avoir ressenti une telle tristesse avant, une telle impression qu'une chape de plomb me tombait dessus et qu'une page se tournait définitivement. Il faut avoir vécu la solitude comme je l'ai vécue toute mon enfance puis adolescence et s'être plongé comme je l'ai fait corps et âme dans le monde de Gaston pour tenter de comprendre à quel point la disparition de Franquin a été un cataclysme pour moi.

Quelle que fut mon humeur du jour, dès que j'ouvrais un Gaston, l'émerveillement était total. Une joie intense, un sourire béat sur le visage. Des gags que je découvrais et redécouvrais, encore et encore. Parfois, la vue d'une simple mimique pouvait me faire hurler de rire alors que je connaissais pourtant le gag par cœur. J'aimais profondément Gaston, son humanité, ses gaffes, son univers dénué de méchanceté, son côté plein de bonnes intentions rarement récompensées, sa vraie gentillesse... J'aurais aimé qu'il prenne vie dans mon monde ou, mieux, que je prenne vie dans le sien. Je n'en serais jamais reparti.

Aujourd'hui encore, évoquer Franquin m'est difficile. En plus, je n'ai pas le regard technique d'un artiste qui saluerait sa maîtrise du dessin, de l'encrage, de la mise en scène, du gag... Je n'ai que le regard émerveillé de l'enfant que j'étais et que je retrouve lorsque je feuillette du Gaston. 

De Franquin, je ne connais finalement que Gaston Lagaffe (énormément) et les Idées Noires (un peu). Je n'ai jamais accroché à Spirou et Fantasio, ni à Modeste et Pompon, encore moins au Marsupilami . Et quand je dis connaître seulement un peu ses Idées Noires, ce n'est pas tout à fait exact car je connais l'intégralité des planches et je reconnais bien volontiers que nous sommes là en présence d'un chef d'oeuvre absolu de noirceur, d'intelligence, de maîtrise. Mais évoquer les Idées Noires me renvoie souvent à la dépression dont souffrait Franquin. Tout ou presque a été dit sur la période dépressive de Franquin, avec plus ou moins de véracité d'ailleurs. Après tout, lui-même disait que sa dépression avait été "post Idées Noires" tandis que sa fille Isabelle considère que les médias avaient grossi le trait, sans doute légitimement agacée qu'on ne mette pas assez en avant le père aimant et facétieux qu'il semblait être. Peu importe finalement... Vingt ans après, on ne va pas refaire le film. Toujours est-il que je n'avais pas supporté d'envisager que ce si grand monsieur, qui me donnait tant de rires et de joie, pouvait être malheureux. Il me donnait du plaisir et n'était pas heureux en retour comme il aurait tellement mérité de l'être. J'avais ressenti une profonde tristesse et un vrai sentiment d'injustice à cette idée. Du coup,  et même si sans doute à tort, j'ai parfois du mal encore aujourd'hui à me replonger dans cette partie de son immense oeuvre. Si je me détache de Franquin pendant la lecture, ça va, mais si son ombre plane au dessus de mon épaule à ce moment, je n'arrive plus à prendre du plaisir. C'est une sensation très étrange sur laquelle il est excessivement difficile de poser des mots.

Au final, André Franquin n'est plus là depuis deux décennies et il n'a jamais été aussi présent en moi. Est-ce aussi parce que le monde part en couille et qu'avec son âme d'enfant, je suis persuadé qu'il trouverait les mots et les gags pour désamorcer la morosité ambiante ? En tout cas, il ferait du bien tout autant qu'il serait sans doute lui-même terrifié par le monde dans lequel nous vivons désormais. Déjà, quelques mois avant sa disparition, il avait confié être soulagé de ne pas en avoir pour bien longtemps, sans savoir bien évidemment que l'échéance serait aussi proche. Mais déjà, ce qu'il voyait autour de lui ne lui plaisait pas. Certes, il avait dénoncé moult dérives et injustices au travers de Gaston et des Idées Noires mais il sentait déjà que le pire serait à venir.

20 ans et André Franquin me manque toujours autant...









Et pour mes amies anglaises, une petite curiosité avec ces planches traduites dans la langue de Shakespeare !






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